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 Fodjo Kadjo ABO

Fodjo ABO à la journée du livre et du droit d'auteur

12 Mai 2010, 19:10pm

Publié par Fodjo Kadjo ABO

      Le vendredi 07 mai 2010 s’est tenue à la Bibliothèque Nationale, à Abidjan, « la journée du livre et du droit d’auteur », organisée par la Jeune Chambre Internationale Universitaire d’Abidjan.

      Deux ouvrages choisis par les organisateurs de la cérémonie ont été présentés aux participants. Le premier, « Mémoire d’une tombe », a été présenté par Tiburce Koffi, son auteur.

       Le second, « Quand l’ambition fait perdre la raison », a été présenté par Fodjo Kadjo ABO, qui en est l’auteur. Voici la teneur de son intervention.

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 Mesdames et messieurs

       

Mes premières paroles, en prenant le micro, sont des mots de remerciements. Je remercie le président exécutif, le bureau et les membres de la Jeune Chambre Internationale Universitaire d’Abidjan de l’honneur qu’ils m’ont fait en choisissant l’un de mes ouvrages pour meubler la présente cérémonie, consacrée à la « journée du livre et du droit d’auteur ».

     

 Je souhaite que ce livre réponde pleinement à leurs attentes et leur donne des raisons de se féliciter de son choix.

       

Un demi-siècle après leur accession à la souveraineté, la plupart des pays africains sont confrontés à des problèmes qui font obstacle à leur développement. Dans l'état actuel des relations  internationales, il incombe aux Africains eux-mêmes de rechercher les voies et moyens à mettre en œuvre pour venir à bout de ces difficultés et nouer avec la croissance.

     

 De bonnes volontés se sont fait le devoir de provoquer, à travers leurs écrits, une prise de conscience des peuples africains sur cette impérieuse nécessité.  Soucieux, moi aussi, du salut de ces peuples, je n’ai pu résister à la tentation de joindre ma modeste plume aux leurs et d’apporter ainsi ma petite pierre à la construction de l’édifice africain.

     

Des réflexions qui ont précédé mes publications il est résulté que les racines de la plupart des maux qui minent ce continent sont à rechercher avant tout dans nos propres comportements, nous les Africains. Si nos pays peinent à se retrouver et à se développer, c’est, à mon avis, pour trois raisons essentielles : le déficit d’amour patriotique, la déculturation et l’ambition démesurée.

     

 Nous nous adonnons trop souvent à des actes que nous ne nous permettrions pas si nous aimions nos pays d’un amour sincère. Il m’est donc apparu essentiel qu’une prise de conscience soit provoquée sur cet état de fait. C’est à ce souci qu’a obéi mon premier livre, « Pour un véritable réflexe patriotique en Afrique », paru en décembre 2001 aux Editions L’Harmattan.

     

La déculturation, cet autre mal qui affecte l’Afrique, m’a paru assez préoccupante pour que je la prenne en compte. C’est pourquoi je lui ai consacré mon second livre, « Lettres confessionnelles », paru lui aussi aux Editions L’harmattan en 2005.

    

  Ce livre a été suivi de celui qui me vaut l’honneur d’être devant vous cet après-midi : « Quand l’ambition fait perdre la raison », paru en 2007 chez le même éditeur.

      En nous intéressant de très près aux maux qui minent l’Afrique nous nous apercevrons qu’ils ont, pour la plupart, leur source dans l’ambition.

   

   Cela ne signifie nullement que celle-ci est une mauvaise chose ; elle ne l’est que si elle est coupable. Il importe donc de circonscrire le sujet avant de vous livrer le contenu de l’œuvre.

 

L’ambition coupable     

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En vérité, je serais de très mauvaise foi si je vous disais que l’ambition est condamnable. Je suis devenu magistrat parce que j’ai eu l’ambition de l’être. De même, je suis devenu écrivain parce que j’ai eu l’ambition de l’être. Je serais donc le dernier à voir l’ambition d’un mauvais œil.

