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 Fodjo Kadjo ABO

L'intolérance : ce vice qui gagne du terrain en Afrique

30 Janvier 2010, 19:02pm

Publié par Fodjo Kadjo ABO

 

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   Le dictionnaire Larousse définit l’intolérance comme étant une « attitude hostile ou agressive à l’égard de ceux dont on ne partage pas les opinions, les croyances ».

      Cette définition nous autorise à dire que l’intolérance n’était pas familière à l’Afrique traditionnelle. Jusqu’à une époque très récente, les Africains pouvaient effectivement se vanter d’être exempts de ce vice : ils n’en voulaient pas à ceux qui avaient des opinions différentes des leurs aussi bien sur le plan philosophique, politique que religieux.

       Cela est d’autant plus vrai qu’ils avaient réservé un accueil bienveillant aux croyances véhiculées par les promoteurs des religions se disant révélées qui, comme nous le savons, sont toutes nées en Asie. De plus, toutes les doctrines politiques et philosophiques ayant cours actuellement en Afrique ont reçu un accueil identique.

       Les Africains étaient si compréhensifs que les opinions venues d’ailleurs avaient plus de place dans les cœurs de beaucoup que celles issues de leurs propres ancêtres. C’est d’ailleurs ce qui explique leur déculturation. Que reste-t-il de cette tolérance légendaire ?

      La tolérance, autrefois sacrée en Afrique, est aujourd’hui perçue comme une faiblesse ; elle est, pour ainsi dire, devenue pratiquement une vertu morte. Le fanatisme, qui s’est substitué à elle, est en train de gagner du terrain. Et s’il y a des domaines où il est le plus redouté, ce sont bien ceux de la politique et de la religion.

 

      De plus en plus, des gouvernants africains n’acceptent de travailler qu’avec des gens qui ont des affinités politiques avec eux. Soyez un technocrate hors pair, soyez un citoyen compétent, probe et dévoué à votre patrie : vous aurez bien du mal à occuper certains postes de responsabilité dans l’Administration si vous n’êtes pas du même bord politique que les gouvernants.

       Mais soyez une crapule notoire, soyez nuisible à votre pays, rares sont les postes auxquels vous ne pouvez pas accéder si vous partagez les convictions politiques des tenants du régime en place. Et vous ne pouvez espérer y rester qu’autant que vous ne vous attirez pas des soupçons par vos fréquentations.

      C’est très souvent que nous entendons des fanatiques dire : « Il va souvent chez Pierre ; il n’est donc pas clair. Il était au mariage, à l’anniversaire ou aux obsèques de Paul ; il a donc retourné sa veste. Je le vois souvent lire des journaux proches de l’opposition ; il est donc suspect. »

      Tout en se plaignant de ce genre de réaction, préjudiciable à leurs partisans, des guides politiques dans l’opposition ne résistent guère à la tentation de l’avoir eux-mêmes dans des circonstances identiques. On en entend souvent clamer : « Je le vois souvent avec M Untel ; Je suis convaincu qu’il n’est plus avec nous. On l’aperçoit souvent dans les couloirs du palais présidentiel ; il s’est sûrement fait acheter par le régime. Il sort avec la fille ou la nièce de tel ministre ; il roule donc pour le pouvoir ».

      Des gens poussent l’intolérance jusqu’à divorcer ou à s’interdire de se marier avec des personnes dont ils ne partagent pas les opinions politiques. Et comme si cela ne suffisait pas, ils ne permettent à leurs enfants de s’unir avec de telles personnes.

      Ces enfantillages ne sont pas sans conséquences. Des citoyens occupant d’importants postes dans l’Administration se croient obligés de couper les ponts avec leurs parents et amis s’ils veulent conserver la confiance du régime, et donc leurs places.

      De même, pour ne pas se faire suspecter, des militants de partis d’opposition se gardent d’avoir des rapports ou de simples contacts avec les personnes qui n’ont pas les mêmes opinions politiques qu’eux, fussent-elles des parents, amis ou collègues.

       Par la force des choses, l’intolérance a fait de la politique une source de discorde et d’inimitié en Afrique. Des parents, des amis de longue date et des collègues ne se fréquentent plus ou ne s’adressent plus la parole parce qu’ils n’ont pas les mêmes opinions politiques.

      Au-delà même des individus, ce sectarisme affecte des groupes. De son fait, des communautés naguère soudées et paisibles en viennent à se diviser et parfois même à s’entredéchirer. Des villages, des villes et des tribus sont régulièrement le théâtre d’échauffourées et d’affrontements sanglants nés de divergences de vue politiques.

 

      Tout aussi nombreux et déplorables sont les cas d’intolérance nés de la pratique des religions qui se prétendent révélées.

 

      Dans les sociétés traditionnelles africaines, tout individu était libre de pratiquer le culte de son choix. Personne n’avait à craindre d’être persécuté à cause de ses croyances ou de ses pratiques religieuses. Qu’observe-t-on de nos jours ? Nombreux sont les Africains adeptes des religions révélées qui n’acceptent pas que leurs enfants pratiquent des cultes autres que les leurs.

      Dans ces sociétés anciennes, la religion n’était pas un obstacle au mariage ; chacun pouvait se mettre en ménage avec l’âme sœur qu’il désirait sans être contraint de renoncer à ses croyances. De nos jours, les Africains de confession musulmane s’interdisent d’épouser des personnes ne pratiquant pas l’islam. Les chrétiens aussi ont commencé à leur emboiter le pas ; dans certaines sectes, des fidèles ne sont même pas autorisés à s’unir avec des frères ou sœurs en Christ issus d’autres congrégations.

      Dans presque toutes les localités de l’Afrique traditionnelle, les cimetières étaient laïques : ils accueillaient les dépouilles de tout le monde, sans distinction d’appartenances religieuses ni de croyances. Aujourd’hui, les musulmans ont leurs cimetières ; ils ne tolèrent pas que des non musulmans y soient inhumés. Comme eux, les chrétiens aussi ont les leursA ; les dépouilles des non chrétiens n’y sont pas admises.

      On pourrait fournir à profusion des exemples qui illustrent fort bien l’intolérance dont les adeptes des religions se disant révélées font preuve.

      Cette intolérance ne mériterait pas qu’on s’y intéresse si elle ne s’arrêtait qu’aux jérémiades évoquées. Il se trouve, malheureusement, qu’elle est à l’origine de crises familiale et de troubles pouvant aller jusqu’à des conflits armés. J’en ai pour exemples les affrontements sanglants qui endeuillent régulièrement des pays comme le Nigéria.

     

      Il est temps, grand temps que les Africains se remettent en cause. Ils ne peuvent pas continuer à s’entretuer pour la banale raison qu’ils ne tolèrent pas les opinions politiques ou religieuses des uns et des autres.

      L’exemple du sport devrait leur donner matière à réflexion. Des matchs de football donnent lieu à des passions qui ne durent pas plus que des feux de paille. Après s’être permis des moments de folies dans les stades, dans des débits de boissons et dans des salons, les supporters des équipes adverses tournent la page et se retrouvent pour rigoler comme si de rien n’était. Des parents, amis et connaissances ne deviennent jamais leurs ennemis parce qu’ils ne supportent pas la même équipe qu’eux. Qu’est ce qui empêche les politiciens et les fidèles des religions révélées de faire comme eux ?

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L
<br /> Parfaitement d'accord avec cette opinion. Seulement c'est comme une gangrène qui se répand car ce phénomène s'observe ailleurs qu'en Afrique.<br /> <br /> <br />
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