Cérémonie de présentation des livres de Fodjo Kadjo Abo

Le jeudi 11 décembre 2008 a eu lieu à la Bibliothèque nationale, à Abidjan, la cérémonie de présentation des mes quatre premiers livres. Voici le discours que j'avais prononcé à cette occasion.
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Mesdames et messieurs
Honorables invités
Simplement, mais du fond du cœur, je vous remercie de m’avoir fait l’honneur de répondre aussi massivement à mon invitation.
Aujourd’hui étant un jour ouvrable, je sais à quel point votre temps est précieux. De plus, les circonstances du moment imposent à beaucoup d’entre vous de nombreuses obligations qui auraient pu les dispenser d’honorer mon invitation.
Mais vous avez choisi de venir m’honorer et me soutenir de votre présence, démontrant ainsi l’estime que vous avez pour moi et l’intérêt que vous portez à la cérémonie qui nous rassemble ce soir. Croyez-moi, mesdames et messieurs, je suis très sensible à votre geste, que j’apprécie hautement.
Sans vouloir faire de la discrimination, je voudrais remercier en particulier les personnalités politiques, administratives, judiciaires et militaires qui ont bien voulu rehausser l’éclat de cette cérémonie par leur présence distinguée.
Mes remerciements particuliers vont également au Directeur de l’Harmattan-Côte d’Ivoire et au président de l’Association des écrivains de Côte d’Ivoire pour leurs contributions, que j’ai beaucoup appréciée. Ils peuvent se vanter de m’avoir touché par les paroles aimables qu’ils ont bien voulu avoir à mon endroit.
Je n’oublie pas le Docteur Mamadou Gogbeu, enseignant à l’Ecole Normale Supérieure, qui a bien voulu accepter de venir apporter sa contribution en vous faisant partager ses regards sur mes livres.
Au moment où je vous présente mes ouvrages, je ne peux m’empêcher de tourner ma pensée vers tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à leur réalisation. Ils sont si nombreux qu’il serait fastidieux de les citer tous ici. Mais je m’en voudrais de ne pas nommer ceux d’entre eux qui m’ont particulièrement touché par leur aimable assistance.
Je pense en premier lieu au général Gaston Ouassenan Koné, parrain de cette cérémonie. Comme vous le savez, le choix d’un parrain se fait rarement au hasard. Il est toujours guidé par des raisons propres à chacun.
Personnellement, j’avais d’excellentes raisons de solliciter le général Ouassenan pour le parrainage de cette cérémonie. Vrai patriote connu de tous pour sa rigueur, sa probité et son franc-parler, il s’est fait de nombreux admirateurs dont je fais partie.
Ayant été son directeur de cabinet pendant plusieurs années, notamment quand il était ministre de la sécurité pour la seconde fois, j’ai eu la faveur de le côtoyer, de le connaître mieux que beaucoup de ses fans et d’apprendre à ses côtés.
Les œuvres que j’ai le bonheur de vous présenter aujourd’hui ne sont que des retombées de l’expérience acquise auprès de lui et de son frère cadet, le général Lassana Palenfo, à qui je rends hommage au passage.
Sans vouloir bercer dans la flatterie, j’avoue que par rapport à la philosophie que je me suis imposée dans la vie, le général Ouassenan incarne les valeurs morales et intellectuelles que j’ambitionne de posséder.
En m’engageant dans l’écriture, je n’ai fait que commencer à concrétiser cette aspiration dans la mesure où lui-même est écrivain. Pour ceux qui ne le savent pas, il est auteur de trois livres ayant pour titres : « L’empire du gouffre », « L’homme qui vécu trois vies » et « Aller retour ».
Après avoir lu mon premier livre, il m’invita à aller le voir un soir pour que nous en parlions. De 20h à 01 heure du matin, nous étions restés enfermés dans son bureau domiciliaire où il me fit part de ses observations tant sur la forme que sur le fond de l’œuvre.