     

Je pense même qu’elle doit être recommandée à ceux qu’elle laisse indifférents. Mais en toute chose l’excès est condamnable. C’est une qualité d’être économe ; mais lorsqu’on l’est à l’excès on devient avare, ce qui est un défaut. De même, le courage est une qualité ; mais, poussé au-delà des limites raisonnables il devient la témérité, un défaut qui se paye cher.

     

 Je pourrais donner bien d’autres exemples pour montrer que, pratiquée avec exagération, la meilleure des vertus devient un vice et peut avoir des suites regrettables. Il en va ainsi de l’ambition. Elle est une vertu. Mais, poussée au-delà des limites convenables elle devient un vice et peut avoir des suites déplorables, voire désastreuses.

    

 Ce que je dénonce dans mon livre, ce n’est pas l’ambition en tant que désir de réussite mais son exagération. A partir de quand et de quoi peut-on dire qu’une ambition est démesurée ? D’aucuns seront sans doute tentés de se poser cette question.

     

 A mon sens, une ambition est démesurée lorsque les moyens mis en œuvre pour la satisfaire sont contraires à la morale. Le voleur et le commerçant ont tous deux la même ambition : celle de gagner de l’argent. Si nous nous accordons tous à condamner le premier, c’est parce que le vol est un acte immoral.

     

Une ambition est également démesurée quand, pour sa réalisation, on prend des risques déraisonnables. Songez par exemple à ces trafiquants qui, pour éviter de se faire épingler, avalent des boulettes de drogues dures. Ils le font en sachant bien qu’ils peuvent en mourir en cas d’éclatement de ces boulettes ; mais ils font parce qu’ils veulent gagner de l’argent.

     

 Ceux que l’ambition pousse à commettre des actes malhonnêtes ou déraisonnables sont aujourd’hui légion. Rares sont les domaines de la vie où ils ne grouillent pas. Et bien souvent leurs agissements sont funestes à la société.

       

 Bien entendu, il serait fastidieux, pour ne pas dire impossible d’évoquer tous les cas où l’ambition fait du tort à la société. Pour que le lecteur perçoive l’ampleur du phénomène nous avons organisé nos réflexions autour de trois thématiques : le désir passionné d’être célèbre ou puissant, la cupidité et le désir excessif d’aller au paradis.

   

Le désir excessif d’être célèbre ou puissant  

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Le désir d’être célèbre et puissant existe en chacun de nous. C’est là une aspiration tout à fait légitime. Mais si certains cherchent à la satisfaire par l’exploitation judicieuse de leurs atouts, force est de constater que d’autres sont prêts à toutes sortes de bestialités pour arriver à leurs fins.

       

L’univers politique en donne des exemples tous les jours. Pour briguer la magistrature suprême d’un pays, d’un poste de député, un poste de sénateur ou un poste de maire il faut avoir les ressources financières nécessaires. Mais cela ne suffit pas ; il est indispensable d’avoir certaines qualités.

     

 Nombre de personnes, parce qu’elles ont un peu d’argent, se lancent dans la conquête de ces postes sans avoir les ressources intellectuelles requises. Le résultat est que bien souvent elles sortent de ces aventures complètement ruinées ou endettées jusqu’au cou.

     

 Elles auraient pu mener une vie tranquille ou assurer l’avenir de leurs progénitures avec l’argent qu’elles ont eu, parfois au prix de mille et un sacrifices. Mais, poussées par le désir d’être ou de paraître importants, elles se sont permis des folies qui les ont fait passer du rêve à la désillusion. Et l’expérience a montré que bien souvent ces aventuriers sont à l’origine de tensions politiques.

     

Pour conquérir ou conserver le pouvoir, quantité d’opposants et de gouvernants ne reculent devant aucune atrocité. Tout, dans leur comportement, porte à croire que pour parvenir à leurs fins ils sont prêts à régner sur des cimetières.  Les manifestations sauvages, les répressions sanglantes qu’elles appellent, les massacres, les coups d’Etat et les rébellions armées sont quelques-uns des moyens qu’ils sont prompts à employer pour atteindre leur but.

        

Si nous nous intéressons de près aux maux qui rongent l’Afrique à l’heure actuelle nous nous apercevrons que l’ambition démesurée que des gens ont d’être importants y est pour beaucoup. Mais, comme déjà indiqué, la cupidité aussi contribue à leur survenance.

