A propos de la souveraineté nationale
Qu’est-ce que la souveraineté nationale ? Si nous avions à répondre à cette question dans le cadre d’une émission « micro-trottoir », nous serions sans doute très nombreux à nous gratter les cheveux ou à étaler notre ignorance au grand jour. Pourtant nous sommes prompts à nous agiter pour sa défense.
Au nom de ce fameux principe, des pays ont été et continuent d’être le théâtre de croisades funestes contre des Occidentaux. Nous sommes nombreux à nous associer de façon moutonnière à cette lutte, notamment à travers des manifestations de rue qui entrainent des pertes en vies humaines, des dommages corporels, des dégâts matériels et autres préjudices aussi considérables les uns que les autres.
A la réflexion, nous faisons beaucoup de bruit et de dégâts pour rien. Nous n’avons de la souveraineté nationale qu’une idée vague ou erronée. Même parmi les gens que nous prenons ou qui se prennent pour de grands intellectuels il y en a pour qui la définition de la souveraineté nationale serait une véritable colle s’ils avaient à la donner.
En publiant cet article sur mon modeste site je n’ai nullement la prétention d’étaler mes connaissances juridiques, encore moins d’instruire les internautes. La défense de la souveraineté nationale a fait et continue de faire tellement de tort à des peuples pris en otage par des imposteurs qu’il m’est apparu utile d’initier un débat sur ce principe.
Il importe qu’à la lumière de ce débat, que je souhaite animé et fructueux, nous ayons de quoi nous faire une idée plus ou moins exacte de la souveraineté nationale. Ainsi, mieux imprégné du contenu de ce principe, nous ne serons plus tentés de faire n’importe quoi en son nom.
Quand un fonctionnaire ou un employé décède, son service se réfère à sa famille pour l’organisation de ses obsèques. On procède ainsi parce que c’est à elle qu’il revient, de façon souveraine, de décider du lieu de l’inhumation et du programme des obsèques. Personne d’autre ne peut décider à sa place.
Cet exemple peut paraître banal. Mais il a le mérite de montrer qu’une famille, aussi modeste ou pauvre qu’elle soit, est souveraine. Personne, ni même un chef d’Etat, ne peut lui imposer la manière dont elle doit être gérée au quotidien. Face à des évènements familiaux, heureux comme malheureux, personne ne peut décider à sa place de ce qu’elle doit faire. Il en va de même pour une nation.
Celle-ci est au plan macrocosmique ce que la famille est au plan microcosmique. Dans un langage plus familier, la famille est, du point de vue juridique, le reflet de la nation. Ce qui est valable pour la première l’est pour la seconde.
Comme la famille, une nation est souveraine. Aucune autre puissance, quelle qu’elle soit, ne peut lui imposer la manière dont elle doit être gouvernée. Face à des évènements qui la touchent, c’est à elle et à elle seule qu’il appartient de décider de ce qu’il y a lieu de faire.
La souveraineté nationale n’est rien d’autre que l’autorité ainsi reconnue à une nation. En vertu de cette autorité elle choisit librement ses dirigeants ; elle définit tout aussi librement sa politique en matière de diplomatie, de défense nationale, de lois et règlements, de justice, de sécurité intérieure, de monnaie, de collecte des impôts, de contrôle des marchés financiers, d’emploi, d’éducation, d’environnement, etc.
Cela dit, il importe de relever que la souveraineté absolue n’est qu’une vue de l’esprit. Une nation quelle qu’elle soit, ne peut se passer des autres. Elle est obligée de compter avec elles dans plusieurs domaines. Leur coopération se fait dans le cadre d’accords bilatéraux ou multilatéraux qui sont autant d’atteintes à la souveraineté de chacune d’elles.
Bien que chaque pays soit libre de battre sa monnaie en vertu de sa souveraineté, des Etats souverains se sont organisés pour partager la même monnaie. L’exemple des Etats francophones de l’Afrique de l’Ouest et ceux de l’Afrique Centrale est très illustratifs à cet égard. Nous avons également l’exemple, plus récent, des pays de la zone Euro.
De même, bien que chaque pays soit libre de se donner une législation, des Etats ont éprouvé la nécessité de se mettre ensemble pour partager des lois communes dans de nombreux domaines. Là aussi des exemples existent.