Ces observations furent prises en compte, de sorte que le livre fut réédité. Ceux qui ont lu les deux éditions peuvent rendre témoignage de la qualité des améliorations apportées.
A l’issue de notre séance de travail, il me fit une accolade et me serra la main en me disant :
« Je vous félicite et vous remercie d’avoir suivi mes traces. A cause de mes activités politiques je me suis pour l’instant arrêté à trois livres. Mais vous, pendant que vous avez du temps, allez plus loin que moi. Je sais que vous en êtes capable car si nous avions eu à travailler sur ce livre avant sa publication, je suis persuadé qu’il allait vous rapporter un prix ».
J’avoue que ces paroles ont été pour moi une véritable exhortation. Venant d’un homme connu pour sa sincérité et qui n’avait aucune raison de me flatter, elles étaient pour moi une sorte de prophétie. Et c’est très souvent que je me disais : « Si le général Ouassenan l’a dit, c’est que je peux le faire ».
Fort de cette exhortation, j’ai eu confiance en moi, et le résultat de mes efforts se passe de commentaires. En quelques années, j’ai pu publier quatre livres écrits sous l’encadrement du général Ouassenan, devenu, pour ainsi dire, mon manager littéraire.
La deuxième personne à qui je pense en présentant mes ouvrages, c’est mon frère Kalhil Zein, un ami de longue date souvent cité dans mes livres.
Dans la vie de tout homme, il ya des hauts et des bas. Je n’ai pas fait exception à la règle. J’ai connu des hauts et des bas dans mon existence. Kalhil est l’un de mes rares amis à m’avoir conservé sa fidélité pendant mes traversées du désert. Dans le bonheur comme dans le malheur, il n’a jamais manqué de me manifester son attachement.
En 2001, alors que j’étais sur la touche, il me demanda un jour ce que je faisais de mon temps. Je lui répondis que j’étais en train d’écrire un livre.
Comme le général Ouassenan, il me fit une accolade, me serra la main et me dit : « C’est bien ! Dans la vie il ne faut jamais baisser les bras. La situation que tu traverses est peut-être une occasion que Dieu te donne d’exploiter un don. Tu as tout mon soutien, et si tu as besoin de quoi que ce soit n’hésite pas à m’en parler».
Joignant l’acte à la parole, il m’offrit un ordinateur et tout ce dont je pouvais avoir besoin pour écrire mon livre. De plus, il m’appelait très souvent pour savoir où j’en étais.
A vrai dire, au moment où je lui faisais part de mon projet, je n’étais qu’au premier chapitre de l’œuvre. Sa prévenance fut pour moi un stimulant. Je me dis que j’étais condamné aller jusqu’au bout de mon entreprise, au risque de me faire prendre pour un vantard et de lui donner une autre idée de moi.
Lorsque je lui annonçai la fin de mes travaux, il me demanda de lui donner un exemplaire de mon manuscrit. J’avoue que j’étais surpris par cette démarche. Kalhil lit et écrit très bien en Arabe. Mais en Français il n’était qu’un débrouillard. J’étais donc curieux de savoir ce qu’il pouvait bien faire avec mon manuscrit.
Après réflexion, je m’étais dit qu’il voulait peut-être s’assurer que je ne racontais pas des histoires. Je lui envoyai donc une copie de mon manuscrit.
Quand nous nous rencontrâmes un mois plus tard, il me dit ceci : « Fodjo, j’ai commis un impair qui va peut-être te fâcher. Mais je sais que tu vas me pardonner parce que je l’ai fait dans ton intérêt.
Tel que je te connais, j’avais peur que tu n’écrives des choses qui vont t’attirer de nouveaux ennuis. Je me suis donc permis de photocopier ton manuscrit et de le donner à deux personnes pour avoir leurs avis.
J’ai remis un exemplaire au ministre Jean Claude Kouassi. Je lui ai demandé de voir si politiquement tu ne risques pas de te compromettre. Il l’a beaucoup apprécié et il est prêt à avoir une séance de travail avec toi si tu le souhaites.
