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 Fodjo Kadjo ABO

Ces gouvernements de consensus qui desservent l'Afrique

6 Mars 2010, 18:36pm

Publié par Fodjo Kadjo ABO

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  Si vous prenez le temps et la peine de réfléchir à la vie des Etats africains vous vous apercevrez qu’ils sont nombreux à avoir été ou à être dirigés par des gouvernements dits de transition, d’union nationale, de réconciliation et de large ouverture, pour ne citer que cela.

Dans la quasi-totalité des cas, ces gouvernements de consensus ont été appelés à l’existence pour remédier à des crises politiques. Bien entendu, un remède est toujours le bienvenu quand il a une vertu curative avérée.

Dans presque tous les pays où des gouvernements de consensus ont vu le jour ils ont permis d’éviter, d’atténuer ou de régler des crises lourdes de conséquences. Il n’empêche que leur trop grande fréquence mérite une profonde méditation.

Un calmant, quelle que soit son efficacité, ne peut servir qu’à soulager un malade de ses souffrances et non à le guérir. Dans bon nombre de pays en développement on a pris l’habitude de prescrire ou d’administrer des calmants à des malades qui gagneraient à suivre des traitements adéquats.

Le partage du pouvoir, qui n’est qu’un calmant, est devenu, par la force des choses, un remède miracle trop souvent utilisé pour les règlements des crises politiques qui surviennent dans bon nombre de pays en développement. Au-delà des satisfactions ponctuelles qu’il assure aux protagonistes de ces crises il a des effets secondaires très nocifs, pour ne pas dire funestes.

L’expérience a montré que les membres des gouvernements de consensus ne sont pas nommés en fonction de leurs compétences et de leur expérience mais par rapport à leur engagement militant au sein de leurs partis respectifs. Ce critère de choix n’est pas sans conséquences.

Dans un pays bien gouverné, les postes de responsabilité doivent être confiés à des personnalités qui ont les qualités professionnelles et morales requises. Ces qualités ne s’acquièrent pas par le militantisme mais par la formation et la pratique professionnelles. On ne devient pas apte à gérer les affaires publiques parce qu’on est populaire dans sa région ou encore parce qu’on a appris à mobiliser des militants ou à animer des réunions publiques.

A la faveur des crises sociopolitiques, actuellement en vogue en Afrique, des opportunistes ont été parachutés à la tête de départements ministériels qu’ils sont ou se sont révélés incapables de diriger. L’incompétence de ces autorités serait bien moins préjudiciable à leurs pays si elles avaient la sagesse de se faire épauler par des technocrates chevronnés.

Il se trouve que par népotisme, par complexe ou par crainte de se choisir des collaborateurs qui risquent de prendre leurs places plus tard ils préfèrent s’entourer de farfelus, de surcroît issus de leurs partis. Pendant ce temps des cadres compétents et prêts à servir leurs pays avec loyauté, probité et dévouement se tournent les pouces.

Il se passe en Afrique des choses qui, si nous n’y prenons garde, risquent de lui être fatales. Dans quantité de pays de ce continent les gouvernements de consensus se succèdent et se ressemblent. Citoyen de l’un de ces Etats, vous ne pouvez espérer occuper des fonctions ministérielles ou tout autre poste de responsabilité que si vous êtes parrainé par une force politique.

 Bien évidemment, pour avoir droit à un tel parrainage il est indispensable de militer dans un parti et de se faire remarquer par son activisme. Or un bon activiste n’est pas forcément un bon technocrate. D’ailleurs, la plupart des gens qui pérorent et s’agitent dans les formations politiques ne cherchent qu’à se faire des places au soleil autrement que par le mérite ; malheureusement, ce sont ceux-là qui se voient confier les destinées de leurs pays.

Ainsi, nous nous trouvons en quelque sorte dans une situation qui donne l’image d’un chasseur qui va en brousse avec des chèvres pendant que des chiens de chasse bien dressés s’ennuient dans leurs niches. Quel résultat peut-on vraiment attendre de lui ? De quel développement peut-on parler dans un pays où la promotion de la médiocrité est de rigueur ?

