Quand Dieu désavoue ses serviteurs
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La crise que la Côte d’Ivoire traverse depuis 2002 aura été pour Dieu l’occasion de désavouer pas mal de prédicateurs. Des individus qui prétendent avoir été délégués par Lui pour enseigner sa parole et nous transmettre ses messages se sont avérés être de piteux imposteurs.
Nous avons maintes fois entendu certains pasteurs affirmer, soi-disant à l’issue d’entretiens avec Dieu, que la crise serait de très courte durée ; elle a continué plusieurs années après les différentes dates avancées. D’autres nous ont dit, la main sur la sainte Bible, qu’elle durerait un quart de siècle ; elle n’a même pas fait une décennie.
Après les différents accords de paix conclus entre les belligérants, des voix se sont élevées pour nous annoncer, de la part de Dieu, que les hostilités allaient reprendre de façon imminente. La suite des évènements leur a fait mentir.
Des dates choisies par Dieu pour la tenue de l’élection présidentielle, censée marquer la fin de la crise, nous ont été annoncées à coups d’envolées lyriques et de battages médiatiques. Les noms de personnes choisies par Dieu pour diriger la Côte d’Ivoire ont été rendus publics par des prédicateurs de renom. Nous nous rendons tous compte aujourd’hui qu’ils ont raconté leur vie.
A quelques jours de cette élection, dont la tenue effective ne faisait plus de doute dans l’esprit du public, des pasteurs ont cru faire merveille en prédisant son report. Ils n’ont pas hésité à se répandre dans la presse en accordant des interviews à des journaux ou en animant des conférences de presse pour véhiculer leurs prophéties.
Aujourd’hui, ceux qui se souviennent de leurs élucubrations ne retiennent d’eux que l’image de gros menteurs. En d’autres temps ou sous d’autres cieux, on devrait les huer de la façon la plus infamante.
Contrairement à leurs affirmations, le scrutin n’a pas été reporté. Non seulement il s’est tenu le 31 octobre 2010 comme prévu, mais les graves troubles qui devaient précéder le report prédit n’ont pas eu lieu. Au contraire, il s’est déroulé dans un calme et une discipline exemplaires ; le monde entier peut en témoigner.
Ces considérations, qu’on pourrait développer à souhait, montrent à quel point des prédicateurs nous abreuvent de mensonges. Des pasteurs qui ne savent même pas ce qui se passe au sein de leur Eglise prétendent être au courant de ce qui va se passer dans leur pays. Certains d’entre eux sont cocufiés à leur insu ; ainsi, tout en ignorant ce qui se passe dans leur propre foyer, ils prédisent ce qui va arriver dans le monde.
Parmi les prédicateurs désavoués par Dieu à l’occasion de la crise ivoirienne, il y en a qui devraient prendre congé du monde ou, au moins, aller en exil s’ils connaissaient la honte. Hélas ! Ils continuent de pérorer dans les temples sans se gêner d’affronter les regards de leurs fidèles et autres témoins de leurs mensonges !
Des fidèles, pour leur part, continuent d’accorder du crédit à des prédicateurs ayant fait de fausses prophéties ou défrayé la chronique par des scandales sexuels ou financiers. À leurs proches qui ont l’amabilité de les mettre en garde contre ces imposteurs, certains n’hésitent guère à répondre : « Les religieux sont des êtres humains comme nous : ne regardons pas ce qu’ils font ; tenons plutôt compte de la parole de Dieu qu’ils nous enseignent. » D’autres s’en prennent à leurs conseillers sans craindre de les traiter de démons.
Les réactions de ces illuminés ne devraient provoquer que des éclats de rires si les lavages de cerveaux et les abus dont ils sont victimes étaient sans conséquences. Toute personne digne de ce nom aspire à un épanouissement. S’ils y a de gens qui se complaisent dans l’aliénation et l’exploitation, c’est leur problème. Il se trouve que, dans bien des cas, les méthodes utilisées par leurs gourous pour les soumettre ont des répercussions regrettables sur l’ordre social.
Dans de nombreux pays, en particulier africains, des religieux s’ingèrent un peu trop dans la vie publique. De plus en plus, opposants comme gouvernants s’attachent les services de prédicateurs, devenus pratiquement leurs lanternes. Cette situation n’aurait vraiment pas de quoi nous préoccuper si ces conseillers spirituels étaient de vraies lumières pour les acteurs politiques qui ont recours à eux. Mais tel n’est pas le cas.
