AH ! CES INTELLECTUELS DES RÉSEAUX SOCIAUX D'INTERNET !
« Croyez-vous que vous êtes un intellectuel » ? Quelle serait votre réaction, vous qui lisez cet article, si l’on venait à vous poser une telle question ?
Vous êtes allé à l’école : vous savez lire et écrire. Vous avez fait des études plus ou moins longues qui ont été couronnées par un ou des diplômes. Malgré vos bagages intellectuels, dont il vous arrive de vous glorifier, quelqu’un ose vous demander en vous regardant dans les yeux si vous pensez être un intellectuel !
Nul ne peut savoir mieux que vous la réaction que vous pourriez avoir face à une personne qui, par une telle question, insinuerait qu’elle sous-estime ou remet en cause vos qualités intellectuelles. Mais l’on imagine aisément que quelle que soit la réaction que vous pourriez avoir, vous feriez grise mine parce que vous seriez contrarié. Vous trouveriez impertinent, voire insultant que l’on vous prenne pour un ignare alors que vous avez un niveau d’instruction qui vous autorise à vous considérer comme un intellectuel.
Il est naturel que vous vous offusquiez. Rares sont d’ailleurs ceux qui, ayant fait des études et obtenu des diplômes, apprécieraient qu’on leur dise qu’ils ne sont pas des intellectuels. Mais ceux qui leur parlent ainsi ont-ils tort dans tous les cas où ils le font ? Ceux qui se prennent pour des intellectuels le sont-ils tous effectivement ? Rien n’est moins sûr !
Le mot intellectuel est incontestablement l’un des mots les plus galvaudés en Afrique. Il suffit qu’une personne obtienne le moindre diplôme ou accède à un emploi dans la Fonction publique ou dans une entreprise pour se compter parmi les intellectuels de son pays. Et tout le monde s’accorde à lui reconnaître cette qualité. Quelle erreur !
Nous sommes très nombreux, pour ne pas dire innombrables, à nous afficher ou à considérer d’autres comme des intellectuels par pure ignorance. Nous sommes innombrables à employer le mot intellectuel dans un sens impropre parce que nous ignorons sa vraie signification.
De la consultation des dictionnaires usuels, j’ai retenu qu’un intellectuel est une personne qui s’est donné pour vocation ou habitude de mener et partager avec le public des réflexions sur des sujets intéressant la société. En somme, l’intellectuel est une personne se livrant de façon habituelle à des activités qui reposent sur l’esprit, sur la pensée.
En partant de cette définition, nous pouvons dire qu’il ne suffit pas d’avoir un diplôme, encore moins de savoir lire et écrire, pour être un intellectuel. Soyez un diplômé d’études universitaires, soyez un haut fonctionnaire de l’État ou un grand cadre dans une entreprise privée, vous n’êtes pas un intellectuel si vous ne vous consacrez pas votre vie ou une partie de votre temps à des activités mentales.
L’on peut s’indigner que des gens se fassent passer pour ce qu’ils ne sont pas. Mais cette imposture n’a rien d’inquiétant en soi. Si un individu se prend pour un intellectuel alors qu’il ne l’est pas, cela ne nuit en principe à personne. Ce qui est regrettable, c’est le fait que, se prévalant de leur fasse qualité d’intellectuel, ils se permettent des véhiculer des messages de nature à compromettre l’ordre social.
Des activistes se prenant pour les intellectuels de leurs familles politiques ou de leurs syndicats se permettent de rendre public des déclarations et informations qui poussent à la sédition. Les conséquences des productions mentales de ces pseudo-intellectuels sont parfois incalculables.
Je n’apprends rien au lecteur en disant que suite à la publication de discours, nouvelles et rapports incendiaires faite par de pseudo-intellectuels, des innocents ont perdu toute raison de vivre ; des règlements de comptes sanglants ne se sont pas faites attendre ; des pays ont basculé dans la violence ou se sont embrasés. Bref ! La liste des conséquences pourrait être allongée à souhait !
Naguère, les conférences, les réunions publiques et les médias constituaient les moyens essentiels par lesquels les militants considérés comme les intellectuels de partis et syndicats véhiculaient leurs idées.
Aujourd’hui, les réseaux sociaux d’Internet, en raison de leur portée et surtout de leur impact, sont devenus leur moyen de communication de prédilection. Très actifs sur ces réseaux, ils sont prompts à publier et à partager n’importe quoi aux Internautes.
Dans un précédent article publié sur mon modeste blog, j’ai vanté les mérites d’Internet qui, en plus d’être un précieux moyen d’information et de communication de plus en plus accessibles à tous, est un outil idéal pour les chercheurs et tous ceux qui désirent parfaire leurs connaissance dans n’importe quel domaine.
Très nombreux sont ceux d’entre nous qui se sont appropriés cet outil et l’utilisent à bon escient. Ils s’en servent pour s’instruire ou se cultiver, mais également pour se rendre utiles aux autres, notamment par le partage d’informations, de connaissances, de réflexions et d’expériences sur des questions d’intérêt économique, social, civique, politique, culturel et religieux.
L’expérience a montré que des internautes consciencieux et responsables qui apprécient ces partages les reprennent à leur compte et n’hésitent pas à apporter des contributions appréciables.
Il se trouve que non moins important est le nombre de ceux d’entre nous qui ne voient dans l’outil informatique, en particulier dans Internet, qu’un moyen de règlements de comptes, de désinformation et de déstabilisation, pour ne citer que ces quelques actes antisociaux.