J’ai donné un autre exemplaire au président Koui Mamadou. Je lui ai demandé, en sa qualité d’ancien président de la Cour suprême, de voir si tu ne risques rien sur le plan professionnel. Lui aussi l’a apprécié et t’appellera pour une séance de travail ».
Je rencontrai le ministre Jean Claude Kouassi, que je tiens à remercier à cette occasion solennelle. Il me fit part de ses observations. Après lui, je devais rencontrer le Président Koui Mamadou un samedi soir. Malheureusement il fut brutalement rappelé à Dieu quelques jours avant notre rendez-vous. Paix à son âme.
Par cette démarche, Kalhil acheva de me convaincre de l’estime qu’il avait pour moi. Je n’avais jamais douté des sentiments qu’il avait pour moi. Mais j’étais loin d’imaginer qu’il m’aimait à ce point. Bien plus, après la parution du livre, il en commanda cinquante exemplaires pour, selon ses propres termes, m’encourager.
Miss Donatienne Affoué Edanou mérite, elle aussi, que je pense à elle à l’occasion de cette cérémonie. Elle est mon assistante. Employée dans une entreprise, c’est elle qui, à ses temps libres, s’occupe de la saisie de mes manuscrits.
Discrète, disponible et courageuse, elle m’a été d’un apport très appréciable dans la réalisation de mes œuvres, qu’elle s’est pratiquement appropriées. Dans l’accomplissement de ses tâches, elle s’est toujours donnée à fond, comme si elle travaillait pour elle-même.
Je voudrais également dire deux mots à l’endroit de mon frère Kouakou Etienne, le président du comité d’organisation de cette cérémonie.
Nous nous sommes attachés l’un à l’autre depuis notre tendre enfance. Comme mon frère Kalhil Zein, j’ai toujours pu compter sur son soutien dans les différentes épreuves que j’ai traversées. Lorsque je m’étais retrouvé sur la touche pendant des années, il venait me voir régulièrement pour me réconforter et m’aider à tuer le temps.
A la terrasse de la République, un endroit de ma maison que nous avions baptisé ainsi, nous passions de longues heures à débattre de sujets d’actualité. Lorsque je me retrouvais seul, pendant que les travailleurs étaient à leurs postes, j’approfondissais nos réflexions par la méditation. Les œuvres que j’ai le plaisir de vous présenter aujourd’hui ne sont, en grande partie, que le fruit de nos entretiens à cette fameuse terrasse de la République.
Je m’en voudrais d’omettre les Editions L’Harmattan en parlant de ceux dont l’idée me vient à l’esprit au moment où je présente mes livres. Elles ont droit à ma reconnaissance. D’après un proverbe de chez nous, c’est grâce à l’arbre que la liane a pu s’élever vers le ciel. C’est grâce à l’Harmattan que j’ai pu intégrer aujourd’hui la prestigieuse famille des créateurs littéraires.
Avant de lui soumettre mes manuscrits, je les avais proposés à des éditeurs locaux, sans succès. Il ya même une maison d’édition qui, dans des conditions fort frustrantes, avait refusé de recevoir le manuscrit de mon premier livre.
Sorti des locaux de cette maison, je me rendis tout droit à la Librairie de France, au Plateau. Par curiosité, j’achetai trois livres édités par la maison en question.
Après avoir lu le premier, je me mis en confiance et me dis : « Si ce livre a pu être publié, il n’ya pas de raison que le mien ne le reçoit pas. C’est ici que je n’ai pas de chance; je l’aurai peut-être ailleurs ».
J’adressai alors mon manuscrit à trois maisons d’édition en France. Moins de deux mois après, l’Harmattan me répondit favorablement, me donnant ainsi accès à l’univers littéraire.
