Suffit-il d'avoir un diplôme pour être un intellectuel ?
Un diplôme est un acte, un document administratif délivré par une école ou une université pour attester que son titulaire a fait des études d’un certain niveau ou a suivi une formation dans un domaine de la vie active.
Un intellectuel est défini par le dictionnaire Larousse comme étant une personne « qui aime beaucoup les activités de l’esprit ou dont la profession fait appel aux connaissances, au raisonnement ». Tous ceux qui se disent intellectuels se retrouvent-ils dans cette définition ? Peut-on affirmer que tous ceux qui ont obtenu des diplômes sont des intellectuels ?
En Afrique, le mot intellectuel s’emploie trop souvent à tort et à travers. Ceux qui ont obtenu les diplômes les plus élémentaires et même ceux qui ont simplement appris à lire et à écrire se prennent pour des intellectuels. Quelle erreur !
Si ceux qui s’affichent comme des intellectuels sur la base d’études sommaires cherchent ainsi à se démarquer des analphabètes, leurs prétentions sont sans réplique. Il s’agirait dans ce cas d’un abus de langage. Mais ils ne peuvent que se tromper s’ils se prennent pour des intellectuels au sens véritable du mot.
A vrai dire, on ne peut pas prendre le titulaire d’un certificat d’études primaires ou d’aptitude professionnelle pour un intellectuel. En nous référant à la définition que le dictionnaire Larousse donne à ce mot, nous pouvons dire que même ceux qui ont des diplômes universitaires ne sont pas tous des intellectuels. Je m’explique.
Il ne suffit pas d’avoir un diplôme d’études hôtelières pour être un hôtelier ; il est nécessaire de tenir un hôtel ou, à tout le moins, une auberge. Il ne suffit pas non plus d’avoir un diplôme en sciences politiques pour être un politicien ; là aussi il est nécessaire de faire de la politique. De même il ne suffit pas d’avoir un diplôme d’études universitaires pour être un intellectuel ; il faut savoir mettre les connaissances livresques acquises en pratique.
Un intellectuel digne de ce nom doit être clairvoyant et savoir raisonner. Il se trouve que trop de gens titulaires de hauts diplômes se comportent comme s’ils n’avaient jamais mis pied à l’école.
Nous savons tous que l’argent, qu’il soit en papier ou en métal, se fabrique par des procédés techniques et s’obtient par le travail. Et ce n’est pas à des gens qui ont fait des études universitaires qu’on devrait apprendre cela. Mais combien de fois des érudits ne se sont-ils pas laissé berner par de vulgaires escrocs qui leur avaient fait croire qu’ils pouvaient les rendre riches par l’effet d’incantations ?
Les sectes grouillent de cadres, parfois de très haut niveau, qui se laissent manipuler par des guides spirituels. Comme s’ils avaient perdu leurs facultés mentales, ils croient naïvement à tout ce qu’on leur raconte. Alors qu’il leur est loisible de lire l’Ecriture sainte et de chercher à comprendre la parole de Dieu par eux mêmes, ils suivent aveuglément des imposteurs, de surcroit moins instruits qu’eux, qui leur font une interprétation alimentaire de cet texte.
Face aux rumeurs, de soi-disant intellectuels ont la même réaction que les analphabètes : sans réfléchir et sans chercher à savoir si les bruits qui leur parviennent sont fondés, ils les prennent pour argent comptant et s’empressent de les propager à leur tour. Les rumeurs les plus invraisemblables trouvent des échos favorables auprès de gens pris pour des érudits.
Comme la rumeur, la presse véhicule quotidiennement des informations qui, appréciées avec lucidité, pourraient s’avérer fausses ou douteuses. Mais combien de lecteurs, d’auditeurs de radios et de téléspectateurs se donnent-ils la peine de les analyser ? Beaucoup ont la réaction suivante : la presse l’a dit, donc c’est vrai !
