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 Fodjo Kadjo ABO

FODJO KADJO ABO A CŒUR OUVERT AVEC KOACI

19 Février 2020, 15:13pm

Publié par Fodjo Kadjo ABO

Le samedi 15 février 2020, j’ai accordé à Koaci un entretien que j’ai l’honneur et le plaisir de partager en intégralité avec vous sur mon modeste blog.

 

Depuis quand vous vous êtes mis à écrire des ouvrages ?

 

Je suis dans ma vingtième année de carrière littéraire. J’ai commencé à écrire en 2000 et mon premier livre est paru en janvier 2002 aux Éditions L’Harmattan, en France, sous le titre : « Pour un véritable réflexe patriotique en Afrique ».        

 

 

Quelles étaient vos motivations ?

 

Je n’avais pas de motivations particulières. Je n’ai fait qu’honorer une vocation. Quand j’étais au collège, je rêvais d’être magistrat. Mon amour pour ce métier était si fort que chaque fois que je le pouvais, j’allais assister aux audiences du tribunal de Bondoukou.

 

Mais lorsque j’ai découvert la philosophie en classe de Terminale, mon cœur a penché plus pour la littérature. Je voulais être écrivain. Je me suis donc trouvé confronté à un conflit d’ambitions à telle enseigne que quand j’ai été orienté à la Faculté de droit de l’Université d’Abidjan après l’obtention du BAC, en 1978, j’avais entrepris, sans succès, des démarches pour obtenir un transfert au Département de philosophie.

 

La mort dans l’âme, je me suis résolu à faire des études de droit qui m’ont fort heureusement conduit à la Magistrature, mon premier rêve. Mais comme le dit un adage, « chassez le naturel, il revient au galop ».

 

Tout en exerçant mon métier de magistrat, je continuais à lorgner la littérature. Vers la fin de l’année 2000, j’ai connu dans mon parcours professionnel un passage à vide que j’ai mis à profit pour écrire mon premier livre dont je viens de parler.

 

Depuis la parution de cet ouvrage, je n’arrive plus à me séparer de ma plume, devenue, pour ainsi dire, mon plus fidèle compagnon. Voilà comment je suis entré dans l’univers littéraire.

 

À ce jour, combien de livres avez-vous sur le marché et quels sont les messages transmis ?

 

Mon onzième livre, intitulé « Aventure suicidaire », est paru en février 2019 aux Éditions L’Harmattan, en France. Le prochain, le douzième, est presqu’achevé et sera bientôt soumis à des éditeurs.

 

Mes livres traitent de sujets variés, en rapport avec l’actualité socioculturelle en Afrique en particulier et dans le monde en général. Ils sont écrits de manière à provoquer une prise de conscience du lecteur sur les maux qui minent notre société et la nécessité d’y remédier de manière convenable et durable.

 

Mon dernier livre, par exemple, traite de l’immigration clandestine, un véritable fléau qui ne semble pas préoccuper la communauté internationale mais qui, en réalité et en douce, endeuille plus des familles et des pays que les conflits armés et les épidémies.

                                                     

Vos livres sont-ils destinés à des personnes en particulier ?

 

Dans mes livres, je ne m’attaque personne. Les sujets qui y sont traités le sont de façon impersonnelle. Je suis magistrat. En écrivant mes ouvrages, je ne perds pas de vue cette qualité. Je mets un point d’honneur à respecter les exigences qu’elle m’impose.

 

Cela dit, il n’est pas exclu que des gens se retrouvent dans les comportements dénoncés. Vous savez, un livre est parfois comme un miroir. Il peut présenter des personnages ou encore dépeindre des situations ou comportements dans lesquels des lecteurs se reconnaissent.

 

Bien entendu, la réaction du lecteur dépend du côté où il se situe. Si l’ouvrage répond à ses attentes, il aura de la sympathie et même de l’admiration pour son auteur. En revanche, s’il est du mauvais côté, s’il se sent visé ou interpellé par les situations ou comportements dénoncés, il peut être contrarié et tenté d’en vouloir à l’auteur.

 

L’écriture aussi a ses aléas. Un même livre peut donner satisfaction à un lecteur aujourd’hui et lui déplaire demain si les circonstances changent et le placent dans un autre contexte.

 

Mes ouvrages ne s’adressent pas non plus à des lecteurs ciblés. Ils ont vocation à intéresser tous qui rêvent d’une société où le vivre ensemble a un sens, d’un monde où règnent la fraternité, l’égalité, la liberté et la justice.

