Ces mépris qui perdent leurs auteurs
« Qui bat la femme d’un jeune se bat deux fois ». Tel est le proverbe que j’ai choisi de soumettre à la réflexion des internautes qui me font l’honneur et le plaisir de visiter mon modeste blog.
Depuis toujours l’homme se considère comme le protecteur de la femme, appelée sexe faible. Il se fait le devoir de la secourir dans toutes les situations difficiles, en particulier quand elle est victime d’une agression.
Il est évident qu’on ne peut prendre la défense d’une personne que si on a les ressources physiques et intellectuelles nécessaires. Un aveugle ou un paralytique a beau avoir la meilleure volonté du monde il lui sera difficile, pour ne pas dire impossible, de secourir une personne agressée sous ses yeux.
Un vieil homme, du fait que ses forces ont décliné, se retrouve dans un état de faiblesse physique qui ne lui permet pas de se battre. De ce fait si sa femme est prise à partie, tout ce qu’il peut faire c’est de chercher à éviter qu’elle soit battue ou, tout au plus, de s’interposer entre elle et son agresseur pour tenter de les séparer.
Informé que son épouse a été battue en son absence, il ne nourrira pas une idée de vengeance. Sachant que les rapports de force ne sont pas en sa faveur il ne voudra pas en rajouter à l’affront qui lui a été fait en se faisant battre à son tour. Il cherchera à faire rendre justice à sa conjointe s’il ne s’en remet pas purement et simplement à Dieu.
Vous pouvez vous permettre de battre une femme célibataire à satiété et vous pavaner devant sa maison en sifflotant, les mains dans les poches. Vous pouvez faire la même chose à la conjointe d’un vieil homme incapable de réaction et clamer à qui veut vous entendre qu’il n’y a rien ni personne en face de vous. Mais amusez-vous à battre la compagne d’un jeune : vous ne tarderez pas à réaliser que vous avez un adversaire de taille en face de vous !
Rares sont les jeunes qui se croisent les bras quand leurs compagnes sont battues devant eux. Ils n’hésitent pas à laver l’affront, quand bien même les rapports de force ne seraient pas en leur faveur. Ils sont prêts à se battre de toutes leurs forces, quitte à mordre la poussière ou à mourir, ne serait-ce que par orgueil.
Bien entendu, s’ils sont prêts à mourir pour sauver l’honneur, il va sans dire qu’ils n’hésiteront pas à commettre des crimes pour les mêmes considérations. S’il leur manque les ressources nécessaires pour laver l’affront, ils cèderont à la tentation de recourir à des moyens déloyaux : coupe-coupe, poignard, gourdin, arme à feu, etc. Les prisons regorgent de jeunes gens qui, pour secourir ou venger leurs compagnes, se sont rendus coupables d’assassinats, de meurtres, de coups mortels ou de blessures volontaires.
De même, nombreux sont les teigneux qui se sont retrouvés dans des hôpitaux ou au tombeau pour avoir battu les compagnes de jeunes gens. Parmi eux il y en a qui se croyaient invincibles ; on leur a fait mordre la poussière en dépit de leur détermination, de leur robustesse et des soutiens sur lesquels ils comptaient.
« Qui bat la femme d’un jeune se bat deux fois ». Par ce proverbe il faut entendre que ce ne sont pas toutes les femmes qu’on peut battre impunément. Certaines ont des frères qui n’hésiteront pas à les secourir ou, au besoin, à le venger si elles sont agressées. D’autres ont des amants ou des conjoints prêts à faire de même. Ces derniers sont d’autant plus intrépides qu’ils sont jeunes.
La sagesse commande donc qu’avant de s’en prendre à une femme on réfléchisse mûrement et, surtout, qu’on s’assure qu’elle n’est pas la compagne d’un jeune. Pour ne l’avoir pas fait, bien des gens ont été contraints de se battre deux fois. Parmi ces imprudents il y en a qui en sont venus à se mordre les doigts.
Ce proverbe, rapporté à la vie quotidienne, nous enseignent que ce n’est pas à toutes les personnes, physiques comme morales, qu’on peut s’attaquer impunément. Il nous invite à nous entourer de précautions avant d’agir ou de réagir dans toutes les situations où nous pouvons être amenés à nous trouver. Mais combien sommes-nous à observer ces règles de prudence ?