En politique comme dans d’autres domaines, des gens pris pour de grands intellectuels se laissent manipuler par des guides politiques. Ils sont prompts à défendre, aveuglement et avec passion, les idées et les causes de ceux-ci, fussent-elles indéfendables. Les mêmes n’hésitent pas à retourner leurs vestes lorsque les circonstances changent en leur faveur ou en leur défaveur ; sans vergogne, ils combattent avec autant d’acharnement ce qu’ils ont eu à défendre pendant des années.
Face à de graves problèmes sociopolitiques déplorés en Afrique des gens se prenant pour d’éminents intellectuels brillent trop souvent par leur indifférence quand ils ne tirent pas eux-mêmes sur les ficelles. Ils ne se manifestent que lorsque des Occidentaux s’en mêlent, même dans un sens louable. On les entend alors gueuler sur les antennes de radios ou chaines de télévision étrangères, dénonçant l’impérialisme et le non respect de la souveraineté des pays africains.
Des dictateurs africains règnent par la terreur de façon notoire. Ils se permettent de confisquer les libertés les plus élémentaires de leurs concitoyens et de perpétrer des massacres à grande échelle. Ils sont aidés dans leurs barbaries par des pays africains qui leur fournissent des armes en violation d’embargos justifiés.
Ceux qui s’affichent comme des intellectuels africains le savent ; mais ils n’osent pas lever le petit doigt, ne serait-ce que pour marquer leur indignation. Mais dès que des Occidentaux appelés en pompiers réagissent favorablement ils se rappellent subitement qu’ils sont des intellectuels et qu’à ce titre ils ont le devoir de lutter contre le néocolonialisme.
En somme, des diplômés africains ne se souviennent qu’ils sont des intellectuels que quand des dictateurs les soudoie pour défendre des causes perdues ou lorsque des Occidentaux interviennent dans des affaires africaines. Cette attitude relève de la malhonnêteté et d’un piteux complexe qu’il importe de dénoncer sans complaisance.
Nombre de conflits intercommunautaires nés de l’ignorance ou, en tout cas, qui n’auraient pas eu lieu si les antagonistes avaient eu les éclairages nécessaires, sont fort malheureusement provoqués ou attisés par des cadres. Certains d’entre eux voient dans leur attitude une manière d’assurer leur avenir politique et d’autres de montrer à leurs parents qu’ils ne sont pas allés à l’école pour rien.
Des hommes d'Etat qui, dans l'opposition, avaient suscité beaucoup d'espoir en Afrique parce qu'ils étaient pris pour de grands intellectuels n'ont pas tardé à décevoir leurs admirateurs. Non seulement ils se sont illustrés par des barbaries qui ont fait sourire des analphabètes mais, en matière de développement ils ont fait bien moins que leurs prédécesseurs, qui avaient pourtant des niveaux intellectuels inférieurs ou approximatifs.
Certains ont même réussi le tour de force de plonger leurs pays dans un chaos inqualifiable. Et pour masquer leur incompétence ils se sont lancés dans des croisades aussi insensées que téméraires contre l'impérialisme et le néocolonialisme, également funestes.
Dans tous les cas que nous venons de voir et qu’on pourrait multiplier à satiété, en quoi les intellectuels africains se distinguent-ils des analphabètes ? Peut-on vraiment dire qu’on est un intellectuel lorsqu’on n’est pas capable de prendre du recul et de faire des analyses face à une rumeur, à une information publiée par la presse, à une idéologie ou à un évènement ? Peut-on dire qu’on est un intellectuel lorsqu’on est un conformiste ?
On a beau savoir lire et écrire, on a beau être couvert de diplômes, on est loin d’être un intellectuel si on est incapable de faire fonctionner sa matière grise. Le vrai intellectuel est clairvoyant : il a toujours le réflexe d’analyser les choses avant de porter un jugement ou de prendre position ; il ne se conforme pas aux opinions de la majorité par manque d’imagination ou par convenance ; il ne s’approprie des idées qu’après les avoir soumises à des réflexions attentives ; il a le souci constant d’œuvrer pour le bien être de la société dans laquelle il vit.
Fodjo ABO
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