L’expérience a montré que la plupart des prédicateurs qui grouillent dans l’univers politique ne sont que des courtisans. Ceux d’entre eux qui assistent des gouvernants ne visent qu’à s’assurer leurs faveurs afin de goûter aux délices du pouvoir. Pour leur part, ceux qui sont aux côtés d’opposants ne font que se positionner dans le but de goûter, à leur tour, aux charmes du pouvoir en cas de changement de régime. Les autres luttent en vue de se faire une place dans l’un de ces deux camps.
En définitive, tous ces prédicateurs ne s’agitent que pour satisfaire leurs ventres. Et l’expérience a montré que leurs sermons et leurs prophéties ne sont bien souvent que le reflet de leurs intérêts personnels et, par ricochet, de ceux des politiques pour qui ils roulent. Pour une même crise, il nous arrive d’assister à des prédictions bien souvent contradictoires. Ils réussissent le tour de force de faire dire à la fois à Dieu une chose et son contraire.
Avec le désaveu cinglant que Dieu vient d’infliger aux prédicateurs qui se sont intéressés à la crise ivoirienne, nous pouvons affirmer que les révélations dont on nous abreuvait à longueur de temps étaient plus des pronostics que des prophéties. Quel dommage !
Aussi bien en Côte d’Ivoire que dans d’autres pays, de faux prédicateurs ont eu à engendrer, à favoriser ou à aggraver des crises politiques ou sociales par des délires coupables. De la même manière, ils ont fait et continuent de faire voler des familles en éclats. Des villages ont connu de graves troubles ou restent divisés suite aux dénonciations de sorciers imaginaires qu’ils se permettent.
Les dérives de ces faux hommes de Dieu sont d’autant plus préoccupantes qu’on ne semble rien faire pour les conjurer. Les gouvernants qui ont le devoir de le faire sont, pour la plupart, eux-mêmes sous la coupe de ces imposteurs, de sorte que nous ne pouvons compter que sur Dieu pour nous tirer d’affaire.
Celui-ci connait nos soucis et semble avoir pris acte de nos supplications. Il a fait mentir ceux qui, en son nom, ont cherché à faire de la crise ivoirienne un fonds de commerce juteux. Souhaitons qu’Il poursuive son œuvre d’assainissement et nous débarrasse de cette race d’imposteurs. Mais, il importe de le souligner, sachons que l’accomplissement de ce vœu dépend en grande partie de nous-mêmes.
« Aide-toi, le Ciel t’aidera », dit un proverbe que nous gagnerons à mettre en pratique. Nous n’avons pas besoin de l’aide de Dieu pour accepter ou refuser de suivre un individu qui prétend être son messager. Le bon sens, faculté accessible à tous, nous permet de reconnaître et fuir les vendeurs d’illusions. Hélas ! Nous sommes peu nombreux à consulter la Raison avant de décider.
Nous sommes trop nombreux à pécher par un excès de naïveté. Aujourd’hui, n’importe quel plaisantin peut se lever un matin, prendre la soutane et clamer à qui veut l’entendre que Dieu l’a chargé de nous enseigner sa parole. Des criminels de guerre, des repris de justice, des crapules notoires et des analphabètes se sont proclamés serviteurs de Dieu ; et tous drainent des foules qui ne jurent que par eux.
Des prédicateurs, aussi farfelus qu’ils puissent paraitre, trouvent des gens pour les suivre. Des fidèles vont même jusqu’à en faire des idoles. Je me demande sans cesse comment des hommes et des femmes peuvent être naïfs à ce point. Ces religieux autoproclamés savent-ils plus qu’eux là où se trouve Dieu ? Quelle preuve avons-nous qu’ils L’ont rencontré et reçu de Lui mandat d’être ses porte-paroles ?
Soyons vigilants pour ne pas nous laisser abuser par des imposteurs. Ceux qui nous parlent au nom de Dieu ne l’ont vu nulle part. Et je suis prêt à parier que s’ils pouvaient avoir l’occasion de voir sa simple silhouette ou d’entendre sa voix un jour, ils détaleraient comme des lièvres s’ils avaient la chance de ne pas tomber en syncope. A bon entendeur, salut !
Fodjo Kadjo ABO
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