Ces considérations sont loin d’avoir mis en évidence tous les inconvénients des gouvernements de consensus. Les militants qui s’y retrouvent sont forcément redevables à leurs familles politiques respectives : c’est à elles qu’ils doivent leur entrée dans de tels gouvernements. Par gratitude et surtout dans le souci de ne pas perdre la faveur et le soutien de leurs marraines, ils sont disposés à faire leur volonté, fût-elle contraire ou funeste à l’intérêt général.

A la fâcheuse tendance qu’ils ont à se considérer plus comme les serviteurs de leurs familles politiques que ceux de leurs pays s’ajoute un autre inconvénient qui mérite d’être évoqué. Ils se voient obligés, sinon de contribuer à la santé financière de celles-ci, tout au moins de se constituer des trésors personnels pour entretenir leurs propres carrières politiques.

Dans ce but ils n’hésitent pas à faire feu de tout bois. Entre autres initiatives fallacieuses, ils s’engagent dans des réformes qui obéissent moins au souci de bien accomplir leurs missions qu’à celui de gagner de l’argent à tout prix. Du coup, la corruption, les détournements de deniers publics et autres malversations qu’ils étaient si prompts à dénoncer avant leur entrée dans les gouvernements de leurs pays cessent d’être illicites et condamnables à leurs yeux.

Parmi les militants qui se retrouvent dans des fauteuils ministériels il y en a qui sont conscients qu’ils doivent leurs postes moins à leur connaissances et à leur savoir-faire qu’aux crises qui ont donné naissance aux gouvernements dont ils sont membres. Et comme ils ne tiennent pas à perdre leurs privilèges, ils ont intérêt à ce que ces crises s’éternisent.

En tout cas, quand bien même ils ne feraient rien pour faire durer ces crises, il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils contribuent à leur règlement. Cela est de bonne guerre. Nul n’est trop insensé pour faire tomber délibérément l’échelle par laquelle il a pu accéder au toit d’un édifice.

En règle générale, les membres des gouvernements de consensus sont à peine sensibles aux souffrances des populations de leurs pays. Les discours officiels qu’ils sont prompts à pondre ne sont que de la poudre aux yeux. Ce qui les intéresse et les préoccupe, c’est de jouir de leurs privilèges. Ils se complaisent tellement dans les crises qui ont favorisé leur nomination que bien souvent ce sont des coups d’Etat et des rébellions qui mettent fin à leurs carrières ministériels.

Loin d’abréger les souffrances des populations, qui ont servi de prétextes à leurs auteurs, ces coups de force engendrent de nouvelles crises. Les mêmes acteurs politiques s’empressent d’exiger la mise en place de gouvernements de transition consensuels et ne ménagent rien pour obtenir des postes ministériels.

En somme, les populations se retrouvent dans un tel engrenage que bien souvent elles finissent par s’en remettre à Dieu : d’où le succès des sectes. Malheureusement, les élections qu’elles appellent de tous leurs vœux ne répondent pas toujours à leurs attentes : elles aussi donnent trop souvent lieu à des contestations qui débouchent sur le partage du pouvoir. Et les cycles recommencent.

Ces populations sont d’autant plus malheureuses qu’à la réflexion les gouvernements de consensus sont des sortes de « no man’s land ». Les mouvances présidentielles sont promptes à clamer à qui veut les entendre que ces gouvernements ne sont pas les leurs dans la mesure où elles se voient obligées d’y cohabiter avec des opposants. Pour leur part, ceux-ci soutiennent ne pas être au pouvoir parce qu’ils n’y ont pas été portés par leurs peuples. En somme, ces forces se renvoient les balles, de sorte que personne ne semble être prêt à répondre de ce type de gouvernement.

Evidemment, dans un pays où les forces politiques se disputent des avantages et fuient leurs responsabilités c’est la rue qui gouverne. Et  du gouvernement de la rue on ne peut attendre que le désordre, la régression et la misère. En d'autres termes un pays géré par la rue ne peut être autre chose qu'une République bananière.

Dans l’état actuel des choses les gouvernements de consensus sont loin d’avoir fait leurs preuves dans le règlement des crises politiques aussi bien en Afrique que dans les autres pays en développement. Il est donc temps qu’on en tire toutes les leçons qui s’imposent et qu’on cherche à remédier à ces crises par des moyens adéquats qui tiennent plus compte des intérêts des Etats concernés que de ceux des forces politiques en présence.


  

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