 

Un message à la population et aux politiques face à la situation actuelle du pays ?

 

En Côte d’Ivoire, à l’instar d’autres États africains, nous sommes dans une année électorale. Et l’expérience a montré que dans les pays sous-développés, plus particulièrement ceux d’Afrique, une année électorale est presque toujours perçue comme une année à hauts risques.

 

Il est donc normal que l’inquiétude gagne les esprits au fur et à mesure que les échéances électorales approchent. Il faut tout de même espérer qu’il y ait plus de peur que de mal.

 

Les sages disent que les nuages précèdent toujours la pluie mais que ce ne sont pas toutes les fois que le ciel est couvert de nuages qu’il pleut. Faisons de cette pensée un motif d’espoir.

 

Des communautés religieuses prient d’ailleurs dans ce sens. Mais il ne suffit pas de prier et de jeûner pour que la volonté de Dieu soit faite. « Aide-toi et le ciel t’aidera », dit un adage. Il importe que chacun de nous mette un peu d’eau dans son vin et désarme son cœur et son esprit si nous tenons à éviter ce que nous redoutons.

 

Mon message est donc celui qui est dans les cœurs de tous les Ivoiriens et de tous ceux qui aiment la Côte d’Ivoire d’un amour sincère. Tous, nous aspirons à la paix. Mais comme le président Félix Boigny avait coutume de le dire, « la paix n’est pas un vain mot mais un comportement ».

 

Entretien réalisé par T K Emile,

correspondant permanent de KOACI à Bouaké.

 

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Contribution à la lutte contre l'immigration clandestine

7 Avril 2019, 10:03am

Publié par Fodjo Kadjo ABO

Contribution à la lutte contre l'immigration clandestine

S’il y a en Afrique un fléau qui, après les conflits armés, devrait le plus préoccuper la communauté internationale, c’est bien l’immigration clandestine.

 

On ne connaîtra jamais le nombre de migrants africains qui ont péri sur le chemin de l’Europe. Mais, de sources dignes de foi, ils peuvent être estimés à plusieurs dizaines de milliers depuis le début du XXIème siècle. En voulant se rendre sur ce continent où ils espéraient avoir une vie meilleure, ils ont terminé leur aventure dans le désert du Sahara et au fond des mers.

 

Curieusement, ce fléau ne semble préoccuper que quelques bonnes volontés ayant pour seul moyen de lutte leurs cris de cœur. Je peux me considérer comme faisant partie de ceux qu’il ne laisse pas indifférents.

 

Le 24 mai 2015, j’ai publié sur mon blog un article intitulé « Réflexions sur les drames de l’immigration clandestine ». Il fallait que je manque de réalisme pour attendre de cette modeste contribution l’impact escompté. Mais j’avais au moins la satisfaction de n’être pas resté les bras croisés face à un fléau aussi, et peut-être, plus funeste à mon continent que des pandémies qui, elles, suscitent plus d’intérêt.

 

La ruée des Africains vers l’Europe se poursuit à un rythme de plus en plus inquiétant et dans l’indifférence de la communauté internationale. Il a fallu qu’en novembre 2017, une chaîne de télévision américaine publie des images très révoltantes sur la vente de migrants noirs sur un marché aux esclaves en Libye pour que des réactions d’indignation, au demeurant éphémères, soient enregistrées à travers le monde.

 

Comme tout le monde, j’ai très mal vécu ces images, symptômes de la résurgence de la cruelle traite négrière. Mais je n’ai pas voulu me contenter de manifester mon indignation par des commentaires purement sonores. J’ai décidé de lancer un nouveau cri de cœur en publiant un ouvrage qui vient de paraître aux Éditions L’Harmattan sous le titre : AVENTURE SUICIDAIRE.

 

Dans l’attente de la cérémonie de dédicace de ce livre que je compte organiser en mai 2019 à l’occasion du prochain Salon International du Livre d’Abidjan (SILA), j’ai jugé utile de le présenter à travers le présent article, publié sur mon blog.

 

Cette présentation commence par un mot sur l’auteur, suivi de l’avis de l’éditeur et de deux extraits de l’œuvre.

 

BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR

 

Magistrat Hors Hiérarchie du groupe A, Fodjo Kadjo ABO a exercé diverses fonctions dans la Magistrature ainsi qu'au Ministère de la Sécurité et au Ministère de la Justice. Il occupe actuellement le poste d’Inspecteur Général des Services Judiciaires et Pénitentiaires. 