Permettez, mesdames et messieurs, qu’avant de passer à la présentation de mes ouvrages, j’exprime ma gratitude à Nanan Obeng Kouakou Ignace, chef du canton Awassou à Pritti-Ahingro, qui a bien voulu accepter que sa photo serve d’illustration à la couverture de ma dernière publication : « Que reste-t-il de l’autorité en Afrique ».
J’ai été un peu long. Mais je pense que je l’ai été utilement. Je ferais une communication incomplète si, présentant mes œuvres, je ne parlais pas de leur historique et surtout des circonstances dans lesquelles elles ont été publiées.
Bientôt la plupart des nations africaines commémoreront le cinquantenaire de leurs indépendances. Au-delà des manifestations de réjouissance et des discours nationalistes auxquels ces événements donneront lieu, ils devront être pour les Africains, en particulier les intellectuels, des occasions de méditation.
Chacun devra entrer en lui même et se demander pourquoi un demi-siècle après leur accession à la souveraineté la plupart des pays africains sont encore à la croisée des chemins.
Bien entendu, d’éminents intellectuels africains se sont déjà intéressés à cette question. Ils se sont attaqués aux comportements qu’ils jugent funestes à l’Afrique, provoquant des prises de conscience et proposant des esquisses de solutions.
Je suis au nombre de ceux qui se sont fait l’écho de leurs cris de cœur. Modestement mais très sincèrement, je me suis associé à leur combat, que j’ai trouvé noble et légitime. Les livres que j’ai l’honneur et le plaisir de vous présenter aujourd’hui sont le fruit de mon engagement, à leurs côtés, en faveur d’une Afrique paisible, digne et prospère.
De mes réflexions j’ai retenu que le déficit d’amour patriotique figure, en bonne place, parmi les maux qui minent l’Afrique. En d’autres termes, si ce continent éprouve tant de difficultés à se faire une place au soleil, c’est parce que beaucoup de ses fils et de ses filles ne font pas preuve, envers lui, d’un amour sincère.
Nous sommes nombreux, nous les Africains, à nous agiter à longueur de temps soit disant pour défendre les intérêts de nos patries. Nous sommes très nombreux, pour ne pas dire innombrables, à manifester des signes d’indignation chaque fois que nous entendons parler de nos pays en mal ou que nous estimons qu’ils sont victimes d’injustices.
Mais combien sommes-nous à être d’accord avec nos consciences en réagissant ainsi ? Combien sommes-nous à être d’accord avec nos consciences quand nous nous disons patriotes ? En nos âmes et consciences, en quoi aimons-nous nos pays si pour des questions personnelles, tribales, partisanes ou idéologiques nous sommes prêts à les engager dans des aventures funestes ?
Nous ne sommes que de piteux imposteurs en nous faisant passer pour des patriotes ou des nationalistes si pour notre propre confort nous n’hésitons pas à détrousser nos pays ni à commettre des actes de nature à compromettre l’intérêt général. Nous le sommes encore plus si, pour le salut de nos familles politiques ou de nos mentors, nous sommes prêts à éventrer nos patries ou à donner d’elles l’image de Républiques bananières.
Bien souvent nous donnons l’image d’enfants qui affichent publiquement leur amour pour leurs mères mais qui ne ratent aucune occasion de leur causer des soucis. Tout en criant sur tous les toits que nous aimons nos pays, nous sommes prompts à poser, en toute connaissance de cause, des actes qui leur sont funestes.
Et tant que les choses continueront à se passer ainsi, l’Afrique continuera d’être ce qu’elle est : un continent sans cesse en proie à des convulsions publiques, à des conflits armés et à la misère.
C’est pourquoi il m’est apparu nécessaire de consacrer mon premier livre à l’amour patriotique. Car j’estime que celui qui aime sa patrie d’un amour sincère ne se permettra jamais de compromettre son image, sa stabilité ni son développement par des actes de malveillance.
