Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
 Fodjo Kadjo ABO

Trois questions à Fodjo Kadjo ABO

26 Septembre 2013, 16:44pm

Publié par Fodjo Kadjo ABO

DSC_0007-copie-1.jpgMagistrat de son état, Fodjo Kadjo ABO est Avocat général près la Cour suprême. Mais il exerce actuellement les fonctions de Directeur de Cabinet du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, des Droits de l’Homme et des Libertés Publiques. A ses temps perdus, il se consacre à la littérature, devenue pour lui une véritable passion. Il a publié huit (08) livres dont l’un lui a rapporté le Prix Haut de Gamme de la littérature en 2008, Prix décerné par le Bureau Ivoirien du Droit d’Auteur (BURIDA). Il est Officier de l’Ordre national et Chevalier de l’Ordre du mérite culturel.

Il a bien voulu répondre à trois questions qui lui ont été posées dans le cadre d’une interview réalisée par Auguste Gnaléhi pour le compte de « Zaouli », le magazine ivoirien des arts et lettres, qui l’a publié dans son numéro 11 de septembre 2013.

Comment avez-vous rencontré la littérature ?

Je suis tenté de dire que la littérature apparaît pour moi comme une vocation. Depuis le collège, je rêvais d’être écrivain. Cette ambition était si forte qu’elle avait pris le pas sur mon désir d’être magistrat, un autre rêve d’enfance.

De ce fait, quand j’ai été orienté à la Faculté de Droit de l’Université d’Abidjan après l’obtention du Baccalauréat, en 1978, j’avais effectué des démarches pour m’inscrire au Département des Lettres, où je comptais faire la philosophie, démarches qui n’avaient pas abouti.

Mes études de Droit se sont bien passées et m’ont conduit à la Magistrature, un métier que j’ai toujours exercé avec amour. Mais, comme le dit une maxime populaire, « chassez le naturel, il revient au galop ». A plusieurs reprises, mes ambitions littéraires avaient refait surface ; mais il ne m’avait pas été possible de les réaliser par manque de temps.

A la faveur d’un flottement survenu dans ma carrière professionnelle, j’ai pu écrire mon premier livre, paru aux Editions L’Harmattan en 2001. L’appétit venant en mangeant, j’ai pris goût à l’écriture au point que je ne peux plus me séparer de ma plume. Bientôt, mon neuvième ouvrage sera soumis à des éditeurs ; et j’ai d’autres projets éditoriaux.

Pourquoi avez-vous choisi l’essai comme moyen d’expression ?

Pour répondre au deuxième volet de votre question, je dirai que je n’ai pas de raison particulière de choisir l’essai comme moyen d’expression. Je me sens tout simplement plus doué pour ce genre littéraire.

Dans le domaine du sport, il y a des personnes douées pour le football ; d’autres sportifs n’expriment mieux leur génie que dans le tennis, le basketball, la natation ou la boxe. En matière de musique, il y a des artistes qui excellent dans le jazz ; d’autres ne peuvent mieux faire valoir leurs talents que dans le reggae, la salsa ou le zouglou.

Il n’en va pas autrement en littérature. Dans ce domaine, il y a des écrivains doués pour la poésie ou le théâtre ; d’autres n’expriment mieux leurs talents que dans le roman, le récit ou les nouvelles. Moi, je me sens plus doué pour l’essai.      

Sacré Chevalier de l’Ordre du mérite culturel et Officier de l’Ordre national. A quoi renvoie dans votre esprit la notion de culture ?

Chaque peuple a sa manière d’être, de vivre, de penser et d’agir. C’est cela sa culture, qui fait sa particularité, mais aussi conditionne son développement et son épanouissement. Un peuple qui adopte ou à qui on impose une culture autre que la sienne perd ses repères et devient comme un poisson hors de l’eau : il aura du mal à évoluer de manière convenable s’il a la chance de ne pas tomber dans la déchéance.

Une culture est appelée à évoluer au contact d’autres civilisations et avec les exigences de la vie moderne. Les cultures africaines ne sauraient faire exception à la règle ; elles peuvent très bien s’enrichir en puisant dans la civilisation occidentale ce qu’il y a de positif et constructif. Mais c’est une erreur de vouloir substituer celle-ci aux cultures africaines. Hélas ! Nous sommes nombreux à commettre cette erreur !

Quantité d’Africains pensent que leurs pays ne peuvent se développer que s’ils font table rase de leur passé culturel et adoptent la culture occidentale, comme si tout ce qui porte le sceaux de l’Occident était nécessairement bon.

Sans complexe, les Japonais ont conservé leur culture ; cela ne les a pas empêché de faire de leur pays la seconde puissance économique du monde pendant plusieurs décennies. Les Chinois aussi sont restés solidement attachés à leur culture ; cela ne les empêche pas de réaliser des progrès que tout le monde s’accorde à saluer aujourd’hui. Pourquoi les Africains, eux, pensent-ils qu’ils sont obligés de délaisser ou de combattre leurs propres cultures pour pouvoir développer leurs pays ?

Commenter cet article