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 Fodjo Kadjo ABO

Inervview de Fodjo Kadjo Abo par le magazine ALISEE

12 Mars 2009, 20:10pm

Publié par Fodjo Kadjo ABO

 

 

Photos Abo 4 055Auteur de plusieurs ouvrages dont « Quand l’ambition fait perdre la raison », qui lui a valu le prix du meilleur écrivain de Côte d’Ivoire en 2008, M. Fodjo Kadjo Abo a accepté de s’ouvrir dans les colonnes de votre journal. Dans cet entretien, il donne son point de vue sur la culture ivoirienne, notamment la littérature et la musique. 

 

      
Monsieur Abo, vous venez d’être désigné meilleur écrivain de l’année 2008, prix décerné par le Bureau Ivoirien des Droits d’Auteur (BURIDA). Quelles sont vos impressions ?


Mes impressions sont celles d’un homme satisfait et comblé. Je suis ravi parce que, comme tout créateur d’œuvres de l’esprit, j’aspirais à tirer profit de mes écrits. Je pense que mes vœux ont été exaucés ; mes efforts ont été récompensés à travers ce prix. J’avoue que c’est avec beaucoup de satisfaction que je l’ai reçu.


Le prix de la littérature vient d’être inséré dans les hauts de gamme et vous en êtes le premier gagnant. Que pensez-vous de ce prix initié par le
BURIDA ?


Comme je viens de le dire, ce qui importe pour un écrivain au sens noble du mot, ce ne sont pas les récompenses financières qu’il peut tirer de son œuvre mais que celle-ci soit connue, lue et bien appréciée du public. Et cela, le
BURIDA l’a très bien compris. 
Si vous avez bien suivi l’histoire de cette Maison, vous avez dû vous rendre compte que pendant des années les artistes s’étaient battus autour de sa gestion ; en fait, l’argent était au centre de toutes les querelles et des scènes dont il était le théâtre.

 Depuis l’année dernière, le BURIDA a bien voulu apporter des innovations de taille en faisant entrer en ligne de compte des considérations autres que le lucre. Cette valeur, c’est le Prix Haut de Gamme.
     
Je pense que le BURIDA a pris une initiative noble et louable. Je dirais même que c’est une véritable révolution que nous devons tous  saluer et encourager. Je voudrais, au passage, féliciter et remercier son administrateur provisoire, Monsieur Armand Obou, pour son dynamisme et sa hauteur de vue. Il a su ramener la paix au sein des créateurs d’œuvres artistiques et littéraire et à rendre leur Maison plus crédible et plus respectable.

J’émets le vœu que ce prix ait longue vie et gagne en prestige au fil des années. Ce souhait me tiens d’autant plus à cœur que je suis le tout premier lauréat de ce prix au niveau de la littérature. S’il se pérennise et devient aussi prestigieux que certains de ceux qui sont décernés en Europe, j’en serai le plus fier parce que je lui aurais en quelque sorte porté chance. Par contre, s’il ne fait pas long feu, je serai le plus malheureux parce que j’aurais obtenu un prix sans valeur, en tout cas un prix qui ne sera pas celui que je suis aujourd’hui fier d’avoir, bien entendu s’il a la chance de survivre.


Quel est le titre de l’œuvre qui vous a valu ce prix et de quoi parle t-il ?

     
L’œuvre qui m’a valu d’avoir ce prix est  « Quand l’ambition fait perdre la raison ». C’est un livre qui traite de l’ambition démesurée. Je me dois de préciser, d’entrée de jeu, que je ne condamne pas l’ambition : elle est en elle-même une qualité parce qu’elle est un facteur très déterminant dans la réussite de toute entreprise. Il n’y a pas de projets que nous puissions réaliser si nous n’avions jamais eu l’ambition de nous consacrer à l’activité sur laquelle ils portent.

Mais sachez aussi qu’en toute chose l’excès nuit. Nous nous nourrissons pour vivre. Mais si nous mangeons et buvons à l’excès nous nous exposons à la colique, qui peut entrainer des troubles de santé et même nous conduire à la mort. Il en va ainsi de l’ambition démesurée. Lorsqu’elle dépasse les limites convenables, elle cesse d’être une vertu et devient un vice.

Poussés par l’ambition démesurée, des êtres humains en viennent à commettre des horreurs inqualifiables et même à  sacrifier leurs propres pays. C’est ce que j’ai essayé de dénoncer dans mon livre. Les gens démesurément ambitieux sont nombreux et opèrent dans des domaines très variés. Mais je ne me suis intéressé qu’aux secteurs dans lesquels ils font le plus de tort à la société.