 

 Le désir excessif de gagner de l’argent

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Quoi que nous puissions dire de l’argent nous nous accordons tous à reconnaitre son utilité. Les exigences de la vie moderne l’ont rendu indispensable. Bien entendu, dans un tel contexte, l’ambition que nous avons tous d’en avoir est légitime.

     

Mais l’expérience de la vie quotidienne a montré que si certains cherchent à l’acquérir à la sueur de leurs fronts, d’autres, n’hésitent pas à commettre les pires actes de malhonnêteté ni à prendre des risques déraisonnables pour en avoir.

     

Pour vous faire une idée de ce que la recherche passionnée de l’argent peut faire faire à des êtres humains il vous suffit de penser aux voleurs, aux tueurs à gages et à certaines victimes d’escroquerie, pour ne m’en tenir qu’à eux.

       

 C’est pratiquement tous les jours, pour ne pas dire tous les instants, que des individus agressent de braves gens pour les dépouiller de leurs biens. Ces attaques se passent dans des conditions qui entrainent des souffrances atroces à ces victimes lorsqu’elles ont la chance de ne pas être abattues froidement.

     

Il faut avoir vraiment perdu la raison pour infliger la mort ou des actes de cruauté à ses semblables pour de l’argent qui sera vite dilapidé dans des débits de boissons ou les plaisirs charnels. Bien souvent des victimes de vol frôlent ou trouvent la mort pour des sommes qui ne suffisent même pas à acheter un poulet.

        

 Les tueurs à gages sont des individus qui ont choisi pour vocation de donner la mort à leurs semblables moyennant des contreparties financières. A la manière des chasseurs, ils épient des êtres humains comme eux, les traquent et les abattent comme des gibiers. Ils n’ont rien contre ces pauvres victimes ; le seul but de leurs actes est d’avoir un peu d’argent.

     

 Ceux qui sollicitent ces crapules le font pour diverses raisons parmi desquelles l’argent figure en bonne place. Des gens ont la naïveté de croire qu’ils peuvent devenir riches en faisant des sacrifices d’êtres ou organes humains.

     

 Pour gagner leur vie, il faut que d’autres perdent les leurs. Et tenez-vous bien ! Il y en a qui poussent la bêtise jusqu’à sacrifier leurs propres enfants si c’est le prix à payer pour se remplir les poches !

       

Dans une infinité de cas, des victimes d’escroquerie doivent leur sort à la cupidité. Elles cherchent à s’enrichir par des moyens qui feraient sourire des gamins. L’argent se fabrique par des procédés techniques et se gagne par le travail. Il faut être d’une naïveté primaire pour croire qu’il peut tomber du ciel ou jaillir du sol grâce aux incantations d’un marabout ou d’un féticheur.

     

Cette crédulité-là, nombreux sont ceux que la cupidité pousse à l’avoir. C’est très souvent que la presse se fait l’écho des aventures d’individus qui se sont fait dépouiller jusqu’aux os pour avoir eu la naïveté de croire qu’ils pouvaient devenir riches par des voies mystiques.

    

Ce qui surprend le plus dans l’attitude de ces assoiffés d’argent, c’est que beaucoup d’entre eux sont des personnalités qui ont fait de hautes études et qui savent comment l’argent se fabrique. De plus, leurs escrocs sont, pour la plupart, des analphabètes qui vivent dans des quartiers précaires. Il faut avoir perdu le bon sens pour aller chercher le secret de la fortune chez des gens qui tirent le diable par la queue. Héla ! Obnubilés par l’argent, des pères et mères de famille en viennent à le faire.

       

On perdrait beaucoup de temps à parler de ce que la cupidité peut pousser des êtres humains à faire. Passons au cas de ceux qui se permettent des folies non moins risibles pour avoir le visa d’entrée au paradis.

 

Le désir excessif d’aller au paradis

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Le paradis, ce havre de bonheur inqualifiable et sans fin, est propre aux religions révélées se disant révélées. Ces confessions, notamment l’islam et le christianisme, prétendent que leurs fidèles qui se comportent mal sur terre iront en enfer où un supplice terrible et éternel les attend.

