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 Fodjo Kadjo ABO

L'armée serait-elle devenue un autre pouvoir ?

1 Avril 2010, 08:20am

Publié par Fodjo Kadjo ABO

   _0006-copie-2.jpg   Tout pays démocratique se caractérise par l’existence de trois pouvoirs : le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire.

      Par la force des choses, la presse s’est octroyé des prérogatives qui lui valent d’être appelée « le quatrième pouvoir ». En considérant ce qui se passe dans l’univers politique, notamment dans les pays en développement, on est tenté de se demander si l’armée n’est pas en train de lui disputer ce pouvoir.

      Celle-ci s’est créé des missions qui font d’elle un acteur politique incontournable dans quantité d’Etats. Pour peu qu’un régime ayant son soutien soit mis en difficulté par l’opposition, elle monte au créneau avec empressement et, au besoin, se met en action soi-disant pour préserver ou rétablir l’ordre public.

      Un excès de zèle conduit parfois certains de ses membres à brandir des menaces d’arrestations ou de poursuites pénales à des opposants au mépris des règles de procédure. Elle se reconnait ainsi le pouvoir d’appliquer la loi en lieu et place de la justice.

      Quand un régime se permet des dérives dictatoriales, des opposants, et même des membres de la société civile, ne cachent pas leur souhait de voir les militaires s’emparer du pouvoir. Ce faisant, ils oublient les belles leçons de démocratie qu’ils ne cessent de dispenser.

      Lorsque, dans un pays, le débat politique s’envenime et fait craindre une implosion, l’armée n’hésite guère à s’y inviter. Et bien souvent, elle y intervient en prenant le pouvoir sans autre forme de procès, mettant ainsi gouvernants et opposants dos à dos.

      Après des condamnations et des menaces de pur principe, la communauté internationale la somme d’organiser vite des élections et de remettre le pouvoir aux civils.

      Bravant ces parodies de pressions, elle multiplie des gestes de bonne volonté pour convaincre l’opinion publique de la nécessité d’accepter qu’elle conserve le pouvoir dans le but de mettre de l’ordre dans la vie publique, de sauver la démocratie, de jeter les bases de la bonne gouvernance et de construire l’Etat de droit.

      Sous le regard complaisant de la communauté internationale, elle organise une parodie d’élection pour blanchir son régime. Passant, pour ainsi dire, de la chute au sommeil, elle se cramponne au pouvoir jusqu’à ce qu’un autre coup d’Etat ou une rébellion armée survienne, à la grande satisfaction des acteurs politiques, de la société civile et de la plupart de ceux qui, aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger, se disent attachés aux valeurs démocratiques.

      Dans la plupart des pays sous-développés, tout se passe de nos jours comme si l’armée avait pour mission officielle de mettre la classe politique au pas, de la censurer et, le cas échéant, de prendre le pouvoir pour éviter le chaos.

       Elle a contracté des habitudes qui sont pratiquement entrées dans les mœurs, de sorte que dans l’état actuel des choses on peut se demander s’il faut donner une base constitutionnelle au rôle qu’elle s’est ainsi donné ou s’il faut laisser les militaires continuer à agir dans l’informel, au gré de leurs humeurs et de leurs intérêts.

      Cette question mérite d’être posée et débattue. Elle est d’autant plus intéressante que tout le monde semble se complaire dans l’ingérence des militaires dans la vie politique.

      Des gouvernants, soutenus avec passion par leurs partisans, sont prompts à recourir à eux pour tenir des opposants en respect et se maintenir au pouvoir à satiété.

      Des opposants, soutenus eux aussi par leurs partisans, voient dans l’armée l’ultime recours contre des gouvernants qui font tout pour s’accrocher au pouvoir. Leur position est parfois celle de populations civiles qui en ont assez de dictateurs ou de dirigeants incapables.

      Tout en passant leur temps à faire l’apologie de la démocratie, de grandes puissances sont favorables à la prise du pouvoir par les armes quand il y va de leurs intérêts. Elles aussi voient dans l’armée le recours idéal pour décapiter les régimes qui ne font pas leur affaire et installer ceux qui sont disposés à servir leurs intérêts.

      Toutes ces considérations, qu’on pourrait développer à loisir, nous autorisent à dire que l’armée est devenue un pouvoir de fait. Si elle n’a pas ravi à la presse sa place de « quatrième pouvoir », elle peut au moins se targuer d’être devenue le « cinquième pouvoir ».

     

               

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