 

Auteur de onze (11) ouvrages, tous publiés aux Éditions L’Harmattan, il est sacré :

  • lauréat du Prix Haut de Gamme de la littérature 2008 ;
  • lauréat du 2ème Prix d’Excellence 2017 pour la littérature ;
  • commandeur de l’Ordre du mérite de la Fonction Publique de Côte d’Ivoire ;
  • officier de l’Ordre national de Côte d’Ivoire ;
  • chevalier de l’Ordre du mérite culturel de Côte d’Ivoire.

 

AVIS DE L’EDITEUR

 

Justin Yeboua, instituteur à Abidjan, décide de se rendre de façon clandestine en France où il espère avoir une situation bien meilleure. Dans le cadre des préparatifs de son voyage, il écrit à Koffi Ban, son cousin résidant à Paris, pour lui demander de l’héberger jusqu’à ce qu’il trouve du travail.

 

En réponse, celui-ci lui déconseille de s’engager dans une telle aventure. Il s’ensuit des échanges par correspondance qui dégénèrent en un débat très passionné opposant Justin Yeboua, encouragé par le pasteur de son Église, à Koffi Ban, soutenu de son côté par des membres de leur famille.

 

Cette polémique met en évidence un constat : l’immigration clandestine est aussi funeste à l’Afrique que les conflits armés et les pandémies qui ravagent sans cesse ce continent. Ce fléau est-il pour autant considéré comme une priorité dans la lutte contre les désastres ? D’où tire-t-il ses racines ? À qui incombe la responsabilité de son ampleur et de sa progression ? Existe-t-il une volonté réelle de le combattre ? Que faut-il faire pour y remédier ?

 

Ces interrogations constituent l’ossature des réflexions de l’auteur sur un phénomène qui, en dépit des lourdes pertes en vies humaines qu’il entraîne de façon régulière, ne semble préoccuper que quelques bonnes volontés éprises d’humanisme.

 

À travers cet ouvrage, un récit épistolaire, Fodjo Kadjo Abo en appelle à une prise de conscience de la gravité de ce fléau et de la nécessité d’en faire une préoccupation.

 

EXTRAITS DE L’ŒUVRE

 

Page 66, paragraphe 3

 

Oh pauvre Afrique ! Que t’arrive-t-il ? Qu’est-ce qui ne va vraiment pas chez tes enfants ? Seraient-ils sous le coup d’une malédiction ? Comment peuvent-ils en arriver à de telles aberrations ? Au nom de quelle logique des éleveurs peuvent-ils brader leurs troupeaux de bœufs ou de moutons pour aller vendre du poisson fumé en France ? Est-il concevable que des gens puissent brader leurs maisons en Afrique pour aller dormir à la belle étoile en Europe ? Comment des femmes ayant eu la chance d’être dans des unions de rêve peuvent-elles abandonner leur foyer pour aller enrichir d’infâmes proxénètes en Occident ?

 

Page 123, paragraphes 3, 4 et 5

 

Nos ancêtres oints pour servir comme esclaves en Amérique ne se laissaient pas tous faire. Traqués comme des animaux indociles, ils n’étaient choppés qu’après des courses-poursuites ou battues musclées. Même maîtrisés, ils ne s’avouaient jamais vaincus, car ils n’étaient embarqués sur les négriers qu’après d’ultimes tentatives de résistance désespérées. Il en va autrement des migrants noirs en situation d’esclavage de nos jours.

 

Ces esclaves des temps modernes quittent leur continent de leur propre initiative et en toute liberté. Après avoir bravé contre vents et marées les conseils et mises en garde de leurs proches, ils engagent des frais, parfois énormes, pour se faire embarquer dans des camions de transport de marchandises vétustes, puis sur des embarcations de fortune tout aussi obsolètes que l’on pourrait appeler des « migriers ».

 

Quelle absurdité ! En ce vingt-et-unième siècle, des Africains engagent d’énormes frais et bravent la mort pour aller se chercher des maîtres ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, des Noirs commettent la sottise de vendre leurs biens pour avoir les moyens d’aller se faire vendre aux enchères en Libye, au Koweït et dans d’autres pays arabes ! Mais la réalité est là, et elle est implacable. 

 

                                                                   

                                       Fodjo ABO

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LA PARABOLE DU NAIN

11 Décembre 2018, 11:33am

Publié par Fodjo Kadjo ABO

 

« Celui qui n’était pas sur le lieu d’une bagarre provoquée par un nain peut se permettre de dire : Si j’étais là, je lui aurais asséné un coup de poing sur le sommet de la tête ».

