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 Fodjo Kadjo ABO

Le Prix d’Excellence, une réelle source d’émulation

11 Janvier 2018, 11:15am

Publié par Fodjo Kadjo ABO

Le mercredi 27 décembre 2017, le Ministre de la Culture et de la Francophonie a organisé à la Bibliothèque Nationale, à Abidjan, la cérémonie de remise des 2ème et 3ème Prix d’Excellence 2017.

 

Six personnalités qui se sont distinguées dans les domaines de la littérature, des arts vivants et des arts visuels ont été récompensées au cours de cette cérémonie. Il s’agit de :

  • Fodjo Kadjo ABO et François d’Assise N’dah, respectivement classés 2ème et 3ème dans le domaine de la littérature ;
  • La Compagnie Ram’de et Serges Beynaud, respectivement classés 2ème et 3ème dans le domaine des arts vivants ;
  • Guy Kalou et N’Guessan Essoh, respectivement classés 2ème et 3ème dans le domaine des arts visuels.

 

Les lauréats classés 1er dans les mêmes disciplines ont reçu leurs Prix à l’occasion de la commémoration de la Fête Nationale.

 

Au nom des six lauréats, l’écrivain-magistrat, Fodjo Kadjo ABO, a remercié le Président de la République et le Ministre de la Culture et de la Francophonie pour la reconnaissance de leur mérite. Voici le texte intégral de l’intervention qu’il a faite à cette occasion.

__________________

Monsieur le Ministre de la Culture et de la Francophonie,

Monsieur l’Inspecteur Général,

Messieurs les Inspecteurs Généraux des Services judiciaires et Pénitentiaires

Distingués invités,

Chers amis de la presse,

L’expression de nos visages, mes colauréats et moi-même, montre à quel point nous sommes touchés et émus par les distinctions qui nous échoient ce matin.

 

L’émotion et la joie qui nous habitent en ce moment sont très fortes. Elles ne sauraient pour autant occulter le sentiment de gratitude que nous éprouvons également.

 

Certes, les signes de satisfaction et de fierté que nous avons manifestés, et qui se lisent encore sur nos visages, traduisent ce sentiment de façon éloquente. Mais nous nous reprocherions d’avoir ignoré une règle de bienséance élémentaire si nous nous contentions de recevoir nos distinctions et leurs accessoires, de nous frotter royalement les mains et de repartir d’ici sans rien dire en retour.

 

Aussi, mes colauréats m’ont-ils fait l’insigne honneur de me demander de prendre la parole en notre nom à tous pour sacrifier à cet usage.

 

Avant de vous livrer le message qu’ils m’ont confié, je tiens à les remercier pour la considération qu’ils ont eue pour moi en me demandant d’être notre porte-parole.

 

Tous les six, nous avons en commun d’être des créateurs d’œuvres artistiques et littéraires. Et tout créateur, quel qu’il soit, aspire à la récompense de ses efforts.

 

Cette récompense est bien plus que pécuniaire. Elle est aussi et surtout psychologique. Rien ne semble faire le plus plaisir à un inventeur, à un artiste et à un écrivain que le fait de savoir qu’il est devenu célèbre et immortel grâce à ses œuvres.

 

Aucun créateur ne produit pour lui-même. Il le fait pour la société. À juste raison, il est attentif à l’accueil que celle-ci réserve à ses œuvres. Naturellement, c’est pour lui une grande satisfaction et une fierté de savoir que ces œuvres sont connues et bien appréciées.

 

Vous imaginez donc, mesdames et messieurs, que sa fierté est encore plus grande quand, en plus du bon accueil réservé à ses créations, il se voit décerner une distinction qui lui confère du coup une modeste place dans le concert des élites culturels. C’est bien notre cas.

 

Le sentiment qui nous anime ce matin en recevant le Prix d’Excellence est, en plus du sentiment de gratitude déjà évoqué, un sentiment de fierté. Nous sommes fiers de recevoir de la nation un tel témoignage de satisfaction qui consacre en quelque sorte la reconnaissance de nos mérites dans le domaine culturel bien entendu.  

 

Mais j’avoue que nous recevons ce Prix en étant conscients que le vrai mérite revient à Dieu, le Créateur suprême qui est aussi le dispensateur de toute inspiration et de toute création humaine.

 

Les talents dont l’exploitation nous vaut la joie et le bonheur d’être honorés aujourd’hui ne sont avant tout que ses dons. C’est pourquoi nous avons bien voulu lui réserver nos premiers mots de remerciements. Du fond du cœur, nous Lui rendons grâce pour les dons inestimables dont Il nous a gratifiés.

 

Nos remerciements, tout aussi appuyés, vont également à l’endroit de son Excellence Monsieur le Président de la République qui, en réinstaurant le Prix d’Excellence, a pensé aux créateurs d’œuvres artistiques et littéraires, trop souvent oubliés malgré l’importance de leur rôle dans la société.

 

Monsieur le Ministre de la Culture et de la Francophonie, nous vous prions de bien vouloir accepter d’être notre interprète auprès de lui, de lui transmettre notre gratitude et de l’assurer que nous avons bien perçu le message symbolisé par le Prix que nous venons de recevoir de par sa volonté.

 

La Côte d’Ivoire aspire ardemment au statut de pays émergeant. Bien entendu, une telle ambition n’a des chances de se réaliser que si chacun de ses citoyens a le souci de l’excellence et s’efforce de donner le meilleur de lui-même dans son secteur d’activité.

