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 Fodjo Kadjo ABO

La devise de l'escargot

25 Octobre 2010, 09:49am

Publié par Fodjo Kadjo ABO

DSC_0018.JPG« S’il ne tenait qu’à moi, on n’entendrait jamais un coup de fusil en brousse. » Telle est la devise de l’escargot.

Cet animal est d’une lenteur proverbiale. Ne dit-on pas souvent d’une personne ou d’une foule qui se déplace trop lentement qu’elle avance à pas d’escargot ?

Sa lenteur fait de lui un être particulièrement vulnérable. On n’aura jamais une idée des lièvres et des gazelles qui ont détalé à toute vitesse à la vue ou à l’approche des chasseurs. Tout aussi innombrables sont les perdrix, les pigeons et autres oiseaux qui, dans des circonstances identiques, s’envolent pour éviter de se faire abattre.

De façon générale, rares sont les animaux sauvages qui ne prennent pas la fuite quand ils sentent la présence de chasseurs. L’escargot et la tortue figurent en tête de ces bêtes. Au lieu de chercher à s’enfuir comme les autres, ils rentrent l’un dans sa coquille et l’autre dans sa carapace dès qu’on les touche.

Il n’y a rien de plus facile que la chasse à l’escargot. Dès qu’on le touche, il rentre dans sa coquille et se livre sans la moindre résistance. Sa capitulation est loin de relever de la sottise ou de la couardise. Au contraire, elle peut être perçue comme un acte de sagesse.

En effet, il est inutile, voire stupide, de s’engager dans un combat qu’on est conscient d’avoir perdu d’avance. Tout comme la tortue, l’escargot sait qu’il ne peut rien face à un chasseur qui l’a découvert. Conscient de sa vulnérabilité, il ne cherche pas à engager une épreuve de force, au risque de s’exposer à la furie de celui-ci. Il se laisse capturer et se préserve ainsi de la violence.

Cette attitude lui a été toujours salutaire. C’est très souvent que des biches, des antilopes, des gazelles, des buffles et même des fauves tels que les lions et les panthères se retrouvent dans des pièges. De même, c’est très souvent que ces animaux et une infinité d’autres tombent sous les balles des chasseurs. Mais combien de fois a-t-on vu des escargots pris dans des pièges ? Combien de fois en a-t-on vus criblés de balles ?

Comme les quadrupèdes, les oiseaux et les reptiles, l’escargot se retrouve très souvent dans la gibecière. Mais, à leur différence, il s’y retrouve vivant et sans la moindre trace de violence.

De toutes les façons, il finira dans la marmite comme les autres animaux, me dira-t-on peut-être. Cela est indiscutable. Mais, grâce à son extrême docilité, il bénéficie toujours d’un délai de grâce que ceux-ci ont des raisons de leur envier : après sa capture, il passe un temps plus ou moins long avant de se retrouver dans la marmite.

C’est généralement sans vie, mutilés et, parfois, dépecés que le gibier arrive au domicile du chasseur. C’est en pièces et fumés qu’il se retrouve dans le commerce et dans le panier de la ménagère. Il n’en va pas de même pour l’escargot. 

Il arrive à cet animal, après sa capture, de vivre pendant des jours, des semaines, voire des mois avant de se retrouver dans la marmite. Dans les ménages comme sur les marchés, on le trouve vivant. Cela n’est pas négligeable quand on considère sa durée de vie.

« S’il ne tenait qu’à moi on n’entendrait jamais un coup de fusil en brousse ». L’homme peut, avec bonheur, s’approprier cette devise qui s’avère salutaire à l’escargot.

Il est arrivé à beaucoup d’entre nous des malheurs qu’ils auraient pu éviter s’il leur était venu à l’esprit de s’inspirer de la sagesse de ce modeste animal. Pour vous en convaincre, songez aux victimes de vols qui ont trouvé la mort ou qui se sont retrouvés dans des hôpitaux pour avoir eu l’outrecuidance de tenir tête à des bandits armés et manifestement drogués.

Dans une infinité de circonstances, des personnes se retrouvent dans des situations conflictuelles où les rapports de force sont manifestement en faveur de leurs adversaires. Dans de telles situations, la sagesse commande qu’ils battent en retraite, même s’ils sont convaincus d’avoir raison. Hélas ! Pour des considérations qui auraient fait sourire l’escargot et la tortue s’ils étaient doués de raison, ils optent pour des combats suicidaires.

Nous sommes trop nombreux à confondre le courage avec la témérité. Il est temps de nous départir de cette erreur, qui nous est bien souvent fatale. Etre courageux, c’est surmonter la peur et accomplir un acte qui fait reculer d’autres. Si, au lieu de prendre la fuite devant un gros un chien, qui fonce sur vous en aboyant, vous le repoussez en vous servant d’un gourdin ou d’un caillou, vous serez sûrement pris pour un brave.

