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 Fodjo Kadjo ABO

La devise du rat

15 Avril 2014, 15:14pm

Publié par Fodjo Kadjo ABO

La devise du rat

« Le monticule est mon parapluie ». Telle est la devise du rat, un proverbe abron qui a retenu mon attention, au point que j’en ai fait un sujet de méditation. Le commentaire qui suit résume le fruit de mes réflexions.

Le rat est un animal nocturne qui non seulement ne supporte pas la lumière, mais en plus ne résiste pas à la pluie. Le parapluie, un dispositif inventé par l’Homme pour se protéger de la pluie et du soleil, pourrait donc être d’une très grande utilité à cet animal ; mais il n’a ni les moyens de se l’offrir ni la capacité de s’en servir.

Face à la nécessité impérieuse de se mettre à l’abri du soleil et de la pluie, et connaissant bien ses limites, il s’est résolu à faire du monticule son parapluie.

Le monticule, également appelé butte, est une légère élévation de terrain, une toute petite colline. De forme conique, il ressemble à un entonnoir renversé ou à un parapluie sans manche.

En règle générale, c’est à l’intérieur d’un monticule que le rat fait son terrier, une galerie qui lui sert de demeure. Du fait qu’il est un animal nocturne, il n’en sort que la nuit ; il ne perçoit donc pas la lumière du jour, encore moins les rayons solaires.

Quand il pleut, l’eau ne peut pas stagner sur le monticule qui l’abrite. Comme si elle tombait sur un parapluie, elle ruisselle sur ses versants de sorte que le rat ne craint pas d’être mouillé ; c’est pourquoi il dit que le monticule est son parapluie.

Au-delà de la protection qu’il lui assure contre la pluie et le soleil, le monticule est pour le rat un véritable bouclier. Tant qu’il est dans son terrier, il ne redoute ni les chutes d’arbres, ni les inondations, ni les tempêtes, ni les tornades, ni les feux de brousse, pour ne citer que ces phénomènes.

De plus, s’éloignant rarement de sa demeure pendant ses sorties nocturnes, il parvient à se glisser dans son terrier et à échapper à la mort quand il lui arrive de croiser un carnassier ou un chasseur.

Au vu de toutes ces considérations, on peut affirmer sans risques d’erreurs que le monticule offre au rat plus de garanties de protection que le parapluie n’en donne à l’Homme. Cela est d’autant plus vrai que de plus en plus, des personnes qui disposent de moyens dotent, pour leur sécurité, leurs résidences de bunkers, qui ne sont ni plus ni moins que des terriers.

La devise du rat, appliqué à la vie humaine, est pleine d’enseignements si riches que les hommes ont le plus grand intérêt à se l’approprier.

Le monticule, qui abrite le terrier du rat, figure ici la demeure, c’est-à-dire le lieu d’habitation. Le parapluie, quant à lui, symbolise la protection. Le rat, en disant que le monticule est son parapluie, entend par-là que sa demeure est sa protection, son bouclier.

La demeure est l’endroit où l’on réside habituellement. Elle évoque la famille. Quand, pour indiquer votre lieu d’habitation ou votre position, vous dites que vous êtes en famille, vous entendez par-là que vous vous trouvez dans la maison familiale.

La famille est à l’être humain ce que le monticule est au rat : le parapluie, et donc la protection. Qui que vous soyez, votre famille est pour vous une garantie de protection, votre bouclier.

En vérité, la famille assure à ses membres une protection qu’ils ne peuvent trouver nulle part ailleurs. Dès qu’un enfant pourchassé par quelqu’un entre dans la maison familiale, il pousse un ouf de soulagement : il se dit qu’il est hors de danger et que ses parents n’hésiteront pas à voler à son secours. Une personne qui a un conflit peut compter sur le soutien de sa famille pour se tirer d’affaire, même si elle n’a pas raison. Et que ne verrions-nous pas des membres d’une famille faire pour sauver un des leurs aux prises avec la mort !

On pourrait développer à souhait les considérations qui montrent que la famille voue à ses membres une protection inégalable. Quelle que soit l’épreuve que nous traversons, nous devons avant tout compter avec elle. Certes, nous pouvons très bien compter sur des appuis extérieurs qui nous paraissent rassurantes ; mais ces soutiens sont comparables au parapluie : ils ne sont pas solides.

Le parapluie, tant qu’il s’agit de se protéger du brouillard, d’une fine pluie ou du soleil, est d’une efficacité incontestable. Mais en cas de tempête ou de tornade, il a lui-même besoin de protection : il tente d’échapper à son porteur, se plie et peut être détruit s’il reste ouvert. Il n’en va pas autrement des soutiens que nous nous offrons en dehors de la famille.

Des femmes, tout comme des hommes, quand elles se marient, tournent le dos à leurs familles d’origine. Se croyant protégée par la Loi et l’amour que leurs conjoints leur vouent, elles n’ont plus les pieds sur terre ; c’est à peine si elles réalisent que le mariage est avant tout un contrat qui peut être rompu à tout moment, ne serait-ce qu’avec le décès de l’un des époux.

Quand des désaccords surviennent dans leurs foyers, au lieu d’aller chercher de sages conseils auprès de leurs parents, elles préfèrent se confier à des guides spirituels dont certains ne savent absolument rien du mariage. Elles jouent avec le feu jusqu’à ce que le divorce survienne à leur corps défendant ; c’est à ce moment-là qu’elles s’aperçoivent que les soutiens sur lesquels elles comptaient étaient des parapluies aussi fragiles que des roseaux.

