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 Fodjo Kadjo ABO

Ah, le pouvoir !

28 Novembre 2010, 09:27am

Publié par Fodjo Kadjo ABO

Photos-Abo-4-038.jpg« Si le pouvoir s’achetais, je n’hésiterais pas à vendre ma mère pour avoir les moyens de l’acquérir. » Rien, à mon avis, n’exprime mieux le charme du pouvoir que cette pensée, que je tiens de mon grand-père.

 

Une mère, quelle qu’elle soit, est sacrée. C’est elle qui donne la vie. Et nul n’ignore les sacrifices qu’elle s’impose pour l’entretien et l’éducation de ses enfants.

 

Pour toutes ces considérations,  innombrables sont les personnes qui vendent des biens précieux ou s’endettent pour sauver leurs mères malades. Non moins considérable est le nombre de celles qui ne ménagent rien pour rendre hommage à leurs génitrices rappelées à Dieu.

 

Dans ces conditions, il faut vraiment que le pouvoir ait quelque chose de tout à fait extraordinaire pour que des gens en viennent à le désirer au point d’être prêts à vendre leurs propres mères pour avoir les moyens de l’acheter.

 

En vérité, rien ne vaut le pouvoir politique dans le monde terrestre. Outre les honneurs et le confort matériel, il confère des prérogatives que Dieu même a des raisons d’envier à ceux qui le détiennent. Nous sommes très nombreux à bafouer les Commandements de Celui-ci. Mais combien sommes-nous à refuser de nous plier à la volonté des dictateurs ?

 

Dans de nombreux pays, notamment en développement, les détenteurs du pouvoir politique sont des demi-dieux : il n’y a rien qu’ils ne puissent pas se permettre. A ce sujet, on n’a rien à apprendre au lecteur. Ce sont tous ces privilèges qui font dire à mon grand-père que « si le pouvoir s’achetait il n’hésiterait pas à vendre sa mère pour avoir les moyens de l’acquérir ». Il suffit de réfléchir attentivement pour lui donner raison.

 

En effet, si on peut tout se permettre avec le pouvoir politique, on ne perd vraiment rien en vendant sa mère pour avoir les moyens de l’acheter : une fois ce pouvoir acquis, on a tout loisir d’en user pour la récupérer de gré ou de force.  

 

Bien sûr, on cherchera en vain des exemples de personnes qui ont eu ou qui sont prêtes à vendre leurs géniteurs pour avoir les moyens d’acheter le pouvoir. Il n’en demeure pas moins vrai que, pour arriver à leurs fins, des assoiffés de pouvoir font pire ; ils n’hésitent guère à commettre toutes sortes d’atrocités pour satisfaire leurs ambitions. De surcroit, la plupart de leurs actes sont irréparables.

 

Quand on vend sa mère pour avoir les moyens d’acquérir le pouvoir, on peut se servir du même pouvoir pour la récupérer et même la couvrir d’honneurs et de richesses par la suite. Mais quand on a sacrifié des vies humaines pour avoir le pouvoir, on ne peut pas se servir de celui-ci pour ressusciter les morts ni pour soulager les veuves et les orphelins. Hélas ! Dans de nombreux pays, notamment sous-développés, la conquête et la conservation du pouvoir se font de plus en plus au prix de la vie d’innocentes personnes !

 

Il est de notoriété publique qu’à l’approche des élections, comme pendant les périodes de crises politiques, on déplore une recrudescence des crimes rituels dans de nombreux pays africains. Des acteurs politiques ayant la naïveté de croire qu’ils peuvent accéder ou se maintenir au pouvoir grâce à des pratiques mystiques n’hésitent guère à sacrifier les vies de leurs semblables.

 

Ces pratiques rétrogrades sont loin d’être ce qu’il y a de plus déplorable dans le comportement des assoiffés de pouvoir. Ne cherchez pas loin pour avoir des exemples ! Regardez toutes ces horreurs auxquelles les coups d’Etat et les rébellions armées nous ont habitués ! Des femmes sont sauvagement violées ! Des gamins sont enrôlés, drogués et dûment dressés pour donner la mort à leurs semblables ! Des malheureux sont contraints d’aller en exil, de dormir à la belle étoile ou de vivre dans des forêts !

 

Bref ! Les affres des coups d’Etat et des insurrections armées ne sont plus à présenter ! Elles expliquent et justifient en très grande partie l’engouement des populations des pays sous-développés pour la défense de la démocratie. Mais, celle-ci a-t-elle répondu à leurs attentes ? Rien n’est moins sûr !

 

Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, la conquête et la conservation du pouvoir par la voie démocratique est parfois plus dramatique que la poursuite du même but par les armes. Nous sommes sans doute nombreux à connaitre des exemples de coups d’Etat perpétrés sans effusion de sang. Mais combien de fois n’a-t-on pas déploré des élections sanglantes en Afrique et ailleurs ?

 

Dans bon nombre de pays en développement, c’est très souvent que des scrutins se préparent, commencent, se déroulent et se terminent dans des bains de sang. Trop d’innocents ont payé et continuent de payer de leurs biens, de leurs libertés et de leurs vies l’ambition que des gens ont d’accéder ou de se maintenir au pouvoir.

 

Amusons-nous à passer en revue les pays africains : nous verrons qu’ils sont rares à n’avoir pas été endeuillés par des crises politiques au cours de ce dernier quart de siècle ! Toutes ces crises, qui se manifestent ou se soldent par des coups d’Etats, des insurrections armées, des manifestations sauvages et des conflits électoraux, n’ont qu’un seul et même mobile : la conquête ou la conservation du pouvoir politique. Cela ne peut qu’être regretté !

 

Le pouvoir n’est qu’un instrument dont les politiques devraient se servir pour assurer le bien-être des populations. Hélas ! Par la force des choses, c’est à la situation inverse qu’il nous est donné d’assister !

 

 Dans quantité de pays, les populations sont devenues des instruments dont des acteurs politiques se servent pour conquérir ou conserver le pouvoir. Mon grand-père n’a-t-il pas, dans ces conditions, raison de dire qu’il vendrait sa mère pour acheter le pouvoir s’il se vendait ? Que ne peut-on pas faire aujourd’hui pour s’approprier durablement le pouvoir si, dans le même but, on peut se permettre de détruire un pays !

 

 Au nom du pouvoir, des citoyens de certains pays sont dressés les uns contre les autres et vivent comme chiens et chats. Au nom du pouvoir, des pays sont rendus ingouvernables et infréquentables, des peuples sont livrés à la misère et la vie humaine est banalisée. Quel dommage !!!!!

 

Il est temps que l’on redonne au pouvoir politique sa vraie dimension, sa vraie place. Le moyen ne saurait devenir le but.

 

       

                                                                                                        Fodjo Kadjo ABO

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