Mais, être brave ne signifie pas qu’il faut agir ou réagir de façon irréfléchie. Si, étant armé d’un canif ou d’un lance-pierres, vous affrontez un lion ou une panthère, vous ne faites pas acte de courage ; vous faites plutôt acte de témérité, et celle-ci se paye toujours cash et cher. Nombreux sont, malheureusement, ceux qui, pour des considérations aussi variées qu’insensées, se rendent coupables de témérité.

Trop de personnes ont été et continuent d’être victimes de leur témérité. Elles s’engagent dans des épreuves de force en sachant très bien ce qu’elles risquent ; mais, au lieu de battre en retraite, elles foncent, têtes baissées, jusqu’à ce qu’on leur apprenne à ne pas jouer avec le feu.

Regardez ces femmes qui affichent une attitude de défiance à l’égard de leurs maris ! Elles savent bien qu’elles se sont engagées sur le chemin du divorce. Mais, au mépris des conseils qui leur sont prodigués par leurs proches, elles persévèrent dans leur mauvaise conduite jusqu’à ce qu’elles perdent leurs foyers. Après on les retrouve chez des marabouts, dans des sectes ou sur des sites de rencontres ; elles espèrent ainsi refaire leur vie.

Des employés ou des fonctionnaires qui n’ont rien compris aux libertés démocratiques sont prompts à engager des bras de fer avec leurs employeurs ou leurs supérieurs hiérarchiques. On les retrouve après parmi les demandeurs d’emploi : leur témérité les a perdus.

Des opposants organisent des manifestations qui s’annoncent dramatiques. Ils savent très bien qu’ils envoient leurs partisans à l’abattoir et qu’ils auront, eux-mêmes, à rendre des comptes à la Justice. Mais ils restent intransigeants jusqu’à ce qu’ils apprennent, à leurs dépens, qu’on ne badine pas avec les dictateurs.

Certains gouvernants s’engagent sur la voie de la dictature sans avoir les moyens de leur politique. Ils règnent par la terreur en étant bien conscients qu’ils vont, tôt ou tard, faire face à des soulèvements populaires ou à des rébellions armées qu’ils n’ont pas les moyens de réprimer. Mais ils restent sourds aux grognes, aux conseils qu’on leur prodigue et aux mises en garde qu’on leur fait jusqu’à ce qu’ils perdent le pouvoir ou se voient imposer des guerres civiles.

D’autres, au nom du principe de la souveraineté des Etats, prennent le risque de se mesurer à de grandes puissances. Ils jouent aux braves devant elles en étant bien conscients de ce que cela peut leur coûter ; mais ils le font jusqu’à ce qu’ils soient châtiés de leur témérité. Nous connaissons des exemples de chefs d’Etat qui, de cette manière, se sont attirés des représailles inoubliables.

On pourrait multiplier à loisir les exemples de personnes qui, dans divers domaines, se sont créées des ennuis par leur témérité. Cela ne peut qu’être regretté.

Certes, nul n’est obligé de se croiser les bras face à une provocation ou à une attaque qu’il trouve injuste. Mais, avoir raison ou le sens de l’honneur est une chose ; être en mesure de relever un défi en est une autre. A quoi sert-il de prendre un médicament en sachant qu’il a des effets plus funestes que le mal à guérir ? A quoi sert-il de réagir à une action si, en le faisant, on sait qu’on s’expose à des ennuis plus graves que ceux dont on a voulu se défendre ?

Tous, nous avons le droit imprescriptible de nous affirmer ou de nous défendre face à l’adversité. Mais, pour ne pas avoir à nous mordre les doigts, ayons toujours soin de nous assurer que le rapport de force est en notre faveur avant de réagir, quelle que soit la légitimité de notre réaction.

L’expérience a montré qu’en voulant sauver l’honneur par des réactions hâtives et irréfléchies trop de gens ont eu à récolter l’humiliation. De même, en voulant traiter d’égal à égal avec des pays incomparablement plus puissants que les leurs, des régimes en ont eu pour leur compte. Pour ne pas avoir à subir des sorts identiques, souvenons-nous de la devise de l’escargot dans toutes les circonstances où nous pouvons avoir des raisons d’engager une épreuve de force. A bon entendeur, salut !

                                                          Fodjo Kadjo ABO

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C
<br /> belle leçon d'humilité que j'ai pu tirer de la devise de l'escargot. j'ai apprécié, moi qui réagis souvent au quart de tour. merci<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> J'ai bien apprécié votre aimable commentaire, Madame Coulibaly. Je vous en remercie de tout coeur.<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Sages paroles ! Et combien d'actualité, au moment où les èvènements dans notre pays illustrent bien la différence entre le courage et la témérité irréfléchie<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci beaucoup, mon cher John Major. J'apprécie hautement votre commentaire.<br /> <br /> <br /> <br />