Ne faut-il pas autoriser le mariage des prêtres ?

Depuis quelques années, des scandales sexuels éclaboussant l’Église catholique se succèdent, avec une nette accélération ces derniers temps. Des membres du clergé sont accusés de pédophilie et autres abus sexuels commis dans plusieurs pays. Du coup le problème du mariage des prêtres revient sur le tapis.
Il est bien vrai que la pédophilie n’est pas l’apanage des prêtres égarés. Elle a des adeptes parmi les personnes à qui il n’est pas interdit de se marier, et même parmi des polygames endurcis. On ne peut donc pas dire qu’elle est forcément liée au célibat.
Mais il est indéniable que celui-ci est l’un de ses facteurs. Celui qui est dans le besoin n’est-il pas plus soumis à la tentation que celui qui se suffit ? Parmi les prêtres impliqués dans des scandales sexuels, il y en a certainement qui ne se seraient pas laissés tenter par le démon s’ils étaient mariés ou s’ils n’étaient pas astreints à l’abstinence sexuelle.
Les rapports sexuels répondent à un besoin physiologique que très peu de personnes normales peuvent s’empêcher de satisfaire. Les prêtres sont avant tout des mortels ; ce qui les distingue des hommes ordinaires en dehors du privilège qu’ils ont d’être des serviteurs de Dieu, c’est le vœu de chasteté qu’ils font en entrant dans les ordres.
Par ce vœu, ils s’engagent non seulement à rester célibataires, mais aussi à se priver volontairement de toute pratique sexuelle. Tout le problème est de savoir si un tel serment suffit à lui seul à les mettre à l’abri du besoin en matière de rapports sexuels. Un prêtre perd-il sa libido du seul fait qu’il a fait un vœu de chasteté ? Devient-il insensible ou indifférent au charme des femmes parce qu’il a fait un vœu de chasteté ? Rien n’est moins sûr.
Le vœu de chasteté ne fait pas perdre aux prêtres ce qui caractérise les hommes. Il ne leur fait perdre ni leur virilité, ni l’envie d’avoir des rapports sexuels. Comme à tous les hommes normaux, il arrive à ces braves serviteurs de Dieu de succomber au charme des femmes et d’avoir envie de satisfaire leur appétit sexuel. Et ils ne peuvent compter que sur leur seule volonté pour résister à la tentation de succomber à ce besoin.
Très nombreux sont ces braves serviteurs de Dieu qui font l’effort de respecter leur engagement. Ils ont la volonté d’honorer le vœu de chasteté qu’ils ont fait. Hélas ! La chair est faible !
L’envie d’avoir des rapports sexuels non ou mal maitrisée amène bien des hommes non astreints à l’abstinence sexuelle à commettre des viols et autres abus sexuels. Cela montre à quel point la libido, énergie relative à la pulsion sexuelle, est forte.
Du moment que les prêtres ne sont ni castrés ni impuissants, il faut manquer de réalisme pour s’imaginer que le vœu de chasteté est inviolable. Certes, ils sont des hommes de Dieu ; mais ils sont après tout des hommes : ils ne sont pas assez exclusifs pour pouvoir, toute leur vie, résister à l’envie d’avoir des rapports sexuels. Ils sont nombreux à se laisser tenter par le démon.
En vérité, la violation du vœu de chasteté ne date pas d’hier. Depuis toujours, des prêtres succombent à la faiblesse de la chair : ils cèdent à la tentation, pour ne pas dire à la nécessité de satisfaire leur appétit sexuel ; mais leurs frasques ont été pendant très longtemps couvertes ou étouffées par la hiérarchie ecclésiastique. Aujourd’hui, la situation a changé.
De plus en plus, l’Église est éclaboussée par des scandales sexuels. Les cas de pédophilie, dont la presse ne cesse de se faire l’écho, sont loin d’être les seuls abus sexuels dont des prêtres se rendent coupables. Bon nombre de ces braves serviteurs de Dieu sont souvent accusés de complicité d’adultère et d’abus sexuels sur leurs servantes, des enfants de chœur ou des choristes, pour ne citer que cela.
Les colloques et autres rencontres que l’Église catholique ne cesse de multiplier depuis des décennies pour remédier à cette situation n’ont encore rien donné parce que le problème de fond reste posé : Ne faut-il pas autoriser les prêtres à se marier ?
Le mariage des prêtres apparaît comme une solution incontournable pour freiner un tant soit peu les scandales sexuels qui commencent à discréditer l’Église. Les raisons qui avaient conduit à l’instauration du vœu de chasteté sont certes respectables, mais dans l’état actuel des choses, elles semblent être aujourd’hui dépassées et ne se justifient plus.