Dans l’exercice de leurs fonctions, de nombreux éléments de la force publique se permettent des abus. Ayant en face d’eux des citoyens apparemment sans défense, ils pensent qu’ils peuvent les brutaliser, les arrêter arbitrairement ou leur extorquer des fonds. Ils ne s’imaginent pas que ces pauvres personnes peuvent avoir des personnalités influentes dans leur entourage. Et c’est très souvent que des auteurs de tels abus en viennent à payer très cher leurs indélicatesses.
Dans de nombreux pays des employeurs se permettent des abus aux dépens de leurs personnels. Ils les traitent comme des sous-hommes et n’hésitent pas à les licencier pour des motifs imaginaires ou contestables. Se fiant à la situation de faiblesse dans laquelle ceux-ci se trouvent ils refusent même de leur payer la moindre indemnité ; ils se permettent de leur tenir de surcroit des propos dédaigneux du genre : « Vas te plaindre où tu veux ». Ils ne s’imaginent pas que ces pauvres salariés peuvent avoir des parents, amis alliés ou connaissances prêts à prendre leur défense.
Dans de nombreux domaines, des individus se permettent d’abuser de la faiblesse de leurs prochains. Ils ne s’imaginent pas qu’en agissant ainsi ils s’attaquent à des « épouses de jeunes gens ». C’est par la suite qu’ils s’aperçoivent que derrière ces pauvres il y a des soutiens de taille.
Cette réalité devrait nous inciter à la plus grande prudence aussi bien dans nos actions que dans nos réactions face à certaines situations. L’habit ne fait pas le moine. Ceux que nous prenons pour de pauvres types peuvent avoir des appuis que nous sommes loin de soupçonner. Pour ne l’avoir pas compris, trop de gens se lancent dans des aventures suicidaires.
Et s’il y a un domaine où cette attitude est le plus déplorée de nos jours, c’est bien dans celui de la politique. De nombreux hommes d’Etat commettent trop souvent l’erreur de sous-estimer et de mépriser leurs adversaires au point de les persécuter, eux et leurs partisans, ou de les frustrer de leur victoire quand il y a des élections. Ils ne se disent pas que tout homme politique est « la femme d’un jeune », celui-ci n’étant autre que sa famille politique.
Nous sommes sans doute nombreux à connaitre des exemples de convulsions publiques, de graves crises politiques et de rébellions armées auxquelles des gouvernants ont eu à faire face pour s’être attaqués à des opposants qu’ils avaient sous-estimés. Nous connaissons des souverains qui ont chuté pour avoir tenté de voler la victoire d’adversaires qu’ils ne savaient pas être soutenus par le peuple : ils leur avaient toujours privé de l’occasion de manifester leur popularité.
Sous prétexte de défendre la souveraineté de leurs pays ou de lutter contre l’impérialisme, des gouvernants commettent l’imprudence de s’en prendre à des multinationales et à des entreprises étrangères. Ils n’hésitent pas à les harceler fiscalement, à les nationaliser ni à les réquisitionner arbitrairement. C’est par la suite qu’ils réalisent, à leurs dépens, qu’ils ont « battu des femmes de jeunes ».
Trop de gouvernants ont eu à faire ou font face à des coups d’Etat, à des rébellions armées et à de graves crises sociopolitiques parce qu’ils ont eu l’outrecuidance de s’attaquer aux intérêts de grandes puissances soi-disant au nom de la défense de la souveraineté.
« Qui bat la femme d’un jeune se bat deux fois ». On pourrait donner, dans de nombreux domaines de la vie, des exemples qui montrent l’intérêt que nous avons à faire de ce proverbe abron notre lanterne.Nul n'est trop faible pour qu'on puisse le mépriser ou le brimer en clamant avec désain : "Il n'y a rien en face".
Avant de menacer les intérêts d’un individu, d’une entreprise, d’une institution ou d’un pays, n'ayons pas la vanité de dire que nous n'avons pas d'adversaire en face de nous ; prenons-le en considération en ayant soin de nous rassurer qu’ils ne sont pas « mariés à des jeunes ». De cette manière nous nous mettons à l’abri de surprise désagréables. A bon entendeur, salut !
Fodjo Kadjo ABO
Ecrivain
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