 

À notre sens, c’est à la culture d’une telle disposition d’esprit, du goût de l’effort et de l’amour du travail bien fait qu’obéit l’institution du Prix d’Excellence. Plus qu’une récompense, ce Prix est donc pour nous une incitation à mieux faire, à nous surpasser. Puisse-t-il produire les effets escomptés et, au-delà de nous, être une réelle source d’émulation pour tous ceux et toutes celles qui œuvrent ou ambitionnent de faire carrière dans le domaine artistique et littéraire.

 

Pour notre part, nous nous engageons, chacun dans sa discipline, à faire de notre mieux pour répondre aux attentes de Monsieur le Président de la République et à apporter ainsi notre modeste pierre à la construction de notre pays.  

 

À vous aussi, Monsieur le Ministre de la Culture et de la Francophonie, nous devons des remerciements. Comme le dit un proverbe de chez nous, « c’est grâce à l’arbre que la liane a pu voir le ciel ». C’est grâce à vos diligences, à votre bienveillance et à votre sens élevé de la transparence que nos efforts ont pu être perçus au plus haut niveau et récompensés par la nation. Nous vous en sommes infiniment reconnaissants.

 

Nous ne saurions vous oublier, mesdames et messieurs les membres des différents jurys. Les distinctions qui nous échoient aujourd’hui sont aussi le fruit de vos délibérations et des diligences, pour éviter de dire des sacrifices qui les ont précédés. Nous ferions preuve d’injustice, voire d’ingratitude si nous omettions de vous associer à nos remerciements.

 

Nos pensées sont également tournées vers tous ceux et toutes celles qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à la réalisation des œuvres qui nous valent le bonheur d’être magnifiés ce matin.

Certes, le créateur d’une œuvre artistique ou littéraire est le seul artisan de ses créations. Mais, quel que soit le domaine dans lequel il exerce, il ne peut exprimer au mieux son talent et produire ses œuvres que s’il bénéficie du concours d’autres personnes.

 

Tous les six, nous devons les mérites qui nous sont reconnus aujourd’hui au soutien de nos collaborateurs, managers, éditeurs et producteurs, pour ne citer qu’eux. Nous ne pouvons pas ne pas leur exprimer notre gratitude en cette occasion solennelle.

 

À vous aussi, chers parents, amis, confrères et consœurs, collaborateurs, connaissances et admirateurs qui êtes venus nous soutenir, nous disons merci.

Votre présence nombreuse à nos côtés et l’explosion de joie par laquelle vous avez salué la remise du Prix sont pour nous des marques d’estime et de soutien que nous apprécions hautement. Croyez-moi, nous sommes ravis de partager avec vous les instants de bonheur que nous sommes en train de vivre.

 

Nous avons réservé nos derniers mots de remerciements à nos familles, notamment à nos conjoints et à nos enfants. Les créations artistiques et littéraires ont des exigences qui leur imposent bien des désagréments, pour ne pas dire des servitudes. L’inspiration transporte constamment le créateur dans un univers qui, trop souvent, le tient virtuellement éloigné des membres de sa famille, parfois à des moments où ils ont besoin de lui.

 

À cet égard, il me revient à l’esprit une petite histoire concernant mon épouse, qui a l’habitude de grogner et que j’ai un jour surprise en train de me critiquer.

 

L’une de nos filles venait d’avoir le BEPC et nous avions organisé un petit repas en son honneur. Pendant que toute la famille m’attendait autour de la table à manger, j’étais retenu à mon bureau à domicile par une inspiration particulièrement possessive. J’étais alors en train d’écrire mon livre intitulé « Vérités sacrilèges ».

 

Madame Abo a fini par perdre patience. Ne me voyant pas venir après m’avoir fait appeler à plusieurs reprises, elle s’est laissé emporter par la colère. Au moment où j’arrivais derrière elle, à son insu, je l’ai entendu dire avec fureur : « Votre père va mourir un stylo à la main ! ».

 

Ma réaction ne s’est pas fait attendre. Comme pour la chahuter, j’ai aussitôt clamé : « C’est bien mon souhait ! Et si je meurs, je veux qu’on mette un stylo dans mon cercueil ».

 

Cette histoire, mesdames et messieurs, est bien amusante et prête à rire. Comme vous, nous en avions ri. Il n’empêche qu’elle est assez évocatrice : elle donne un bref aperçu des désagréments que subissent les proches des créateurs d’œuvres artistiques et littéraires pris dans les liens de l’inspiration. Le sachant, nous nous en voudrions de ne pas leur rendre hommage au moment où nous percevons les dividendes des œuvres pour la création desquelles ils ont nous ont tant subis.

 

À vous tous qui méritez notre gratitude mais que nous n’avons pas remercié par oubli ou par excès d’émotion, nous disons merci du fond du cœur.

 

Monsieur le Ministre, mesdames et messieurs, l’année 2017 touche à sa fin. Dans quelques jours, elle fera place à l’année 2018, que nous attendons tous avec ferveur et espoir.

 

Il est presque certain que dans l’intervalle, nous n’aurons pas l’opportunité de nous retrouver tous ensemble, comme aujourd’hui, pour échanger de vive voix les traditionnels vœux de nouvel an. Nous voudrions donc profiter de l’occasion qui nous est donnée de prendre la parole pour faire d’une pierre deux coups.

 

Au nom de mes colauréats et en mon nom propre, je souhaite que, dans la paix et l’espérance, nous ayons tous la grâce d’assister au passage de flambeau entre l’année qui s’achève et celle que nous attendons. Que 2018 soit une bonne et heureuse année pour notre pays, pour chacun de nous, pour nos familles et pour tous ceux qui nous sont chers.

 

C’est par ces vœux anticipés que je clos mon propos en vous remerciant de votre attention et de la qualité de votre écoute.

 

                               Fodjo Kadjo ABO

 

 

 

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