C'est le poisson qui se précipite sur l'appât qui prend l'hameçon
« C’est le poisson qui se précipite sur l’appât qui mort à l’hameçon. » Je me fais le devoir de partager avec vous mes modestes réflexions sur ce proverbe abron qui a su retenir mon attention, en espérant qu’il suscitera un intérêt pour vous.
Le pêcheur, pour prendre des poissons, a recours à plusieurs moyens parmi lesquels figure l’hameçon. Celui-ci est un crochet métallique que l’on met au bout d’un fil relié à un bâton.
Ce métal, tout seul, n’a rien qui puisse attirer les poissons. Et très nombreux sont les pêcheurs qui rentreraient bredouille s’ils ne l’enrobaient pas dans un appât, une nourriture qui peut être un morceau de viande, une araignée, une chenille ou un cafard, pour ne citer que cela.
L’appât est si attrayant qu’il est tentant pour les poissons qui le voient ou sentent son odeur de bondir là-dessus. Mais il est, pour ainsi parler, un cadeau empoisonné ; il constitue un piège susceptible de conduire hors de l’eau ceux d’entre eux qui, par manque de vigilance et de patience, s’y jettent aveuglement.
Certains, à la vue d’un appât, se montrent très réticents. Ils l’approchent, avec prudence, l’observent attentivement et rôdent autour de lui pendant un laps de temps pour s’assurer qu’ils peuvent le prendre sans danger. Les précautions qu’ils prennent ainsi leur permettent de détecter le fil au bout duquel la nourriture est accrochée et, parfois même, d’apercevoir la silhouette du pêcheur à travers l’eau, transparente de nature. Flairant alors le danger, il leur est loisible de s’éloigner de l’appât et de déjouer le piège qui leur est tendu.
D’autres poissons ont une réaction opposée. Se fiant à l’apparence, ils se précipitent sur la nourriture et l’avalent sans la moindre hésitation. Ils ne se rendent compte qu’ils ont été piégés qu’une fois hors de l’eau, mais il est trop tard. C’est l’observation de l’attitude de ces poissons imprudents, qui se jettent en pâture à la mort en sautant sur des appâts à la hâte, qui a inspiré le ou les auteurs du proverbe sur lequel j’ai choisi de méditer : « C’est le poisson qui se précipite sur l’appât qui prend l’hameçon ».
Ce proverbe est plein d’enseignements qui, mis en pratique, pourraient éviter bien des écueils à quantité de personnes. Hélas ! Innombrables sont les opportunistes qui, comme le poisson prompt à sauter sur l’appât, se font avoir par des roublards, parfois de façon rocambolesque. Par manque de patience, de vigilance et de discernement, trop de gens se laissent tromper par les apparences et finissent par se mordre les doigts quand ils ont la chance de ne pas se retrouver au tombeau.
Tous les jours que Dieu fait, des femmes matérialistes à l’excès se font avoir par des imposteurs. Succombant à des discours flatteurs ou à des promesses mirobolantes, elles se jettent dans les bras de beaux parleurs pour réaliser par la suite qu’elles ont affaire à des farfelus ; mais il est trop tard. Pourtant, avec moins de précipitation et un peu plus de patience, elles parviendraient à cerner la vraie personnalité de leurs soupirants et à se mettre ainsi à l’abri de déceptions amoureuses.
Tous les jours que Dieu fait, des bavards tombent dans les filets d’espions venus leur tirer la langue par des intrigues séduisantes à première vue. Ils ne se rendent compte de leur imprudence qu’après coup. Hélas ! Il est trop tard ! Pourtant, ils pourraient éviter ce genre de situation fâcheuse s’ils faisaient preuve de moins de précipitation et de plus de vigilance.
Tous les jours que Dieu fait, des partisans de l’appât du gain se font gruger par des arnaqueurs qui se présentent à eux sous un visage d’ange. Comme un poisson qui bondit instinctivement sur un appât, ils sautent sur des occasions d’enrichissement rapide savamment orchestrées par des gens aussi assoiffés d’argent qu’eux. Ils ne s’aperçoivent de la duperie qu’après s’être fait dépouiller ou appauvrir lamentablement. Ils se mettent alors à s’arracher les cheveux et à maudire tous les escrocs de la planète. Hélas ! Il est trop tard ! Pourtant, ils verraient venir les choses s’ils se donnaient la peine de prendre du recul et de s’entourer de précautions.
On pourrait multiplier à loisir les exemples qui montrent que le manque de vigilance et la précipitation sont toujours lourds de conséquences. Bien des gens, se laissant éblouir par des apparences trompeuses, s’empressent de sauter sur des opportunités qui s’avèrent être des pièges habilement tendus sur leurs chemins. C’est contre les surprises amères créées par de telles mésaventures que ce proverbe abron nous met en garde : « C’est le poisson qui se précipite sur l’appât qui mord à l’hameçon ».
Il nous dispense des leçons de patience et de prudence, deux vertus que nous avons le plus grand intérêt à nous approprier. Face à la tentation de parler, d’agir ou de réagir dans n’importe quelle circonstance, évitons la précipitation. Donnons-nous toujours un temps de réflexion suffisant pour voir venir les choses et nous assurer que ce que nous allons dire ou faire ne nous donnera pas du remords.
Sachons que tout ce qui est tentant est une source potentielle de danger. Il est par exemple très tentant de répondre favorablement aux provocations d’une charmante dame qui s’attèle à vous séduire avec passion et insistance ; mais si vous commettez l’imprudence de réagir à ses avances à la manière des coureurs de jupons, vous risquez d’avoir des regrets au cas où elle aurait été commise pour vous espionner ou vous entraîner dans un scandale. Bien des personnalités qui ont eu la faiblesse de sauter sur des femmes piégées ont eu à compromettre leurs carrières politiques ou professionnelles.
Il est également tentant, si vous êtes une haute personnalité politique, de répondre sans retenue ou avec énervement à des questions impertinentes qu’un journaliste vous pose à l’occasion d’un évènement. Mais, si perdant votre sang froid, vous tenez des propos indignes de votre rang social, vous risquez de tomber dans un piège s’il a été commis pour vous amener à commettre des dérives susceptibles d’être exploités contre vous sur le plan politique. Bien des politiciens ont connu des revers cuisants en adoptant une telle attitude.
Il est tout aussi tentant de se porter acquéreur d’une voiture de luxe que l’on vous propose à un prix incroyablement dérisoire. Si, vous disant que vous n’êtes pas assez stupide pour laisser passer une si belle occasion, vous vous empressez d’acheter ce véhicule, vous risquez d’avoir des regrets. Vous devez vous attendre à vous défendre d’une accusation de recel devant la Justice. Dans une telle situation, vous risquez non seulement de faire la douloureuse expérience de la prison, mais en plus de perdre à la fois le véhicule et votre argent. Vous vous reprocherez alors d’avoir été léger, mais c’est trop tard.
Dans une infinité de circonstances, la tentation de parler, d’agir ou de réagir dans la précipitation, par impulsion ou par intérêt, ne cesse d’attirer des ennuis et des soucis à ceux qui y succombent. Faisons en sorte de ne pas nous retrouver un jour dans la même situation qu’eux. Pour y parvenir, il nous suffit de mettre en pratique les enseignements qui se dégagent de ce proverbe : « C’est le poisson qui se précipite sur l’appât qui mord à l’hameçon ».
Fodjo Kadjo ABO
Magistrat-écrivain
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