 

Le nain, bien que défavorisé par la nature, n’en demeure pas moins un être humain à part entière. Comme tel, il est doué d’amour-propre et accessible à la colère. Il lui arrive donc d’avoir des altercations avec d’autres personnes et même d’être impliqué dans des rixes et des bagarres.

 

Amené à se battre contre un autre nain, le spectacle qu’il offre ainsi peut paraître insolite et susciter des éclats de rire. Il n’empêche que les forces sont apparemment proportionnées et qu’il se mesure à son égal. Personne ne criera donc au scandale.

 

Il n’en va pas de même dans un pugilat qui le met aux prises avec une personne de grande taille ou, en tout cas, normalement constituée. Ceux qui assistent à ce combat suicidaire ne tariront pas de mots pour décrier sa témérité. Son antagoniste aussi aura sa part de récriminations : il sera traité de méchant, voire d’inhumain, tant la disproportion des tailles et des forces est aussi flagrante que choquante.

 

Dans l’esprit de beaucoup, le nain est un bout d’homme, une créature vulnérable que n’importe quelle personne de taille égale ou supérieure à la moyenne peut battre facilement. Évidemment, s’il lui arrive de donner du fil à retordre à son ou ses antagonistes au cours d’une échauffourée, celui à qui l’évènement est raconté peut être tenté de dire : Si j’étais là, je lui aurais asséné un coup de poing sur le sommet de la tête. En réagissant ainsi, il donne à penser que ceux qui ont pris part à la bagarre ont démérité.

 

En vérité, il y a une part de réalisme dans l’affirmation de ce présomptueux. Du fait qu’il est grand et surplombe son adversaire, il aura même besoin de s’abaisser pour lui donner des coups de poing sur le sommet de la tête. Mais est-il évident que ce nain se laissera faire ? Se résoudra-t-il à se croiser les bras et à encaisser des coups sans chercher à se défendre ou à opposer la moindre résistance ? Rien n’est moins sûr !

 

Certes, le nain est bien conscient de sa vulnérabilité. Mais il n’est pas évident que, comme un enfant en face de son géniteur, il se laissera fesser par le premier venu. Par sagesse, il peut chercher à éviter un affrontement suicidaire. Cependant, dans une situation où il a le dos au mur, il n’est pas exclu que par orgueil ou par instinct de conservation, il se jette à corps perdu dans la bataille. Et si son antagoniste n’y prend garde, il peut lui réserver une surprise amère.

 

En effet, l’expérience et des recherches scientifiques ont montré qu’en règle générale, l’absence, la perte ou la déficience d’une faculté essentielle à une vie normale est compensée par une autre. Le serpent par exemple ne peut pas marcher parce qu’il n’a pas de membres, mais il arrive à circuler avec aisance et à grimper des arbres en rampant ; et dans ce mode de déplacement, il est inégalable. Les aveugles n’ont pas la vue, mais leurs autres sens sont plus développés que la normale ; ils parviennent à faire la distinction entre différentes coupures de billets de banque, chose que des gens doués de vue auront du mal à faire les yeux bandés. Les paralytiques ont les membres inférieurs atrophiés ; en contrepartie, leur poitrine et leurs membres supérieurs sont très développés, si bien que dans une lutte au sol, ils arrivent à faire mordre la poussière à leurs adversaires jouissant de toutes leurs facultés physiques.

 

S’il est vrai que les nains et, de façon générale, les gens de taille inférieure à la moyenne sont physiquement mal lotis, il est tout aussi exact qu’ils ont l’avantage d’être bien équilibrés. Avec un centre de gravité bien positionné, ils ont une capacité de mobilité et de résistance parfois surprenante. Dans les duels avec des personnes robustes, ils arrivent souvent à créer la surprise en leur infligeant une correction sans appel. On ne chercherait pas en vain des exemples de courtauds qui ont vaillamment terrassé des adversaires deux fois plus grands qu’eux.

 

Il serait donc prétentieux, quand on n’était pas sur le lieu d’une bagarre provoquée par un nain, de dire : « Si j’étais là, je lui aurais asséné un coup de poing sur le sommet de la tête ».

 

La parabole du nain est chargée de précieux enseignements qui nous intéressent à bien des égards. En premier lieu, elle nous conseille de nous méfier des apparences, car elles sont trompeuses. Gardons-nous d’en faire les seuls éléments d’appréciation pour donner un avis, émettre un jugement ou prendre une décision. Dans bien des domaines, des gens ont eu à se mordre les doigts pour avoir, en se fondant sur des apparences, sous-estimé des partenaires, des adversaires ou des situations.