Nous pourrions multiplier à loisir les cas où des Etats souverains se sont mis avec d’autres pays pour accomplir certaines de leurs missions régaliennes, et cela au mépris de leur souveraineté.
Indépendamment de ces atteintes à la souveraineté nationale, voulues et acceptées par les pays concernés eux-mêmes, d’autres atteintes sont rendues nécessaires par les exigences des relations internationales.
Au plan mondial, une nation appartient à une communauté. Ce qui touche l’un quelconque des membres de cette communauté ne peut laisser les autres indifférents. Il faut donc manquer de réalisme pour s’imaginer qu’au nom de la souveraineté des gouvernants peuvent se permettre de faire tout ce qu’ils veulent dans leurs pays sans que ceux des autres Etats se sentent obligés d’intervenir, ne serait-ce que pour des raisons humanitaires.
En Afrique, des dictateurs qui sèment notoirement la terreur dans leurs pays sont prompts à s’insurger contre les puissances de bonne volonté qui élèvent la voix pour dénoncer et condamner leurs atrocités. Au nom des principes de la souveraineté et de la non-ingérence, ils vocifèrent, s’agitent dans tous les sens et ameutent le monde entier.
Aussi déraisonnables que leurs réactions puissent être, ils sont soutenus par de soi-disant intellectuels africains, prompts à dénoncer le néocolonialisme et l’impérialisme. L’attitude de ces plaisantins ne peut qu’être déplorée.
Des dictateurs africains se sont rendus coupables de crimes odieux contre l’humanité sans qu’on sache qu’il existe des intellectuels en Afrique. Mais dès que des Occidentaux élèvent la voix pour manifester leur indignation, on se rend compte que ce continent regorge d’intellectuels de qualité. Quels sont ces intellectuels qui passent leur temps à dormir et qui ne se réveillent que quand ils entendent la voix des Occidentaux ?
C’est une excellente chose pour des intellectuels africains de lutter contre le néocolonialisme et de montrer ainsi qu’ils ne sont pas allés à l’école pour rien. Mais ils feraient mieux de faire valoir leur « intellectualité » autrement que par le bruit et des agitations stériles.
Une famille a beau être souveraine, elle appartient à une nation qui a un droit de regard sur ce qui se passe en son sein. Aucune personne normale ne peut se croiser les bras quand elle entend des cris de détresse dans une famille voisine. Si pour une raison quelconque elle ne peut avoir accès à la cour de celle-ci, elle se fera le devoir d’organiser un secours, ne serait-ce qu’en appelant la police. Il faut avoir perdu la raison pour lui reprocher une ingérence. On ne peut pas non plus faire ce reproche à la police qui intervient dans cette maison, même si c’est par effraction.
De même, une nation a beau être souveraine, elle appartient à une communauté d’Etats qui, comme chacune de ces pays, a un droit de regard sur ce qui se passe à l’intérieur de ses frontières. Il faut donc être irresponsable pour reprocher à d’autres puissances de s’impliquer dans les règlements des crises auxquelles un pays est confronté. Peu importe que ces secouristes soient issus d’autres continents. Cela est une question de bon sens. En quoi est-il plus avantageux d’être secouru par un voisin que de l’être par un passant ou un inconnu ?
L’attitude des dictateurs et les intellectuels prompts à s’insurger contre les Occidentaux au nom de la souveraineté nationale est d’autant plus écœurante qu’ils sont eux-mêmes à l’origine de la situation qu’ils dénoncent.
Dans la lutte pour la conquête du pouvoir, bien des opposants s’étaient adossés à de grandes puissances pour affaiblir ou décapiter les régimes qu’ils combattaient. Au nom de la démocratie et des droits de l’homme, ils avaient sollicité de ces puissances des interventions dont certaines n’étaient ni plus ni moins que de l’ingérence.
Soutenus dans leurs combats par des Africains qui se disent intellectuels aujourd’hui, ils croyaient bien faire à ces moments-là. Aujourd’hui, tous sont très mal placés pour s’insurger contre des pratiques qu’ils avaient activement contribué à instaurer. Qu’ils arrêtent donc de distraire la planète par des combats qui ne sont en réalité menés que pour leurs ventres.
Fodjo Kadjo ABO
Ecrivain
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