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 Fodjo Kadjo ABO

Ah, le fanatisme !

21 Février 2014, 11:22am

Publié par Fodjo Kadjo ABO

DSC 0002L’humanité regorge de personnes ayant pour des idéologies ou des guides un enthousiasme si excessif qu’elles n’acceptent pas d’entendre dire à leur sujet autre chose que ce qu’elles pensent.

 Non seulement elles ne supportent pas qu’on cherche à leur faire comprendre qu’elles sont dans l’erreur, mais en plus elles cherchent à imposer aux autres leur manière de voir, de faire et de vivre par rapport à leurs dogmes et idoles.

 Que ce soit en pensée, en parole ou en action, ces personnes ne tolèrent pas du tout qu’on soit différent d’elles. Et leur intolérance se manifeste bien souvent par des accès de colère qui les poussent à commettre des actes de violence allant d’agressions verbales à des massacres de populations.

 Le comportement de ces personnes n’est rien d’autre que le fanatisme, l’un des vices les plus funestes à l’humanité. Celle-ci, depuis la nuit des temps, est sans cesse endeuillée par des guerres saintes et des attentats sauvages.

 Le Moyen-Orient, le Maghreb, le Mali, la Somalie, le Nigéria et la République Centrafricaine nous offrent des exemples aussi actuels qu’éloquents. Sans état d’âme, des intégristes imperturbables y sèment régulièrement la terreur, la mort, la tristesse et la désolation ! Et Dieu seul sait jusqu’à quand ces fanatiques continueront à faire pleurer des familles et des peuples.

 Une erreur fait penser à beaucoup d’entre nous que le fanatisme est l’apanage d’illuminés issus des religions se disant révélées. Ce faisant, nous ignorons que nous-mêmes nous sommes nombreux à trainer ce vice et à le pratiquer en toute insouciance.

 Si nous partons de l’idée que le fanatique est toute personne qui, pour assurer le triomphe d’une idéologie ou d’une idole pense qu’elle peut tout se permettre, nous devons nous demander si l’univers politique aussi n’est pas gangréné par le fanatisme. Des idéologies et hommes politiques ont de tout temps mobilisé des inconditionnels prêts à tout pour assurer leur triomphe.

 Les livres d’histoire ont conservé pour nous le souvenir de régimes politiques qui ont incarné le fanatisme dans sa forme la plus achevée. Tous ces régimes avaient un dénominateur commun : la promotion du fanatisme et le recours à la terreur pour imposer leurs idéologies.

 A cet égard, le fascisme, un mouvement politique italien fondé en 1919 par Benito Mussolini, est un exemple très illustratif ; ses militants, de bouillants nationalistes, étaient connus pour leur excès de zèle et leur fougue. Le nazisme, l’idéologie politique du Parti national-socialiste des travailleurs allemands, parti fondé en 1920 par Adolf Hitler, est une autre illustration du fanatisme politique ; ses adeptes sont responsables de la mort de plusieurs millions de personnes.

 Je pourrais multiplier les exemples pour montrer que le fanatisme est loin d’être particulier aux religions se disant révélées. La politique a sa part de fanatiques qui ont pendant longtemps endeuillé et continuent d’attrister l’humanité. Bien des convulsions publiques crises politiques et guerres civiles tragiques partent du fanatisme politique !

 Le fanatisme politique continue de faire des ravages en dépit du recul de la superstition et de l’ignorance qui en sont les principaux facteurs. Au moment même où j’écris cet article, la République centrafricaine, la Syrie et l’Ukraine sont à feu et à sang. Ces pays ont en commun d’être en proie à des violences effroyables commises au nom d’idéologies politiques.

 On peut comprendre que des gens ignorants ou superstitieux puissent succomber au fanatisme : en raison de leur niveau intellectuel, qui est très bas, ils sont naïfs et accessibles à toutes sortes de manipulations. Mais, à vrai dire, j’avoue avoir du mal à concevoir que des personnes qui ont appris à lire, à écrire et à raisonner en viennent à se passionner pour des idéologies ou guides politiques au point de commettre des actes qui font reculer des gamins.

 Des personnalités de haut niveau, des titulaires de hauts diplômes et autres personnes se prenant pour des intellectuels émérites vouent à des guides ou idéologies politiques un enthousiasme excessif qui leur fait perdre le bon sens et la raison.

 Pour ces fanatiques, tout ce que leurs mentors disent, même leurs délires, sont des paroles d’évangile que ceux qui osent critiquer sont pris pour des ennemis de la République et traités comme tels sans ménagement. De même, tout ce que leurs idoles font est bon et mérite d’être accepté et soutenu par tous sans réserve.

 Il m’arrive souvent de me demander comment des guides politiques se prennent pour qu’en ce vingt-et-unième siècle, ils parviennent à manipuler leurs partisans au point d’en faire des robots. Des gens pris pour de grands intellectuels voient bien que le soleil est au zénith et qu’il fait jour ; mais parce que leur mentor a affirmé qu’il fait nuit, non seulement ils admettront cette contre-vérité, mais en plus ils s’efforceront de la faire partager par tout le monde. Des érudits voient bien que leur pays sombre dans la misère ; mais parce que leur mentor a affirmé que tout va bien et que le peuple est heureux, ils trouveront des arguments pour tenter de convaincre leurs compatriotes d’admettre qu’ils sont aux anges.