 

À cet égard, des exemples éloquents pourraient être recherchés dans l’histoire des compétitions sportives et électorales. En coupe du monde comme en coupe d’Afrique des nations, des équipes de football que tout le monde méprisait ont pu créer la surprise en battant de grandes équipes qui avaient la faveur de tous les pronostics. De même, dans des élections présidentielles, législatives et municipales, des candidats notoirement pris pour des plaisantins ont fait tomber de grandes figures politiques dont personne n’attendait la défaite. Des conflits, des grognes, des manifestations et des insurrections, qualifiés de non-évènements à leurs débuts, ont fini par faire ébranler ou chuter des régimes qui se croyaient invulnérables.

 

Un autre enseignement qui se dégage de la parabole du nain est que nous devons cultiver le sens de la pondération. Combien de fois n’avons-nous pas entendu des théoriciens clamer en gesticulant : « Si j’étais là, j’aurais fait ceci ! Si c’était moi, je ferais cela ! ». En parlant ainsi, ils blâment ceux qui, dans une situation donnée, ont agi ou réagi dans un sens ou d’une manière qu’ils n’estiment pas convenable. Mais sont-ils sûrs que s’ils avaient été là les choses se seraient passées comme ils le disent avec tant de suffisance ?

 

En pensée comme en parole, tout paraît facile et faisable à nos yeux. Confortablement assis dans la tribune d’un stade ou devant l’écran d’une télévision, nous commentons un match de football comme si des joueurs qui sont sur le terrain ne valaient rien. Nous n’hésitons pas non plus à nous en prendre à l’entraîneur de l’équipe que nous supportons et à dire ce qu’il aurait dû faire dans la gestion de la compétition. Mais Dieu seul sait ce qu’ils endurent sur le terrain face à des adversaires objectivement plus forts.

 

Nous sommes un peu trop exigeants quand il s’agit de juger les autres. S’il pouvait nous venir à l’esprit de nous inspirer de la parabole du nain, nous serions plus indulgents et nous aurions des prises de position plus judicieuses et plus responsables.

 

Dans toute entreprise qui entraîne une confrontation physique ou intellectuelle avec d’autres personnes, il y a lieu de faire preuve de réalisme, de modération et d’indulgence dans nos appréciations sur ce que d’aucuns font. Il est normal d’exiger de ceux qui agissent en notre nom ou pour notre compte ce que nous sommes en droit d’attendre d’eux ; mais nos aspirations, aussi légitimes qu’elles puissent être, ne doivent pas nous faire perdre de vue les efforts qu’ils fournissent et les réalités auxquelles ils sont confrontés.

 

Aussi bien dans le domaine politique, diplomatique, syndical qu’associatif, nous n’hésitons pas à traiter nos représentants d’incompétents, de traitres, de corrompus et de vendus quand les résultats de leurs négociations ne répondent pas pleinement à nos attentes. Nous ne nous soucions guère des réalités auxquelles ils ont eu à faire face.

 

Dans une négociation, nous savons ce que nous voulons ; nous connaissons les moyens d’action sur lesquels nous comptons pour avoir gain de cause. Mais il ne suffit pas d’avoir des atouts pour que nos mandataires aient la tâche facile. Ils auront en face d’eux des gens qui ont aussi des arguments et autres moyens pertinents à faire valoir. D’éternels insatisfaits qui ont fait des mains et des pieds pour être associés à des négociations ayant pris du plomb dans l’aile se sont fourvoyés à leur toute-première participation ; face à des interlocuteurs expérimentés, persuasifs et déterminés, ils ont brillé par leurs balbutiements.

 

Celui qui pense qu’on doit aller à des négociations avec des exigences intangibles est un piteux rêveur. Bien souvent, les rapports de force sont tels que de part et d’autre les parties se voient obligées de faire des concessions. Apprenons donc à faire confiance à ceux qui ont la lourde tâche de nous représenter dans des négociations ; étant dans le feu de l’action, eux seuls savent ce qu’ils voient, entendent, endurent et sentent. Ne sous-estimons pas leurs efforts en nous conduisant comme ces vaniteux qui, informés d’une bagarre provoquée par un nain, disent : « Si j’étais là, je lui aurais asséné un coup de poing sur le sommet de la tête ».        

