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 Fodjo Kadjo ABO

Quand y aura-t-il des élections incontestées en Afrique ?

2 Septembre 2008, 20:24pm

Publié par Fodjo Abo

  Photos-Abo-4-031.jpgEn Afrique, rares sont les élections présidentielles qui ne donnent pas lieu à des contestations et à des scènes de violence.

 

En règle générale, les candidats perdants refusent de reconnaître leur défaite : ils accusent leurs adversaires élus d’avoir commis des fraudes. Pour leur part, ceux-ci n’hésitent pas à défendre leurs victoires. Ils soutiennent que les scrutins ont été justes et transparents, reprochant à leurs adversaires d’être de mauvais perdants.

 

De ces positions tranchées il résulte souvent des conflits dramatiques. Appelés à manifester pour obtenir la reprise des élections, les partisans des candidats perdants sont réprimés sans ménagement.

 

Les accrochages entre manifestants et forces de l’ordre, bien souvent sanglants, sont loin d’être les seules conséquences des conflits post-électoraux. Des affrontements entre partisans des candidats en compétition, qui dégénèrent parfois en conflits interethniques, des insurrections armées et des coups d’Etat sont souvent déplorés.

 

A l’origine, cette situation apparaissait normale. Bien souvent, les dégâts sont inhérents à l’apprentissage. L’enfant qui apprend à marcher ne parvient à ses fins qu’après bien des chutes et des blessures. De même, celui qui apprend à conduire n’arrive à avoir la maîtrise du volant qu’après des accrochages et parfois des accidents relativement graves.

 

Les élections, telles qu’elles sont connues et pratiquées dans les Etats modernes sont étrangères aux traditions africaines ; elles ont été importées de l’Occident. Il fallait manquer de réalisme pour s’attendre à ce que les premiers coups d’essais se passent sans accroc. Mais, au vu des résultats obtenus après des décennies de pratique électorale, nous sommes en droit de nous demander pendant combien de temps l’apprentissage durera encore.

 

Cette question mérite d’être posée : on a parfois l’impression que les choses vont à reculons. Des pays qu’on croyait être avancés sur la voie de la démocratie de façon irréversible ont été ou sont le théâtre de violences consécutives à des élections contestées.

 

Les soupçons et dénonciations de fraudes avaient conduit à la mise en place, dans la plupart des pays africains, de mesures visant à garantir la transparence et la crédibilité des élections. Il en va ainsi de l’institution d’urnes transparentes, de bulletins de vote uniques, d’observateurs étrangers et de commissions électorales indépendantes, pour ne citer que cela. Les résultats des scrutins n’ont pas cessé d’être contestés pour autant.

 

Qu’est-ce qui explique cette tendance à contester les élections. Et que faut-il faire pour y mettre fin ? Que faut-il faire pour que les élections ne soient plus truquées ? Que faut-il encore faire pour que ceux qui les perdent reconnaissent leurs défaites ? Plusieurs facteurs sont à l’origine de la situation qui vient d’être dépeinte.

 

En premier lieu, de grandes puissances n’ont pas intérêt à ce que les élections se déroulent bien en Afrique. Les crises engendrées par celles-ci les arrangent : elles leur offrent l’occasion de s’ingérer dans les affaires des pays sous-développés, de les soumettre à leur volonté et de les exploiter. Aussi, les observateurs qu’elles envoient pour superviser les élections dans ces pays se préoccupent-ils moins de la transparence des scrutins que du parti qu’elles peuvent en tirer.

 

En second lieu, des commissions électorales ne sont indépendantes que de nom. Leurs membres se considèrent avant tout comme les missionnaires, pour ne pas dire les mandataires, de leurs familles politiques respectives. Ce qui les préoccupe, c’est moins la sincérité des scrutins que le triomphe des candidats qu’ils supportent : ils savent qu’ils auront des comptes à rendre à leurs « mandants ».

 

En troisième lieu, des gouvernants ayant goûté aux délices du pouvoir ne sont pas disposés à perdre leurs privilèges. L’usage excessif de la force et l’organisation de parodies d’élections constituent pour eux des moyens courants et sûrs de se maintenir au pouvoir à satiété.