 Ces exemples relèvent de la caricature, dira-t-on peut-être. Il n’empêche qu’ils traduisent une réalité que nous vivons quotidiennement. Après la mort du Général Robert Guéi, tué aux premières heures de la crise ivoirienne, en 2002, très nombreux sont ses partisans qui avaient cru en sa résurrection, annoncée par une folle rumeur ; pendant que son corps gisait dans une maison de pompes funèbres, certains de ses fans croyaient naïvement qu’il se préparait à reprendre le pouvoir.

 Après l’arrestation du Président Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, nombreux sont ses partisans qui rêvaient de son retour imminent au pouvoir. Alors que rien, au vu des circonstances, ne permettait raisonnablement d’envisager un tel revirement de situation, ses fans croyaient mordicus qu’il reviendrait aux affaires. Ils s’étaient préparés à lui réserver un accueil triomphal au 7ème jour de la chute de son régime ; cette échéance fut repoussée au 33ème jour, puis au 52ème jour avant d’être finalement fixée au 19 septembre 2011, date anniversaire du coup d’Etat manqué qui a dégénéré en rébellion.

 Je pourrais multiplier les exemples pour montrer jusqu’à quel degré le fanatisme politique peut priver ses adeptes de leur libre arbitre. Cette attitude ne mériterait pas d’être évoquée, encore moins dénoncée, si elle n’avait pas une incidence regrettable sur la vie publique. Il se trouve qu’elle est trop souvent à l’origine de manipulations, d’intoxications, de provocations et autres actions funestes à la nation.

 Le 08 février 2014, le président Alassane Ouattara a subi en France une opération chirurgicale dont l’annonce, par la télévision ivoirienne, donne lieu à des réactions des plus décevantes.

 Un être humain aux prises avec la mort devrait susciter la compassion, même de la part de ses ennemis. Bien entendu, le savoir-vivre n’étant pas d’ordre public, on ne saurait en tenir rigueur à ceux qui ne sont pas compatissants face à leurs semblables qui luttent contre la mort. Mais il est indécent, voire inhumain, que des êtres humains se réjouissent publiquement et sans retenue de la maladie ou de la mort de leur prochain.

 Aussi choquant que cela puisse paraître, dans des lieux de rencontres comme sur des réseaux sociaux d’Internet, des Ivoiriens ne cachent pas du tout leur joie d’apprendre que le président de leur pays est malade ; il y en a même qui poussent le cynisme jusqu’à exprimer leur vœu et leur impatience de voir le pire se produire. Et ils ne font pas mystère des raisons des raisons pour lesquelles ils ont des réactions aussi sataniques : ils ne tolèrent pas que l’homme et l’idéologie politique qui président à la destinée de la Côte d’Ivoire soient différents de ceux qui ont leur faveur.

 En vérité, ces gens ont besoin qu’on prie plus pour eux que pour leur président malade. Ils ont besoin qu’on prie pour eux afin qu’ils soient délivrés des démons du fanatisme, ce vice qui les amène à caresser des rêves suicidaires.

 En effet, au moment où la réconciliation nationale bat de l’aile, au moment où la Côte d’Ivoire n’est pas dans une posture idéale, la mort de son président risque de la plonger dans une période d’incertitude, voire dans le chaos. Ceux qui jubilent ou caressent des vœux sataniques pensent-ils à ce danger ? Réalisent-ils l’aventure dans laquelle le pays qu’ils prétendent aimer se retrouverait si leur vœu venait à se concrétiser ?

 L’attitude de ces fanatiques me donne l’image des passagers d’un avion qui souhaitent que le pilote, pris d’un malaise en plein vol, meure parce qu’ils n’aiment pas sa tête ou parce qu’ils ont des griefs contre lui. En souhaitant ainsi le décès du pilote, ils souhaitent indirectement leur propre mort. Quel avantage peuvent-ils, dans ces conditions, tirer de la réalisation de leur vœu ?

 Il est temps que nous apprenions à faire la politique autrement et surtout que nous prenions nos distances vis-à-vis du fanatisme. Beaucoup de gens, par leurs paroles et leurs actes, donnent à penser leurs pays ne sauraient prospérer en dehors de leurs idéologies et guides politiques. Et pour imposer leurs visions, ils sont prêts à tout, même à embraser les pays qu’ils prétendent aimer.

 Cela est une mauvaise mentalité dont ils doivent faire l’effort de se départir parce est source de conflits. Que se passerait-il si tout le monde devait raisonner de la même manière et adopter la même attitude ? Vous n’êtes pas prêts à tolérer que le pays soit gouverné selon une idéologie différente de la vôtre, encore moins par une personne autre que votre idole. Vos adversaires politiques aussi ne sont pas disposés à tolérer que le pays soit dirigé ni selon une doctrine, ni par un homme autres que les leurs. De ce choc de prétentions, naîtraient des conflits aussi interminables que funestes.

 Apprenons donc à faire la politique autrement que par le fanatisme. Il y va de l’intérêt supérieur des pays que nous prétendons aimer et de notre propre salut. Bien des fanatiques qui croyaient faire merveille ont attiré l’apocalypse dans leurs pays. Leur expérience doit nous instruire et nous conduire à la sagesse.

 

                                                     Fodjo Kadjo ABO

 

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