 

En Afrique, des opposants ne tarissent pas de critiques à l’égard des gouvernements. Dans la gestion de la vie publique, des crises et des catastrophes, ils se permettent des commentaires qui donnent à penser qu’ils sont des messies. Mais l’expérience a montré que parmi ceux d’entre eux qui ont pu accéder au pouvoir, il y en a qui ont fait passer leurs peuples de l’espoir au cauchemar. Ils n’ont pas fait mieux que les dirigeants qu’ils avaient passé des années à traiter d’incompétents et de dictateurs.  

 

La parabole du nain nous met également en garde contre l’hypocrisie des êtres humains. De grandes puissances sont très dures avec les gouvernements des pays vulnérables confrontés à des crises. Elles sont promptes à dénoncer des violations des droits de l’homme et à brandir des menaces de châtiment quand des manifestants ou des grévistes qui sèment la terreur et la mort pour faire aboutir des revendications fantaisistes sont réprimés. Mais quand, à leur tour, elles se retrouvent dans des situations identiques, le respect des droits de l’homme est relégué au second plan.

 

Suite à des attentats perpétrés par des forcenés ou des terroristes solitaires, nous avons vu les gouvernements de grandes puissances sortir de grosses artilleries, décréter l’état d’urgence et procéder à des interpellations aussi massives qu’injustifiées. Nous en avons vu faire un usage disproportionné de la force pour réprimer des manifestants qui, comme ceux des pays vulnérables, ne font qu’exercer des droits. Pour prévenir simplement des actes de terrorisme, de paisibles voyageurs, même munis de passeports diplomatiques, sont fouillés à corps, dévêtus et humiliés dans des aéroports européens en violation des libertés démocratiques.

 

Le pire est que, malgré la flagrance des violations des droits de l’homme ainsi perpétrées, les autres grandes puissances brillent par leur mutisme. Elles ne se décident à rompre le silence que pour exprimer leur solidarité au pays en cause. À la question de savoir pourquoi elles ne condamnent pas ces graves violations des droits humains, elles ne se gênent guère de répondre qu’elles respectent la souveraineté de ce pays. Comme si les États africains et autres pays vulnérables n’avaient pas droit au respect de leur souveraineté !  

 

En gros, la parabole du nain se résume en ce vieil adage : « La critique est aisée mais l’art est difficile ». Avant de critiquer ce que les autres font dans une épreuve donnée, assurons-nous que nous sommes d’accord avec notre conscience.

 

                                                                       

                                                                       Fodjo ABO

 

 

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LA DEVISE DE LA TORTUE

9 Novembre 2018, 19:27pm

Publié par Fodjo Kadjo ABO

« Je ne sais pas où la mort me surprendra, donc je me déplace toujours avec mon cercueil ». Telle est la devise de la tortue.

 

Aller partout avec son cercueil parce qu’on ne sait pas où on va être fauché par la mort ! Une telle philosophie a de quoi faire sursauter. Car a priori, elle peut paraître absurde, voire démentielle. Mais, en prenant du recul et en se livrant à des réflexions attentives, on finit par réaliser que la tortue est loin d’être ridicule.

 

Cet animal se caractérise par son enveloppe corporelle, une carapace qui, renversée, fait penser à un cercueil. Cette enveloppe faisant partie de son organisme, il ne s’en sépare jamais. C’est ce qui l’a amené à dire qu’il se déplace toujours avec son cercueil. Mais quel intérêt a-t-il à le faire ? Les réflexions qui suivent constituent une ébauche de réponse à cette question.

 

En règle générale, les dépouilles des animaux sauvages qui meurent de leur belle mort sont livrées à des rapaces qui n’hésitent pas à les déchiqueter. Même l’éléphant, le buffle, le lion, la panthère et les autres animaux qui, par leur masse ou leur agressivité, inspirent le respect et la crainte n’échappent pas à ce triste sort. Leurs cadavres deviennent les proies d’autres animaux qui en font ce qu’ils veulent.

 

La tortue est l’un des rares animaux sauvages à ne pas connaître une fin aussi pitoyable. Quand elle meurt de sa belle mort, ses parties charnelles se retrouvent systématiquement enfouies dans sa carapace qui devient du coup son cercueil.

 

Certes, comme les autres animaux, elle n’aura pas droit à une sépulture. Mais, du fait que sa carapace est inviolable et que ses restes ne sont pas accessibles à des rapaces, sa dignité est préservée.