Comme indiqué plus haut, les rapports sexuels sont une nécessité biologique à laquelle aucun homme ne peut volontairement se soustraire toute sa vie durant, à moins d'être impuissant ou castré. À quoi sert-il alors d'interdire ce que l'on n'a pas les moyens d'empêcher ?
Outre les considérations qui précèdent, d’autres arguments militent en faveur du mariage des prêtres de l’Église catholique.
Il n’est pas normal qu’il soit interdit aux prêtres de faire des enfants alors qu’ils sont eux-mêmes issus de la progéniture des autres ? Est-il honnête que l’Église refuse que ses dirigeants contribuent à la régénération de l'espèce humaine au sein de laquelle elle recrute ses fidèles ? Est-il raisonnable qu’elle refuse de contribuer à la régénération de ceux qui lui procurent ses ressources financières et lui assurent son prestige ? Qui doit mettre des enfants au monde pour servir de fidèles chrétiens ? Qui doit faire des enfants pour les mettre au service de ses prêtres ?
Avant d'être nommé responsable de culte, tout homme devrait faire l'expérience de la vie conjugale. On ne peut confier l'éducation morale des masses à des gens qui n'ont jamais éduqué ni même élevé un enfant. De plus en plus, les jeunes couples confient le règlement de leurs problèmes conjugaux aux autorités religieuses. Quels conseils utiles celles-ci peuvent leur donner si elles-mêmes ne savent rien du mariage ? À quel résultat peut-on vraiment s'attendre en demandant à un maçon ou à un mécanicien de faire une intervention chirurgicale ?
Le mariage devrait même être une condition de recrutement ou de nomination des responsables des cultes. L'abstinence sexuelle à laquelle certains d’entre eux sont soumis demeure théorique. Combien sont-ils à pouvoir jurer, la main sur le cœur, de n'avoir jamais trahi leur vœu de chasteté ? Et innombrables sont les enfants qui naissent de leurs aventures amoureuses à travers le monde.
Ces enfants, du fait qu’ils sont les descendants des serviteurs de Dieu, devraient être plus heureux que tous les autres enfants. Hélas ! Force est de constater qu’ils sont les plus malheureux !
Comme tout enfant, ces descendants de prêtres aimeraient avoir la fierté de parler de leurs papas à leurs camarades. Comme ceux-ci, ils aimeraient être de temps en temps dans les bras ou auprès de leurs pères et recevoir des cadeaux de leur part à l’occasion de leurs anniversaires ou des fêtes de fin d’année. Hélas ! Ils ne les connaissent pas ! Et ceux d’entre eux qui ont la chance de connaître les leurs n’osent pas s’afficher comme leurs progénitures.
De nombreux prêtres doivent eux-mêmes souffrir de cette situation. Ils savent qu’ils ont des enfants, mais ils ne peuvent pas les reconnaître. Et il est fort à parier que le jour où il leur sera permis de se marier et de déclarer leurs enfants, nous serons très nombreux à assister une explosion de joie dans les ordres et à des scènes émouvantes !
L’Église catholique devrait tenir compte de toutes ces considérations, qui sont loin d’être exhaustives, pour autoriser les prêtres à fonder des foyers. Il y a lieu de libérer ces braves serviteurs de Dieu, qui sont avant tout des hommes. Ils ne peuvent passer leur vie à célébrer les mariages de leurs prochains devant Dieu, à encadrer des fidèles en grande partie recrutés parmi les femmes et à regarder des jeunes filles en tenue sexy danser à la gloire de Dieu en se déhanchant sans être tentés de goûter au fruit défendu. La chair est faible !
Les pasteurs et les imams qui sont aussi de dignes serviteurs de Dieu se marient. Ils ont des femmes et des enfants qu’ils entretiennent. Et aucune étude n’a encore montré que dans l’accomplissement de leur mission divine, ils donnent moins satisfaction à Dieu que les prêtres de l’Église catholique. Qu’est ce qui nous fait penser que ces derniers seraient incapables d’accomplir leur mission si on les autorisait à se marier ?
Il y a lieu de les libérer en prenant des précautions propres à les contraindre à la sagesse. Entre autres conditions, l’on pourrait par exemple exiger que leurs épouses soient des religieuses ; mais il faut leur donner la possibilité de se marier. Il y va du crédit de l’Église et de l’intérêt de la société.
Fodjo Kadjo ABO.
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