La devise de la chèvre
« Même à un jour de ma mort, je serai heureuse ». Telle est la devise de la chèvre.
S’il y a un animal domestique qui est le plus indocile après le porc, c’est bien la chèvre. On voit souvent des gamins conduire des troupeaux de moutons sans la moindre difficulté. On en voit conduire également des troupeaux de bœufs avec autant de facilité. Les chiens, même non dressés, acceptent de suivre docilement les enfants de leurs maîtres malgré les moyens de résistance redoutables dont la nature les a dotés.
Mais quelles peines un adulte n’éprouve-t-il pas à conduire une seule chèvre ? Même la corde au cou cet animal refuse de suivre celui qui veut le conduire.
Dans les villages africains, ceux qui veulent conduire des chèvres sur des distances plus ou moins longues sont obligés de les porter sur la tête ou sur les épaules à cause de leur indocilité.
Chez les Abron, comme chez bien d’autres peuples Akan, seuls les chefs et quelques rares notabilités ont le privilège d’être portés par des hommes, notamment au cours de certaines cérémonies. Evidemment, un animal qui jouit de ce privilège ne peut que s’estimer heureux.
Qu’elle soit destinée à la consommation ou à un sacrifice, la chèvre n’est généralement immolée qu’après avoir été portée sur la tête ou sur les épaules par celui ou ceux qui sont allés la chercher. C’est ce qui lui fait dire que même à un jour de sa mort elle sera heureuse.
Sa devise est un sujet de méditation pour tous ceux qui sont prompts à baisser les bras devant les épreuves de l’existence. Et Dieu seul sait combien ils sont nombreux.
Pour peu qu’un élève ou un étudiant échoue à un examen ou à un concours il pense qu’il est maudit et que les portes de la réussite lui sont fermées. Il suffit qu’une femme ait la quarantaine sans être dans un foyer pour qu’elle se dise qu’elle est condamnée à mourir célibataire. De même, un homme qui peine pour sortir de la pauvreté pense qu’il est venu au monde pour accompagner les autres. Les exemples en la matière sont légion et pourraient être multipliés à l’infini.
Cette attitude ne peut que nous desservir, nous qui l’adoptons. Nous jetons trop facilement l’éponge dans des situations qui ne relèvent de la fatalité que dans nos imaginations. Victimes de malheurs que nous avons du mal à comprendre et à admettre, nous avons trop souvent tendance à nous résigner, attribuant sans preuve nos maux au destin, au contexte ambiant ou encore à des sorciers ou adversaires parfois imaginaires.
La vie est un combat, a-t-on coutume de dire. Et dans toute lutte la victoire ne va bien souvent qu’à ceux qui savent faire preuve de courage, d’endurance et de persévérance. Quel que soit ce qui nous arrive, n’ayons pas la faiblesse d’abdiquer à la légère ; mettons la devise de la chèvre en pratique et attendons : nous verrons comment des miracles se produiront pour nous !
Le Président Félix Houphouët Boigny avait coutume de dire : « La vie est une course ; on ne juge pas au départ mais à l’arrivée ». Tous, nous sommes dans la course. Ne nous laissons pas décourager par notre situation actuelle, qui n’est qu’une étape de la compétition.
Des gens ayant commencé mollement des courses ont pu les terminer brillamment. D’autres qui les ont commencé en trombe n’ont pas pu arriver à destination ou ont été classés parmi les derniers.
Des personnes dont la situation nous donne des raisons de penser que nous sommes venus au monde pour accompagner les autres sont encore en vie. Nous ne savons pas dans quel état elles seront au moment de leur rappel à Dieu. Nous ne savons pas davantage à quel prix elles en sont arrivées là ni les épreuves qu’elles ont subies avant d’être ce qu’elles sont.
Si nous jetons un coup d’œil dans notre entourage nous trouverons sans doute des personnes qui sont nées dans des familles aisées, qui ont grandi dans l’abondance mais qui ont connu ou connaissent des fins bien misérables. Nous en trouverons également qui sont issues de familles pauvres, qui ont tiré le diable par la queue jusqu’au troisième âge mais qui ont connu le bonheur dans toute sa plénitude avant d’être rappelés à Dieu.
Rien n’illustre mieux cette réflexion que l’exemple du Président Nelson Mandela. Voici un homme qui, entre autres souffrances, a passé plus d’un quart de siècle de son existence en prison et qui, de sa cellule carcérale, a accédé à la magistrature suprême de son pays. Il est aujourd’hui couvert de lauriers ; d’une célébrité légendaire, il est classé parmi les hommes les plus heureux de la planète.
Débarrassons-nous donc de cette fâcheuse mentalité qui nous porte à envisager notre avenir par rapport aux autres et apprenons à nous conduire en fonction de ce que nous désirons être ou faire. Tant que nous sommes en vie, tant que Dieu ne nous a pas retiré le souffle ne perdons pas l’espoir de réaliser nos désirs ou de venir à bout de nos souffrances.
Ce que nous prenons pour une souffrance irrémédiable peut s’avérer être pour nous une aubaine. Des écrivains et des artistes au sommet de la gloire n’ont eu l’idée de s’exprimer et leur inspiration qu’à la suite de frustrations, de déceptions ou de désespoirs ayant conduit bien des gens à la dépression ou au suicide.
Prenons toujours la vie avec philosophie en la comparant à un voyage. Si, étant à bicyclette, nous descendons une côte, nous roulons avec aisance ; nous cessons de pédaler et donc de faire des efforts ; nous pouvons même nous permettre de siffloter pour mieux savourer le plaisir de voyager.
Mais sachons bien qu’après une descente il y a toujours une montée. Nous nous retrouverons dans une situation qui nous conduira à descendre de nos montures et à les pousser, parfois avec une peine qui nous donnera peut-être l’idée de rebrousser chemin. Nous arriverons néanmoins à bon port et atteindrons notre but si nous nous mettons en tête qu’après une montée il y a nécessairement une plaine ou à une nouvelle descente et que nous retrouverons sûrement le plaisir de rouler.
A toute situation malheureuse succède une autre plus heureuse, et vice versa. C’est la loi de la nature. Pénétrons-nous de cette réalité et tenons en compte pour gérer notre vie. Quelles que soient les raisons que nous avons d’être désespérés faisons l’effort d’être patients, courageux et persévérants : nous donnerons raison à la chèvre !
Fodjo Kadjo ABO
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