Dans les trois chapitres qui composent l’œuvre, j’ai parlé respectivement de l’ambition sans limites d’être célèbre ou puissant, de l’ambition excessive d’être riche et de l’ambition démesurée d’accéder au paradis. Dans chacun de ces domaines trop d’individus se permettent des actes ayant des suites très regrettables, pour ne pas dire désastreuses.


Le jour de votre récompense vous aviez dit : " Je ne suis pas un homme de lettres mais plutôt un magistat. J’écris à mes heures perdues. La récompense est morale et non pécuniaire."  Que voLe jour de votre récompense, vous avez dit : « Je ne suis pas un homme de lettre mais plutôt un uliez-vous dire par ces paroles ?

Effectivement je ne suis pas un homme de lettres. Je suis un magistrat. Pour être plus précis, je suis l’actuel Procureur général près la Cour d’appel de Bouaké. Ce n’est qu’à mes temps perdus que je m’adonne à l’écriture.

Bien évidemment, quand vous exercez une activité de façon purement secondaire et qu’elle vous apporte une récompense comme celle que je viens d’avoir, vous ne pouvez que vous en réjouir. C’est pour cela j’ai dis que les créateurs d’œuvres de l’esprit aspirent aussi à avoir des récompenses morales. Et je pense même que celles-ci sont de loin plus importantes et plus appréciables que les retombées financières qu’on peut avoir de son œuvre.

Aujourd’hui l’écriture ne nourrit pas son homme. En m’y consacrant à mes temps libres, je ne m’attendais pas à recevoir des gains substantiels ni à faire fortune. J’avais tout simplement à cœur d’accomplir un devoir : celui d’apporter ma modeste contribution à la prise de conscience et à la résolution des problèmes auxquels la société est confrontée pendant que je suis de passage sur terre. Pour mieux dire, j’écris pour la gloire. Et lorsque cette gloire a été obtenue, je ne peux qu’être satisfait.

 Quand bien même l’écriture m’apporterait des récompenses financières, pour moi ce n’est pas cela le plus important parce que ce que je laisserai sur terre en partant pour l’au-delà, c’est le souvenir des actes que j’aurais posés.

A mon humble avis, la richesse ne saurait être ce souvenir. Quand nous parlons aujourd’hui de Bernard Dadié, de Zadi Zaourou ou d’Ahmadou Kourouma, pour ne citer qu’eux, ce qui nous vient tout de suite à l’esprit et nous intéresse, ce n’est pas ce que les uns ont sur leurs comptes en banque ni ce que les autres ont laissé comme héritage matériel à leurs enfants.

Ce que le public retient et gardera d’eux à travers les âges, ce sont leurs mérites et le souvenir des œuvres qu’ils ont accomplies dans l’intérêt de la société. A mes yeux cela est beaucoup plus important que les richesses matérielles. Celles-ci sont très infidèles ; elles viennent et repartent à leur guise. Mais le souvenir des œuvres qu’on a créées et des bonnes actions qu’on a menées, lui, reste pour toujours.


Permettez-moi l’expression, vous êtes inconnu du monde des arts. Vous arrivez avec une œuvre et vous bouleversez la hiérarchie ivoirienne. Le coup d’essai fut le coup du maître. Que répondez-vous ?

     
Il y a quand même quelques années que j’écris. J’ai publié mon premier livre en décembre 2001. Le second est paru en 2005, le troisième en 2007 et le quatrième en 2008. C’est le troisième qui m’a rapporté le prix.

En tout état de cause, pour avoir un prix littéraire ou, en tout cas, pour être un écrivain célèbre, on n’a pas besoin de publier beaucoup d’œuvres ni d’être un vétéran. Je connais de grands auteurs comme Sénèque, Machiavel et Karl Marx qui n’ont pas écrit beaucoup de livres. Pourtant ils font partie des auteurs les plus connus, les plus lus et les plus cités aujourd’hui. Vous comprenez donc qu'on n’a pas besoin de réaliser beaucoup d’œuvres ni d’être connu comme écrivain depuis belle lurette pour obtenir un prix littéraire ou une notoriété.

                                            Entretien réalisé par Martial Kossonou

                                                                      pour le magazine ivoirien ALIZEE
                                                                     01 BP 10 Abidjan 01
                          
                                            goupealisees@yahoo.fr

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