 

Cette bête emblématique n’a donc pas tort quand elle dit : « Je ne sais pas où la mort me surprendra, donc je me déplace toujours avec mon cercueil ». Sa devise, mise en pratique, lui garantit un privilège que même les animaux les plus respectés et les plus redoutés des savanes et des forêts ne peuvent pas avoir. Partout où la mort la surprend, son cadavre est à l’abri de la profanation.

 

Elle jouit ainsi d’un privilège que l’être humain même, malgré sa supériorité incomparable sur les animaux, a des raisons de lui envier. En effet, quantité de personnes mortes en brousse ou, en tout cas, loin de toute habitation, ont connu des fins semblables à celles des animaux sauvages : leurs cadavres ont été profanés de la pire manière par des charognards et autres rapaces.

 

On ne chercherait pas en vain des exemples de drames de l’immigration clandestine, de séismes et de conflits armés ayant fait des victimes dont les dépouilles se sont retrouvées dans des fosses communes après avoir été souillées par des bêtes ou exposées au regard de badauds. Les cas pourraient être multipliés pour montrer que bien des êtres humains qui meurent des circonstances qui les privent de cercueil et de sépulture.

 

La tortue, en transportant son cercueil partout où elle va, donne à entendre qu’elle a pris ses dispositions pour accueillir la mort. Elle se dit prête à mourir parce qu’elle a apprêté ce qu’il lui faut pour préserver sa dignité post mortem et s’assurer ainsi une fin honorable.  

 

La devise de la tortue est une maxime de haute portée philosophique que nous, les êtres humains, nous gagnerons à nous approprier. Comme cette modeste bête, nous aspirons tous à avoir une bonne fin. Tous, nous caressons le vœu d’être enterrés dignement quand il plaira à Dieu de nous rappeler à Lui, d’avoir droit à des obsèques convenables et de laisser derrière nous une mémoire honorable.

 

Tous, nous sommes appelés à prendre congé du monde et la mort peut, à tout moment, nous prendre au dépourvu. Combien sommes-nous à avoir pris conscience de cette réalité ? Combien sommes-nous à avoir pris des dispositions pour assurer la réalisation du vœu que nous avons d’être enterrés décemment, d’avoir des obsèques dignes et de laisser une mémoire honorable ?

 

Aussi riches ou puissants que nous puissions être, une fois morts, il ne nous appartient pas de choisir notre cercueil, de bâtir notre sépulture et, encore moins, de choisir la manière dont nous serons inhumés. Cela est l’affaire de nos proches, plus précisément de nos familles. Les y avons-nous déjà préparés ? Les avons-nous mis en état d’avoir les ressources morales et financières nécessaires à l’accomplissement de notre vœu ? Vivons-nous en bonne intelligence ou avons-nous fait la paix avec tous ceux sur lesquels nous pouvons compter pour avoir une dernière demeure conforme à souhait ? La devise de la tortue nous interpelle !

 

Aussi exceptionnels que nous puissions être, il ne nous sera jamais donné d’organiser nos propres obsèques. De la nature des rapports que nous avons avec notre entourage de notre vivant dépendra la qualité de ces cérémonies. Quand bien même nous aurons déjà assuré à nos proches les ressources morales, matérielles et financières nécessaires à l’organisation nos funérailles, celles-ci ne seront à la hauteur de nos attentes que si nos amis et connaissances y prennent part. Avons-nous créé les conditions requises pour recevoir leurs hommages ? Avons-nous l’amabilité de les assister quand ils sont en deuil ou en difficulté pour qu’en retour ils se sentent moralement obligés de nous pleurer si nous venons à disparaître ? La devise de la tortue nous intéresse !

 

Nous sommes innombrables à nous passionner pour le paradis. Nous rêvons de nous y retrouver après la mort ? Mais qui d’entre nous détient des preuves concrètes de l’existence de ce havre de bonheur infini ? Aucun de ceux qui nous ont précédé dans l’au-delà n’est revenu nous en donner des nouvelles, de sorte que la réalité du paradis demeure hypothétique pour beaucoup d’entre nous.

Ce dont nous sommes sûrs et certains, c’est la réputation que nous laissons ici-bas quand nous sommes rappelés à Dieu. Ce qui reste de nous après la mort, c’est le souvenir des actes que nous avons posés de notre vivant.

