La corruption : en viendra-t-on un jour à bout ?
Toute personne vivant dans un pays démocratique a le droit imprescriptible de jouir des droits reconnus à tous si elle remplit les conditions requises. En est-il ainsi dans les pays africains ? Combien d’habitants de ces Etats peuvent-ils bénéficier aujourd’hui d’une prestation publique ou jouir pleinement d’un droit sans mettre la main à la poche ?
Vous êtes un étudiant et vous voulez passer un concours. Pour pouvoir réunir les pièces requises, il vous faut corrompre les agents préposés à leur délivrance. Bien plus, vous ne pouvez espérer votre admission que si vous « entrez dans le contexte », c'est-à-dire si vous mettez la main à la poche.
Vous êtes un entrepreneur intéressé par un marché public. Quels que soient votre sérieux et vos compétences, vous ne pouvez avoir la chance de l’obtenir que si vous faites des dons ou des promesses. Après l’accomplissement de vos obligations, vous ne pouvez percevoir votre rémunération que si vous donnez des dessous-de-table à chacune des étapes de la procédure de paiement.
Vous êtes évacué d’urgence dans un hôpital public. Vous risquez de ne pas en ressortir vivant si vous ne cherchez pas à attirer la bienveillance du personnel médical sur vous par des dons en espèces sonnantes et trébuchantes.
Bref ! Il serait fastidieux d’énumérer les cas dans lesquels nous ne pouvons pas faire valoir nos droits sans donner des dessous-de-table. Cela est d’autant plus triste que ces pratiques prospèrent au fur et à mesure que nous les dénonçons.
Aujourd’hui, nombreux sont les pays africains où les adeptes de la corruption opèrent au grand jour. Sans vergogne, des corrompus notoires interpellés sur leurs agissements n’hésitent guère à dire : « Même ceux qui sont au sommet de l’Etat le font ».
Ces réactions sont, hélas, parfois justifiées. Des gens arrivés au pouvoir ou ayant accédé à des emplois supérieurs de l’Etat aussi pauvres que Job se sont, en un rien de temps, retrouvés à la tête d’empires de richesses que leurs salaires et autres avantages avouables ne peuvent justifier. En voyant tout cela on est tenté de se demander si la corruption pourra être éradiqué un jour en Afrique.
Par la force des choses, la corruption est entrée dans les mœurs des Africains. L’agent public ou privé qui se trouve à « un poste juteux » et qui n’en profite pas est considéré comme un idiot. De même le citoyen qui, attendant l’accomplissement d’un acte dans un service public, les mains dans les poches, se dit qu’il est un contribuable et qu’il est en droit d’être servi de façon convenable est considéré comme un rêveur, pour ne pas dire un marginal.
Par-delà les désagréments que cette situation cause, elle a des conséquences trop graves pour que nous continuons à nous y complaire. Ce ne sont plus les gens les plus méritants qui réussissent des concours ou accèdent à certaines fonctions, mais ceux qui « savent faire parler leurs poches ». Et si les choses continuent à évoluer ainsi, il est à craindre que les pays africains ne finissent par se retrouver entre les mains de fripouilles ne connaissant rien dans la gestion de la vie publique.
Un pays a beau regorger de richesses, il est voué au désordre et à la misère s’il a le malheur d’être dirigé par des corrompus prêts à tout pour se remplir les poches, par des arrivistes accessibles aux sollicitations les plus funestes.
Nul n’ignore que l’Afrique est trop souvent en proie à des drames liés à la corruption. Pour de l’argent, des individus sans scrupule en viennent à favoriser le trafic d’armes et de produits dangereux dans leurs pays, à compromettre la réalisation de projets vitaux ou encore à favoriser l’exploitation ou la déstabilisation de leurs pays. Les exemples pourraient se multiplier à loisir. Ce qu’il importe de retenir, c’est que la corruption est un fléau extrêmement grave. Elle est même plus préoccupante que d’autres maux qui nous affolent et nous mobilisent.
Certes, en songeant à son ampleur et au fait que ceux-là mêmes qui devraient être à l’avant-garde de la lutte contre elle se trouvent être parmi ses plus fervents adeptes, il y a tout lieu d’être désespéré. Mais faut-il pour autant nous complaire dans une situation que nous savons très sérieuse ?
Un fléau, quel qu’il soit, peut être sinon éradiqué si on est animé d’une volonté réelle et constante de le combattre. La corruption n’est pas une invention des Africains ; elle a sévi dans les puissances qui s’affichent aujourd’hui en donneuses de leçons. Ce n’est ni par hasard ni par miracle qu’elle a été vaincue dans ces pays : il a fallu qu’elle soit combattue ; elle peut l’être en Afrique aussi.
Cette lutte ne doit laisser personne indifférent. Chacun de nous, quel qu’il soit, peut contribuer à son succès, ne serait-ce qu’en prenant la résolution de changer de mentalité : la corruption ne doit plus être considérée comme un phénomène normal ni comme un banale fait de société.
Les gouvernants africains doivent prendre conscience de l’ampleur et de la gravité de ce fléau et se résoudre à le combattre autrement que par des discours et proclamations officiels. Ils doivent faire preuve d’une réelle volonté politique.
Dans la quasi-totalité des pays africains, la corruption est une infraction prévue et punie par la loi. Mais dans combien de ces Etats elle est réprimée comme il se doit ? les textes qui l’incriminent sont pratiquement tombés en désuétude.
Certains Etats ont pris d’heureuses initiatives en créant des structures chargées de la lutte contre ce fléau. Mais quels résultats ont-ils obtenus ?
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Cet article a été publié ddans magazine panafricain Afrique Liberté, notamment dans son noméro spécial de juillet et août 2007
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