 

En quatrième lieu, il y a trop de mauvais perdants en Afrique. Des candidats sachant pertinemment qu’ils ont été battus refusent de reconnaître leurs défaites ; ils vocifèrent et s’agitent dans tous les sens, clamant à qui veut les entendre que leurs adversaires élus ont commis des « fraudes massives », pour reprendre leurs expressions favorites.

 

D’autres facteurs pourraient être cités. Mais ce qui importe par-dessus tout, c’est la nécessité de remédier à une situation qui déshonore l’Afrique et compromet son développement ; et on ne peut le faire que par une reconversion des mentalités.

 

Un candidat qui va à une élection doit s’attendre à une victoire ou à une défaite. A quoi sert-il d’organiser des scrutins si les tenants du pouvoir se disent que quels que soient les résultats des votes ils ne cèderont pas leurs fauteuils ? A quoi sert-il de déranger les électeurs si des candidats manifestement perdants peuvent se proclamer vainqueurs ?

 

Dans une élection, il y a forcément un vainqueur et un perdant. Celui qui y prend part doit donc s’attendre à une victoire ou à une défaite. Il trouvera inadmissible que son adversaire, bien que battu, refuse de reconnaitre sa défaite. Selon quelle logique peut-il, lui, refuser de se soumettre au verdict des urnes ? Au nom de quoi peut-il s’évertuer à s’imposer à un peuple qui lui a refusé son suffrage ?

 

Dans les pays développés, les candidats, qu’ils soient sortants ou issus de l’opposition, n’hésitent guère à reconnaître et à saluer la victoire de leurs adversaires. Tout en admirant ces fair-play, les politiciens africains répugnent à leurs ressembler ; dans leurs esprits, la défaite doit toujours être pour les autres, même s’ils savent pertinemment qu’ils ne pèsent pas grand-chose sur l’échiquier politique.

 

Il est grand temps qu’on tourne le dos à cette mentalité, devenue le fond de commerce des grandes puissances : elles l’exploitent à des fins impérialistes. Perdre une élection n’est pas la fin du monde pour qu’on nous fasse voir les scènes désolantes auxquelles on est en train de nous habituer.

 

Cette tendance à vouloir frauder aux élections ou contester systématiquement leurs résultats est d’autant plus décevante qu’elle est le fait de gens qui ont eu à s’illustrer par leur combat en faveur de la démocratie.

 

Des gouvernants ayant passé leur vie d’opposant à lutter pour obtenir l’alternance au pouvoir ne ménagent rien pour s’éterniser au pouvoir. Tout en se vantant d’être les pionniers de la démocratie dans leurs pays, tout en clamant sur tous les toits qu’ils sont des démocrates hors pair, des chefs d’Etat ayant perdu des élections refusent de reconnaitre leur défaite, pourtant manifeste et cuisante.

   

Pour leur part, tout en ne jurant que par la démocratie, des opposants littéralement battus aux élections refusent de reconnaître leurs défaites. Non contents d’afficher ainsi une attitude antidémocratique, ils recourent à des moyens de contestation tout aussi contraires à la démocratie.

 

Il y a lieu de mettre fin à toutes ces jérémiades, qui déshonorent et desservent l'Afrique : les peuples africains en ont assez d’être sous le joug de poignées de politiciens ne s’agitant en réalité que pour la satisfaction de leurs ambitions personnelles.

 

Les commissions électorales, instituées au prix de sacrifices tant humains que matériels, doivent être animées par des hommes et des femmes intègres, choisis dans des conditions qui garantissent leur indépendance.

 

On attendra en vain cette indépendance de gens cooptés par affinité ou, en tout cas, moins pour leur capacité à organiser des élections incontestables qu’à leur zèle et leur aptitude à défendre des intérêts partisans.

 

Bien entendu, il ne sert à rien d’avoir des commissions électorales réellement indépendantes si aux termes des scrutins chaque candidat doit se proclamer vainqueur, au mépris du choix des électeurs. Il importe que chacun ait un sursaut de bonne foi.

 

Il est vraiment temps que les politiciens africains changent de mentalité. Ils ne peuvent pas vouloir à la fois une chose et son contraire. Ils ne peuvent pas se faire passer pour de fervents démocrates et refuser dans le même temps de se plier aux exigences de la démocratie quand leurs intérêts sont en jeu.

 

                                                                            Fodjo ABO

 

  


 


       

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