Si nous mettons un point d’honneur à être bons, nous laisserons derrière nous une mémoire honorable, pour ne pas dire vénérable ; en réalité, c’est cela le paradis. En revanche, si nous passons notre temps à faire le mal, nous laisserons derrière nous une mémoire épouvantable dont nos descendants auront à rougir et même à pâtir ; c’est cela l’enfer en réalité. Combien sommes-nous à nous soucier de laisser un bon nom sur terre ? Combien sommes-nous à faire le bien pour avoir le bonheur d’être regrettés après notre rappel à Dieu ? Combien sommes-nous à nous efforcer d’éviter de faire le mal par crainte de laisser un mauvais nom en quittant le monde ? Méditons la devise de la tortue.

 

Ayons soin de nous approprier la devise de cet animal et de la méditer aussi souvent que possible si nous sommes soucieux de notre avenir après la mort. Comme je l’ai déjà dit, le paradis et l’enfer sont autour de nous ; nous les côtoyons à chaque instant.

La première chose qui nous vient à l’esprit quand nous apercevons un cercueil, c’est la mort. Le cercueil que la tortue porte en permanence lui rappelle à chaque instant qu’elle est un mortel appelé à prendre congé du monde à tout moment et qu’elle s’est préparée à cela. Faisons comme elle et pensons en permanence à la mort pour ne pas qu’elle vienne nous chercher à un moment où nous ne sommes pas prêts.

 

La devise de la tortue, nous l’avons dit, est une maxime de haute portée philosophique. Elle contient des enseignements qui nous portent à étendre nos réflexions sur la mort, prise au sens figuré. Entre autres, nous pouvons parler de la mort professionnelle, de la mort politique et de la mort sociale.

 

Toute personne qui exerce une profession est appelée à cesser ses activités ou fonctions. On peut alors dire qu’elle est appelée à mourir professionnellement. Mais le départ à la retraite n’est pas le seul vecteur de la mort professionnelle.

Nombreux sont les agents publics comme privés qui perdent leurs emplois à la suite de fautes graves, de crises ou difficultés économiques,  ou encore de crises sociopolitiques. Bien souvent, ces malheurs surviennent au moment où ils ne s’y attendent pas.

Celui qui accède à un emploi devrait donc, en s’inspirant de la devise de la tortue, se dire qu’il peut à tout moment se retrouver au chômage et prendre ses dispositions pour se mettre à l’abri de la misère et du déshonneur. Mais combien sommes-nous à le faire ? Bien des gens se permettent des folies infantiles dès qu’ils perçoivent leurs salaires ou accèdent à des postes de responsabilité. Et quand le chômage les surprend, ils se mettent à tirer le diable par la queue.

 

En politique aussi, la mort existe. Ses facteurs sont : la vieillesse, les crises sociopolitiques, les coups d’Etat et les rébellions armées, pour ne citer que cela.

Engagés dans la politique, nous devons nous inspirer de la devise de la tortue et nous dire que tôt ou tard et d’une manière ou d’une autre, nous retournerons dans la société civile et reprendrons notre statut de citoyen ordinaire. Mais combien sommes-nous à penser à cette éventualité ?

Aveuglés par nos ambitions et assurés de ne pas rendre compte de nos actes grâce à notre statut ou à nos appuis, nous sommes prêts à écraser les autres. Pensons-nous à ce qu’il adviendra de nous quand nous sortirons de la scène politique ? Sommes-nous prêts à affronter le regard de tous ceux à qui nous faisons du tort au nom de la politique ? La devise de la tortue nous intéresse !  

 

Bien des gens se retrouvent dans un état tel qu’ils sont dans l’incapacité de participer à la vie sociale. Socialement, ils sont morts. Je le dis en pensant aux déments, aux personnes atteintes de maladies invalidantes et aux prisonniers, pour ne citer qu’eux.

Chacun de nous, quel qu’il soit, peut se retrouver dans l’une quelconque de ces situations. Pendant que nous jouissons de notre liberté et de toutes nos facultés physiques et mentales, nous devons faire comme la tortue, nous convaincre de cette réalité et nous assurer que nous avons pris nos dispositions pour nous mettre à l’abri de surprises désagréables. Mais combien sommes-nous à le faire ?

Bien des individus se permettent de commettre des crimes et délits en oubliant qu’ils peuvent se retrouver en prison et connaître ainsi une mort sociale infâmante. Quantité de personnes sont devenues invalides parce qu’elles s’étaient permis des folies au volant ou des actes de témérité sans penser que cela pouvait les conduire à une mort sociale déplorable.

 

Je pourrais développer sur plusieurs pages des réflexions sur la devise de la tortue. Mais je m’arrête à ce que vous venez de lire en espérant qu’il retiendra utilement votre attention.

 

Fodjo Kadjo ABO

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