Ce livre, un essai de 189 pages intitulé « Pour un véritable réflexe patriotique en Afrique », passe en revue les différents domaines où l’incivisme est le plus préjudiciable aux Etats africains et engage le lecteur à avoir, en toute circonstance, une attitude de citoyen responsable.
La pratique aveugle des cultes, en particulier des religions se disant révélées, est un autre mal auquel j’ai cru bon de m’intéresser. Son impact sur l’équilibre et le développement des pays africains n’est pas négligeable, même s’il n’est pas évident pour tous.
Du ciment de l’union, de la concorde et de la paix qu’elle devrait être, la religion est devenue, par la force des choses, un facteur de division et de troubles dramatique dans certains pays africains.
Je n’en veux pour exemple que ce qui s’est passé au Nigéria à la fin du mois dernier. Pour des raisons qui ont dû faire sourire les païens et les athées, deux communautés religieuses s’étaient affrontées dans le sang, faisant des centaines de morts et plus de mille blessés. Avec de tels dérapages, les religions traditionnelles peuvent se vanter d’être plus civilisées.
Les grandes puissances religieuses pour lesquelles nous nous enthousiasmons tant aujourd’hui ne sont pas d’origine africaine. Elles sont issues d’autres continents, qui se passionnent de moins en moins pour elles.
Entre nous, n’est-il pas regrettable de constater que nous en soyons à nous quereller, à nous diviser et à nous entretuer au nom de ces confessions pendant que ceux-là mêmes qui nous les ont fait découvrir sont au travail ? N’est-il pas déplorable de voir que nous consumons nos génies et nos énergies à préparer notre avenir après la mort au lieu de travailler pour notre bien-être sur terre ?
Mesdames et messieurs, il est temps de nous remettre en cause et de vivre notre foi de façon judicieuse. Pour le rayonnement de religions qui ne nous promettent qu’un bonheur hypothétique, nous nous permettons trop souvent des folies incompatibles avec les exigences de la concorde, de la paix et de l’harmonie, indispensables au développement d’un pays.
Sous prétexte de combattre l’idolâtrie pour la gloire de Dieux adoptifs, nous sommes en croisade contre nos traditions sans craindre de détruire notre patrimoine culturel qui, par la force des choses, se ramène aujourd’hui à la musique et l’artisanat.
C’est à la prise de conscience de tous ces dérapages et de leurs conséquences que « Lettres confessionnelles » nous convie. Ce livre, un roman épistolaire de 144 pages, nous invite à la modération et à la tolérance dans la pratique de nos religions, tous les cultes étant valables et égaux aux yeux de Dieu, qui en est aussi le créateur suprême.
S’il ya un autre mal qui nuit le plus à l’Afrique après et peut-être même plus que ceux qui viennent d’être évoqués, c’est bien l’ambition démesurée.
L’ambition, en elle-même, il importe de le souligner, est une excellente chose. Elle est à l’origine de tout succès et de tout progrès. Si j’ai pu intégrer aujourd’hui la prestigieuse famille des écrivains, c’est parce que j’ai eu l’ambition d’écrire. Je serais donc le dernier à soutenir que l’ambition n’est pas recommandable.
Mais en toute chose l’excès nuit. Nous mangeons pour vivre. Mais si nous mangeons à outrance, nous nous exposons à la colique, un mal qui peut nous conduire à la mort. Il en va ainsi de l’ambition. Poussée au-delà des limites convenables, elle cesse d’être une vertu et devient un vice, un mal lourd de conséquences.
L’expérience de la vie quotidienne a montré qu’en Afrique nous faisons trop souvent preuve d’ambitions démesurées dans presque tous les domaines.
Pour satisfaire leurs ambitions politiques, des assoiffés du pouvoir sont prêts à décimer leurs peuples, quitte à régner sur des cimetières. Pour étancher leur soif de richesse, des rapaces ne reculent devant aucune atrocité. De même, pour satisfaire leur ambition d’accéder au paradis, des illuminés ne rêvent que d’avoir des occasions d’endeuiller des familles en perpétrant des attentats monstrueux ou en prenant part à des guerres dites saintes.