     

En revanche, ceux qui vivent et agissent au mépris de la parole de Dieu telle qu’elles l’enseignent seront accueillis au Paradis où ils seront éternellement heureux. Le désir de savourer les délices de ce monde ultra-merveilleux est la principale raison qui amène des gens à se ruer vers les églises et les mosquées.

     

Si certains fidèles pratiquent ces religions de façon judicieuse, force est de constater que d’autres se permettent des folies qui font sourire des païens et des athées. C’est le moins qu’on puisse dire en voyant des pères et mères de famille prendre part à des suicides collectifs. Pour avoir la faveur d’être admis au paradis sur titre, des illuminés acceptent, sur ordre de leurs guides spirituels, de mourir en communion.

     

 C’est cette même raison qui pousse des illuminés d’une autre espèce à commettre des attentats suicides. Ils le font en sachent très bien qu’ils vont y laisser leurs vies ; mais le désir irrésistible d’aller au paradis ne les fait pas reculer.

      

 Pendant des siècles l’humanité a eu à déplorer des croisades et des guerres saintes soit disant dédiées à Dieu. Des chrétiens et des musulmans ont répandu à flot le sang de leurs semblables pour ne pas rater l’occasion d’être admis au paradis.

     

De nos jours encore, des affrontements saints continuent d’être déplorés dans de nombreux pays. Le Nigéria nous en donne des exemples tous les mois, pour ne pas dire toutes les quinzaines.

       

 Nous assistons aujourd’hui à une floraison de sectes dont la plupart des adeptes n’ont qu’un rêve : aller au paradis. Pour satisfaire ce désir ils sont prêts, non seulement à commettre les pires horreurs mais aussi à accepter toutes sortes de privations et de supplices.

      

 Des camps de prière sont devenus des camps de traite d’êtres humains ; des fidèles convaincus de servir Dieu accomplissent des travaux forcés qui rappellent le triste souvenir de l’esclavage et de la colonisation. Nombreux sont les illuminés qui, pour ne pas perdre leur chance d’accéder au paradis, se font berner, se laissent manipuler comme des gamins, se laissent abuser sexuellement, acceptent d’être cocus au vu et au su de tous, cassent leurs foyers ou coupent les ponts avec leurs parents.

      

Ces folies prêtent d’autant plus à sourire que des gens troquent le bonheur terrestre contre un bonheur chimérique. Le paradis et le lieu que nous connaissons le moins : ceux qui y vont n’en reviennent pas pour nous en donner des nouvelles.

     

 Pour ne pas ennuyer l’assistance, nous allons nous en tenir à ces quelques exemples qui, à mon sens, sont assez révélateurs des folies que des humains peuvent commettre pour avoir le droit d’être heureux après la mort.

       

 Tel est, mesdames et messieurs, le résumé de « Quand l’ambition fait perdre la raison ». Ce livre est en quelque sorte une introduction à d’autres œuvres qui traitent des trois thématiques autour desquels il est écrit.

     

 « La pratique de la terreur au nom de la démocratie », publiée en 2009 aux Editions L’Harmattan, nous parle de ce que le désir d’être puissant peut faire aux hommes. « Que ne ferait-on pas pour du pognon », qui paraitra très bientôt aux Editions Persée, à Paris, dénonce les atrocités et les bassesses que la cupidité peut faire commettre aux hommes. « Vérités sacrilèges », qui attend d’être proposé à des éditeurs, parle de ce que la pratique aveugle des religions révélées a fait perdre aux Africains.

    

  En espérant avoir répondu à vos attentes je vous remercie de m’avoir prêté attention.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commenter cet article
J
<br /> J'ai lu votre intervention rapidement mais je compte revenir la lire de manière plus attentive. J'aime chacun de vos thèmes et pense acquérir vos ouvrages. Serait-il indiscret de vous demander<br /> votre Boîte Postale afin de vous expédier un exemplaire de mon roman Le canari brisé? Merci de me répondre. Codialement. JQLouison.<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> <br /> Ma chère Jacqueline, j'ai vu vos aimables commentaires très tard, mais il n'est jamais trop tard pour dire merci. Merci de tout coeur.<br /> <br /> <br /> <br />