Les religions révélées apparaissent pour quantité de leurs adeptes comme leurs familles ; entre eux, ils s’appellent frères et sœurs en Christ. D’aucuns préfèrent même leurs communautés religieuses à leurs familles biologiques. On voit souvent des fidèles de certaines sectes couper littéralement les ponts avec leurs parents, pris pour des sorciers ou des suppôts de Satan ; ils se placent sous la protection de guides spirituels qui se disent capables de les délivrer de mauvais esprits, les préserver des coups de leurs ennemis, assurer leur réussite et leur garantir l’accès au paradis.

Des malades qui vont chercher la guérison dans certaines Eglises sont internés dans des temples et privés de tout contact avec les membres de leurs familles, tenues responsables de leurs souffrances ; mais quand ils sont sur le point de rendre l’âme, leurs communautés religieuses s’empressent de se débarrasser d’eux en allant les déposer dans des hôpitaux ou en les remettant à leurs parents pour ne pas avoir à dépenser pour organiser leurs obsèques.

En somme, les communautés religieuses que des fidèles des religions révélées prennent pour leurs familles adoptives ne constituent pour eux des boucliers qu’en apparence. Tant qu’ils n’ont pas de sérieux problèmes, ils peuvent compter sur leur solidarité ; mais dès qu’ils sont amenés à faire face à des épreuves de taille, c’est en définitive auprès de leurs familles biologiques qu’ils trouvent du soutien.

De plus en plus, il est de bon ton pour des jeunes de faire des partis, hommes politiques et organisations para-politiques leurs parapluies. Espérant trouver auprès d’eux des primes d’agitation et des offres ou promesses d’emplois, ils se dévouent pour eux sans réserve, au mépris des conseils et mises en garde de leurs parents.

Tant qu’il s’agit pour eux de contribuer à grossir le nombre de participants aux manifestations de rue et réunions publiques pour lesquelles ils sont sollicités, ils peuvent compter sur leurs guides être abreuvés de promesses mielleuses et être entourés de petits soins. Mais quand, dans leurs aventures, il leur arrive d’avoir des ennuis avec la justice, d’être blessés ou de trouver la mort, c’est auprès de leurs familles qu’ils peuvent espérer du secours ; leurs guides s’empressent de décliner toute responsabilité dans ce qui est advenu.

Les formations et hommes politiques pour qui tant de jeunes se dévouent, parfois au prix de leur sang, ne leur offrent que la protection du parapluie, une protection apparente. Ce sont leurs familles biologiques, leurs vrais boucliers, qui font toujours les frais de leurs mésaventures.

Dans les pays en guerre, on voit souvent sur le chemin de l’exode des familles offrir des spectacles émouvants : des enfants, des vieillards et des malades sont transportés sur les épaules ou dans des brouettes par leurs proches prêts à tout pour leur épargner la mort. Mais que font les guides politiques pris pour des protecteurs par les militants et sympathisants de leurs familles politiques ? Ils fuient comme des lièvres sans se soucier de ce que deviendront leurs partisans ; ils ne se souviennent d’eux que quand, revenus au bercail après la tragédie, ils ont besoin d’eux pour la conquête du pouvoir !

En considérant toutes ces hypocrisies, on ne peut que donner raison au rat quand il dit que le monticule, qui abrite sa demeure, est son parapluie. Cet animal, pourtant considéré par les peuples akans comme le mammifère le plus stupide, donne ainsi une vraie leçon de sagesse à l’Homme, qui a trop souvent tendance à accorder plus d’importance à tout ce qui brille.

Nos parents, pour nous aider à affronter les épreuves de la vie et nous assurer une place au soleil, mettent un point d’honneur à nous prodiguer des conseils plus sensés que ceux contenus dans les sermons qui provoquent des bouffées d’applaudissements dans les églises et les mosquées. Hélas ! Nous ne les écoutons pas parce que leurs paroles ne portent pas le sceau de l’Evangile ou du Coran ! Mais des guides spirituels, parce qu’ils prétendent parler au nom de Dieu, peuvent nous faire avaler des couleuvres. Et Dieu seul sait combien de fidèles des imposteurs que nous prenions pour des parapluies de luxe ont eu à perdre !

Le principal enseignement qui se dégage de la devise du rat est que nos familles, symbolisées par le monticule, sont nos meilleures garanties de protection. La mise en pratique des vertus qu’elles nous ont enseignées peuvent nous éviter bien des écueils. Nous pouvons trouver dans leurs conseils et leurs bénédictions tout ce qui nous fait courir dans les temples.

Tout autre support de protection n’est qu’un parapluie qui nous lâchera à la moindre tempête. Des ennemis ont pu avoir raison de personnalités qui, se croyant invulnérables, se prenaient pour le centre de la terre. Des gens qui se croyaient protégés par leur statut d’homme de Dieu, de défenseur des droits de l’homme, de syndicalistes, de politiciens ou de militants de partis ont déchanté quand ils ont été confrontés à certaines épreuves. A bon entendeur, salut !

Fodjo Kadjo ABO

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M
salut à toi Nana DIKRO. sage ROI grong
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M
salut à toi Nanan DIKRO, sage ROI BRONG.
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