Ces « intellectuels en ligne » n’ont à offrir à la société que la provocation à la haine et à la violence. Comme si en cas d’apocalypse, ils étaient assurés d’en sortir indemne, eux et leurs proches ! Le comble de l’aberration est que ces irresponsables sont prompts à s’attaquer aux bonnes volontés qui, se sentant interpellés par les problèmes auxquels leur société est confrontée, se font le devoir de publier leurs modestes contributions sur les réseaux sociaux.
Quels que soient la pertinence, l’objectivité et l’intérêt d’une publication partagée sur les réseaux sociaux, de pseudo-intellectuels réussissent toujours l’exploit d’y voir un lien avec un débat politique, actuel ou tombé dans l’oubli. Ressentant les opinions exprimées comme des attaques dirigées contre leurs partis ou mentors, ou encore comme un coup de pouce donné aux rivaux politiques de ces derniers, ils prennent position et n’hésitent pas à s’illustrer par des injures gratuites. Ce genre de comportement ne peut qu’être déploré.
Internaute pris pour l’un des éminents intellectuels d’un parti politique ou d’un syndicat, vous avez le droit imprescriptible de ne pas être d’accord avec l’auteur d’une publication partagée sur un réseau social. Mais sachez que la seule arme d’un intellectuel pour combattre une opinion, c’est la persuasion.
Si vous n’êtes pas d’accord avec une opinion publiée sur un réseau social ou dans la presse, vous n’avez qu’une seule chose à faire pour montrer que vous êtes un intellectuel digne de la considération qui vous est vouée par vos admirateurs : publier votre opinion en démontrant par des arguments pertinents et des preuves palpables que c’est vous qui avez raison. Du coup, vous infligerez une correction inoubliable à l’auteur de la publication que vous ne partagez pas. Mais vous ne pouvez que vous attirer des quolibets si vous vous contentez de pondre des invectives pour manifester votre désapprobation.
Le vrai intellectuel est toujours disposé à accepter la contradiction, et même à la rechercher. Car les débats apparaissent pour lui comme une occasion d’affirmer ou de confirmer son intellectualité. Vous vous flattez donc d’être un intellectuel si vous n’êtes prêt à admettre que ce que vous avez envie d’entendre. Vous êtes un faux intellectuel si vous vous invitez dans un débat en ayant pour seule arme la violence verbale.
Les « intellectuels en ligne » des partis politiques et syndicats, en plus d’être prompts à attaquer les opinions des autres par des agressions verbales, ont la manie de propager des rumeurs aussi fausses que subversives sur les réseaux sociaux. Une rumeur, aussi grotesque et invraisemblable qu’elle puisse paraître, trouve toujours un écho favorable auprès de ces faux intellectuels dès lors qu’elle est de nature à servir les intérêts de leurs mentors ou de leurs familles politiques. Avec insouciance et sans vergogne, ils s’empressent de la répandre sur les réseaux sociaux en se permettant des commentaires tout aussi ridicules et déplorables. Ils appellent cela être un intellectuel ! Faut-il en rire ou en pleurer ?
Il ne suffit pas d’avoir la prétention d’être ce que l’on n’est pas pour le devenir. En quoi êtes-vous un intellectuel si, comme les "titrologues" de quartier, vous êtes prompts à attaquer par des injures vulgaires des articles que vous n’avez même pas pris la peine de lire ? En quoi êtes-vous un intellectuel si vous êtes prompt à partager sur les réseaux sociaux des rumeurs qui, par leur invraisemblance, font sourire des gamins ?
En vérité, vous ne pouvez pas vous permettre des agissements qui caractérisent les ignares et être pris pour un intellectuel. Contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, cela ne veut pas dire que vous êtes un analphabète. Etant allé à l’école et ayant fait des études couronnées par un diplôme, vous êtes instruit mais vous n’êtes pas un intellectuel au sens véritable et noble du mot. Souffrez qu’on vous le dise !
Les injures que vous avez choisies comme moyen de prédilection pour exprimer votre opposition à une opinion exprimée sont l’arme des faibles et des barbares. Comme telles, elles sont indignes de personnes qui s’affichent comme des intellectuels patentés de leurs familles politiques ou de leurs syndicats. Car un intellectuel est par essence une personne civilisée.
Un intellectuel incapable de combattre une opinion par la persuasion a intérêt à ne pas s’inviter dans un débat, au risque d’étaler ses limites au grand jour et de se démystifier.
En effet, si vous êtes un internaute actif, sachez que vous êtes suivi par des millions d’autres internautes dont certains vous prennent pour un érudit. Ces derniers vous suivent et sont attentifs à tout ce que vous faites. Quand vous vous engagez dans un débat, ils s’attendent à ce que vous fassiez mordre la poussière à vos interlocuteurs par la pertinence de votre raisonnement et de vos arguments. Si au lieu de leur prouver que vous incarnez l’intellectuel accompli qu’ils voient en vous, vous vous contentez de pondre des injures vulgaires dans lesquelles ils sont plus experts que vous, vous perdez toute considération à leurs yeux.
Si nous voulons mériter la qualité d’intellectuel que nous revendiquons, apprenons à respecter nos interlocuteurs et à nous faire respecter en ayant une attitude correcte dans les débats auxquels nous prenons part. L’arrogance et l’insolence finissent toujours par desservir ceux qui en font preuve. À bon entendeur, salut !
Fodjo ABO
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