Ces allusions, que je pourrais multiplier à l’infini, sont loin de relever de la spéculation. Elles sont illustrées par des réalités qui, par la force des choses, nous sont devenues familières.
Regardons aujourd’hui le continent africain ! Il est le théâtre de multiples conflits armés nés de l’ambition que des hommes ont de prendre ou de conserver le pouvoir à tout prix. Et les rares affrontements qui ne sont pas d’origine politique sont le fait d’illuminés convaincus que leurs atrocités leur ouvriront grandement la porte du paradis.
Motivés par le désir excessif d’être riches, la corruption, les détournements de deniers publics et les trafics de tous genres causent à l’Afrique un tort qui n’est pas à démontrer.
J’ai donc trouvé important de m’intéresser à l’ambition dans mes écrits. Le livre que j’ai publié à ce sujet, un essai de 160 pages, a pour titre « Quand l’ambition fait perdre la raison ». Comme l’a si bien dit le parrain de cette cérémonie dans sa préface, ce livre « fait défiler devant le lecteur les vices qui peuvent naître d’une ambition démesurée et l’invite à la modération ».
Le dernier de la gamme de livre que j’ai l’honneur de vous présenter s’intitule : « Que reste-t-il de l’autorité en Afrique ». Il traite de la crise d’autorité, un mal dont on parle très peu mais qui n’est pas moins funeste aux pays africains que l’ambition démesurée.
Les sociétés traditionnelles africaines ne connaissaient pas les commodités dont nous jouissons aujourd’hui. Mais elles pouvaient se vanter d’être bien organisées et relativement paisibles. Avec l’instruction et l’évolution des mœurs, nos Etats devraient être mieux organisés et plus civilisés que ces sociétés.
Paradoxalement, c’est à un phénomène inverse qu’il nous est donné d’assister. Les rues des capitales et autres grandes villes africaines grouillent, pour ainsi parler, d’enfants en divagation. Bien plus, les institutions, les lois, les règlements et les autorités sont sans cesse bafouées. Les émeutes, les manifestations sauvages et les rébellions armées sont devenues monnaie courante.
Ces maux, devenus, pour ainsi dire, des épidémies en Afrique, sont à la fois les manifestations et les conséquences de la crise d’autorité, déplorées dans presque tous les domaines de la vie.
Et tant que les choses en resteront là, tant que l’autorité n’aura pas repris ses droits dans tous les domaines où elle est mise en échec, l’Afrique continuera à tirer le diable par la queue. Car aucune société, aucun Etat ne peut se développer dans le désordre et l’anarchie. C’est à la prise de conscience de cette situation que « Que reste-t-il de l’autorité en Afrique », un essai de 160 pages, nous convie.
Mesdames et messieurs, les maux sur lesquels je me suis fait le devoir de publier mes modestes réflexions sont nombreux. D’autres œuvres sont prêtes et attendent d’être éditées. Mais le tout n’est pas de publier des livres. Il importe qu’ils soient connus et lus. C’est dans ce but que la présente cérémonie a été organisée.
Avant de continuer mes publications, j’ai jugé bon de faire connaître celles qui existent déjà, de manière à ne pas avoir le sentiment de prêcher dans le désert. Du fond du cœur, je remercie tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, m’ont assuré leur concours ou comptent m’aider à cet effet.
Je pense notamment à vous tous qui m’avez fait l’honneur et le plaisir de venir me soutenir, à ceux qui n’ont pas pu être parmi nous mais qui me soutiennent en esprit, à la presse dans toutes ses composantes, au président du comité d’organisation et à toute son équipe, à la directrice et au personnel de la Bibliothèque nationale et à tous ceux que j’ai omis de citer par excès d’émotion.
Je vous remercie de votre attention et surtout de la qualité de votre écoute.
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